Réforme des retraites: qui seront les premiers concernés?

POLITIQUE Les femmes et les personnes entrées le plus tôt sur le marché du travail sont en ligne de mire...

Corentin Chauvel

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Le régime par répartition protège les retraités français des effets de la crise financière, alors que le système de capitalisation à l'américaine, parfois montré en exemple, rend très vulnérables leurs homologues américains, soulignent des économistes et syndicats.

Le régime par répartition protège les retraités français des effets de la crise financière, alors que le système de capitalisation à l'américaine, parfois montré en exemple, rend très vulnérables leurs homologues américains, soulignent des économistes et syndicats. — Boris Horvat AFP/Archives

Les rumeurs sur la réforme des retraites ont enflé ce week-end dans les médias avant de se confirmer ce mardi. L’axe de cette réforme qui sera présentée à la mi-juin, c’est, selon Eric Woerth, «augmenter la durée passée au travail dans une vie». Deux choses sont ainsi prévues: l’âge légal de départ à la retraite devrait être relevé (62 ou 63 ans), et la durée de cotisation sera allongée (41,5 ans en 2020 et 42 ans en 2030).

Qui est vraiment concerné?
Tout le monde est visé par l’allongement de l’âge légal du départ à la retraite. Surtout ceux qui ont commencé à travailler tôt, entre 16 et 20 ans. Ils seraient environ 100.000 chaque année (soit environ 15% des départs en retraite), selon le Conseil d'orientation des retraites (COR), souvent modestes, mais il y en a de moins en moins. Plus on avance dans les années, plus l’âge de début de travail est devenu tardif (22,5 ans aujourd’hui).

Concernées également, les femmes avec l’allongement de la durée de cotisation. «Une très large majorité d’hommes arrivent à 60 ans avec la possibilité de partir en retraite, au contraire des femmes qui, même à la limite des 65 ans, n’ont pas cotisé assez», indique à 20minutes.fr l’économiste Jacques Bichot. L’essentiel des cadres et des fonctionnaires ne sont pas vraiment concernés parce qu’en général, ils partent déjà plus tard que l’âge légal en retraite.

La réforme est-elle injuste pour les personnes qui ont commencé plus tôt?
Tout dépend du point de vue. «Ce n’est pas une injustice majeure», estime Jacques Bichot car, si elles devront travailler un peu plus (un à plusieurs trimestres en plus selon l’année de naissance), ces personnes rentrent tout de même dans le «dispositif carrières longues» de la réforme Fillon de 2003.

Ce dispositif qui concerne tous les «actifs ayant commencé leur carrière plus tôt que les autres» leur donne aussi le droit de «partir à la retraite plus tôt que les autres» (vers 57 ans par exemple si l’on a commencé à travailler à 16 ans), s'ils ont travaillé au moins 168 trimestres. Cela ne devrait pas être remis en cause par la prochaine réforme.

Toutefois ce départ avant 60 ans est «de plus en plus virtuel», expliquait Danièle Karniewicz, présidente de la Caisse nationale assurance vieillesse, à 20minutes.fr en janvier dernier. «Les personnes les moins qualifiées commencent, certes, plus tôt à cotiser, mais les premières années de travail sont généralement difficiles», et les périodes sans emploi sont monnaie courante. Aujourd'hui, l'âge moyen de départ à la retraite est d'environ 61 ans.

Comment vont être gérées les professions «pénibles»?
Certaines professions à risques ou liées à des conditions de pénibilité particulières (policiers, douaniers, surveillants pénitentiaires, personnels soignants des hôpitaux,…) bénéficient d’un traitement spécial, leur ouvrant un départ à la retraite à 50 ou 55 ans. Mais pas les chauffeurs routiers ni les employés du BTP.

Si le gouvernement n’entend pas remettre en cause ce traitement, il aimerait pouvoir donner une définition précise au concept de «pénibilité» qui n’existe pas dans le droit français. Pour cela, il veut mettre en place un suivi personnalisé de la carrière des travailleurs, notamment un suivi de santé, qui s’affranchirait des catégories professionnelles.

«Il va falloir faire très attention de ne pas ouvrir la boîte de Pandore et de recréer des régimes spéciaux», a prévenu Arnaud Robinet, le secrétaire national de l’UMP chargé du dossier des retraites, aux Echos ce mardi. A priori les régimes spéciaux déjà établis (SNCF, RATP, …) ne seront pas remis en cause, mais ils verront eux aussi leur âge légal de départ à la retraite repoussé d’autant d’années que celui du régime général.