Disparition d’Estelle Mouzin: «Il faut s’intéresser à ce que faisait Nordahl Lelandais à cette époque-là»

FAITS DIVERS L’avocat du père d’Estelle Mouzin a demandé au juge chargé du dossier de sa disparition d’entendre et d’enquêter sur Nordahl Lelandais. L'ancien patron de la PJ de Versailles revient pour «20 Minutes» sur cette démarche...

Thibaut Chevillard

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Jean-Marc Bloch dirigeait le SRPJ de Versailles, en 2003, au moment de la disparition d'Estelle Mouzin

Jean-Marc Bloch dirigeait le SRPJ de Versailles, en 2003, au moment de la disparition d'Estelle Mouzin — Phare Ouest

  • Maëlys a disparu dans la nuit du 26 au 27 août dernier à Pont-de-Beauvoisin (Isère).
  • Nordahl Lelandais, un ex-militaire de 34 ans, a été mis en examen, fin novembre, pour meurtre.
  • L’avocat du père d’Estelle Mouzin a demandé au juge chargé du dossier de sa disparition d’entendre et d’enquêter sur Nordahl Lelandais.

L’avocat du père d’Estelle Mouzin a demandé au juge chargé du dossier de sa disparition d’entendre et d’enquêter sur Nordahl Lelandais, principal suspect de la disparition de Maëlys De Araujo. Au moment de la disparition de la fillette, en 2003, à Guermantes (Seine-et-Marne) Jean-Marc Bloch dirigeait le service régional de police judiciaire de Versailles.

Estelle Mouzin.
Estelle Mouzin. - DR

Cet ancien grand flic, aujourd’hui à la retraite, a longtemps coprésenté aux côtés d’Arnaud Poivre d’Arvor l’émission Non Elucidé, sur France 2, dont l’un des numéros a été consacré à la disparition d’Estelle Mouzin. Auteur du livre  Des deux côtés du miroir*, dans lequel il livre ses souvenirs de policier, il a répondu aux questions de 20 Minutes.

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La démarche de l’avocat du père d’Estelle Mouzin vous paraît-elle étonnante ?

Non, ce sont des choses qui se font, bien sûr. Je suis même convaincu que, dès que de la disparition de Maëlys a eu lieue, les enquêteurs de la PJ de Versailles, le juge de Meaux, se sont intéressés à l’affaire, l’ont suivie de très près. Bien sûr qu’ils ont pris contact avec les enquêteurs locaux pour voir s’il pouvait y avoir d’éventuels rapprochements. Estelle Mouzin a disparu il y a 14 ans. Depuis le temps, il n’y a quand même pas eu tellement d’affaires de disparition d’enfants.

A chaque fois, c’est évident, les enquêteurs se rapprochent des services qui traitent d’affaires similaires. Par exemple, nous nous étions rapprochés à l’époque de services qui avaient traité des affaires antérieures de même type, comme la disparition de Marion Wagon.

Selon Me Didier Seban, en 2003, Nordahl Lelandais, alors âgé de 19 ans, se trouvait au camp militaire de Suippes, dans la Marne, à environ 150 km du lieu de la disparition d’Estelle Mouzin. Avait-il, selon vous, le profil du kidnappeur de la fillette ?

Il n’y a pas de profil privilégié. Et pour cause, comment peut-on envisager un profil quelconque alors qu’il n’y a aucun témoin, aucun élément d’enquête ? Personne n’a rien vu, personne n’a rien entendu, il n’y a aucune trace d’Estelle Mouzin nulle part. Alors tout est possible. C’est pour cela qu’il faut s’intéresser à ce que faisait Nordahl Lelandais à cette époque-là.

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Comment peut-on vérifier, 14 ans après sa disparition, que Nordahl Lelandais a croisé le chemin d’Estelle Mouzin ?

A l’époque, on avait fait un travail de titan en relevant, au moment de la disparition d’Estelle Mouzin, tous les appels reçus et émis dans le secteur de Guermantes. On avait listé je crois entre 18.000 et 20.000 appels, ce qui permet encore aujourd’hui de faire des comparaisons. Nordahl Lelandais apparaît-il dans ces listings ? Il faut d’abord déterminer quel abonnement, quel téléphone il avait à l’époque.

Pensez-vous qu’un jour, on connaîtra la vérité sur la disparition d’Estelle Mouzin ?

Oui, rien n’est impossible. C’est à partir d’histoire comme celle-là que peut-être, un jour, la vérité apparaîtra. La problématique, c’est qu’il s’agit de faire une enquête à l’envers. En général, on part de la victime pour arriver vers l’auteur. Là, on est dans la démarche complètement inverse : on a un auteur, il faut essayer de reconstituer son emploi du temps, son cheminement géographique, pour voir si dans sa vie, il a croisé le chemin d’autres victimes d’homicides, de disparition. Ça ne veut pas dire que, parce qu’il les a croisés, il est l’auteur des faits, il reste après à le prouver. Mais c’est une première approche.

*« Des deux côtés du miroir », de Jean-Marc Bloch et Rémi Champseix, ISBN n°9782749141251, 240 pages, 16,50 euros