Parcoursup: «Je n’ai toujours pas compris le fonctionnement de la plateforme et ça me stresse»

REPORTAGE Dans les allées du salon Postbac, les lycéens se montrent inquiets face à la nouvelle procédure d’accès au supérieur…

Delphine Bancaud

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Une conférence sur Parcoursup au salon  le Salon Postbac de la Villette, le 12/01/2018.

Une conférence sur Parcoursup au salon le Salon Postbac de la Villette, le 12/01/2018. — D.Bancaud/20minutes

  • La nouvelle plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur pour les bacheliers ouvre ce lundi.
  • Les lycéens ne semblent pas encore en maîtriser tous les tenants et aboutissants.
  • Certains craignent de ne pas obtenir la filière qu’ils visent.

Il règne une certaine nervosité ce vendredi matin à l’ouverture des portes du salon Postbac de la Villette. Car les visiteurs du jour savent que le compte à rebours va être bientôt lancé. Lundi, la nouvelle plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur pour les bacheliers, Parcoursup, sera ouverte et les élèves de terminale auront jusqu’à fin mars pour saisir leurs vœux d’orientation. Les allées du salon sont très vite noires de monde : « Les conférences sont pleines. Et il y a un flux de visiteurs plus important que lors du salon de l’an dernier. On voit que tout le monde est en demande d’infos. Il y a un effet Parcoursup », commente Marie Gesquière, chargée de communication du salon Postbac.

Sur le salon Postbac, le 12/01/2018.
Sur le salon Postbac, le 12/01/2018. - D.Bancaud/20minutes

 

Pas question de perdre une minute. De nombreux visiteurs se pressent pour suivre une conférence sur le mystérieux Parcoursup. L’intervenante explique avec pédagogie les différentes étapes de la procédure d’inscription dans le supérieur. « Alors comment faire un vœu multiple ? » interroge-t-elle, avant de répondre à sa propre question. Face à elle, des lycéens, venus avec leurs profs, prennent des notes. Beaucoup de parents sont aussi là pour tenter de décrypter le successeur d’APB. « Finalement, ce n’est pas aussi compliqué qu’on l’imagine », tente de les rassurer l’animatrice. Trois quarts d’heure plus tard, place aux questions : « peut-on changer de vœux d’orientation en cours de route ? », interroge une mère d’élève. S’ensuivent plusieurs questions très précises. Et l’animatrice a du mal à clore la conférence. Mehdi, lycéen de terminale S à Sevran (Seine-Saint-Denis) lève le camp : « le système d’inscription Parcoursup est encore un peu flou pour moi. Mais je pense que j’ai mes chances en droit, même si les places sont limitées. Car j’ai regardé les attendus pour la formation et je pense que j’y réponds », explique-t-il.

« C’est stressant de me dire que la réforme va tomber sur moi »

A l’instar de Mehdi, pour de nombreux lycéens errant sur le salon, le fonctionnement de Parcoursup ne semble pas limpide : « J’ai posé des questions précises à mes profs sur la procédure et ils n’ont pas su me répondre », déplore Laurine, en terminale ES au lycée Samuel Beckett de la Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne). « Et je ne comprends pas pourquoi les vœux d’orientation ne sont plus hiérarchisés », ajoute sa camarade de classe Florine. « Le système de réponses des établissements aux vœux d’orientation des lycéens me semble complexe », estime aussi Noémie, élève de première S, « c’est stressant de me dire que la réforme va tomber sur moi. Même si l’an prochain, on aura déjà expérimenté le système une fois ! », ajoute-t-elle. « Et comme on est les cobayes de la réforme, on ne peut pas bénéficier de l’expérience des autres lycéens pour déterminer la meilleure stratégie pour faire nos vœux », déplore Basile en terminale ES au lycée Edgar Quinet. « Pour la minute, je n’ai toujours pas compris le fonctionnement de la plateforme et ça me stresse un peu », confie aussi Margot, en terminale ES au lycée Rondeau de Bussy Saint-Georges (Seine-et-Marne).

Sur le salon Postbac, le 12/01/2018.
Sur le salon Postbac, le 12/01/2018. - D.Bancaud/20minutes

 

Une impression de flou dont témoigne Stéphanie, qui tient le stand d’information de l’université Paris Sud : « les visiteurs du salon savent très peu comment va marcher Parcoursup. Ils n’ont pas compris par exemple, qu’en cas de vœu groupé, ils peuvent se retrouver dans une fac éloignée de leur domicile. Mais je pense qu’une fois qu’ils auront accès à la réforme, les choses vont s’éclaircir ». Pour les profs, pas évident non plus d’y voir clair, à l’instar d’Esra, professeur au lycée Marcelin Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) : « nous devons comprendre Parcoursup pour bien pouvoir l’expliquer aux élèves. Mais ce n’est pas encore bien clair dans l’esprit de nombreux profs. On se demande par exemple ce que seront les attendus de chaque université. Car on ne connaît pour l’instant que les prérequis nationaux », remarque-t-elle.

« On ne sait pas trop comment les facs jugeront nos dossiers »

Dans les allées du salon, un groupe d’élèves de terminale s’inquiète aussi du fait que dans la nouvelle procédure d’inscription, les enseignants devront donner un avis en conseil de classe sur le choix d’orientation de l’élève : « Ils ne connaissent pas le contenu de toutes les formations, donc je ne vois pas pourquoi on leur demande leur avis. En plus, si on ne s’entend pas avec un prof, il y a des chances qu’il émette un mauvais avis », déclare Florine. « Les appréciations de nos profs vont compter. Et ça me semblerait délirant qu’un élève ne soit pas accepté dans la formation de son choix, juste parce que son prof aura déclaré qu’il était trop bavard en cours », commente dans une autre allée du salon Margot.

Sur le salon Postbac, le 12/01/2018.
Sur le salon Postbac, le 12/01/2018. - D.Bancaud/20minutes

Le fait de ne pas être sûr d’obtenir une place dans la filière demandée si elle est en tension et que les universités puissent trier les candidatures, en stresse aussi plus d’un : « On ne sait pas trop comment les facs jugeront nos dossiers. J’imagine que ça se jouera au mérite », indique Sonny, en terminale ES au lycée Edger Quinet. « Un élève peut être moyen au lycée et s’épanouir à la fac. Il faut lui laisser sa chance », estime aussi Florine. Et certains, à l’instar de Manon, en terminale S au lycée Rondeau de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), se montrent déjà pessimistes : « Je sais que je n’ai pas un bon dossier, j’ai peur qu’il ne passe nulle part », indique-t-elle, avant d’aller faire son tour des stands…