Police de sécurité du quotidien: Les acteurs consultés espèrent avoir été entendus

SECURITE La PSQ sera expérimentée en janvier prochain alors que la concertation lancée par le ministre de l’Intérieur s’est achevée mercredi…

Thibaut Chevillard

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Ilustration de membres de la police nationale

Ilustration de membres de la police nationale — ALLILI MOURAD/SIPA

  • Emmanuel Macron a annoncé en octobre dernier la mise en place d’une police de sécurité du quotidien.
  • Avant le lancement de son expérimentation, le ministère de l’intérieur a lancé une grande consultation.

C’est une des grandes réformes d’Emmanuel Macron en matière de sécurité. La police de sécurité du quotidien (PSQ) sera expérimentée dès le mois de janvier dans une quinzaine de villes. Cette nouvelle organisation doit permettre de « construire dans notre pays une société réconciliée, une société rassemblée, une société apaisée », avait expliqué en octobre dernier le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, lors d’un déplacement à la Rochelle. Le gouvernement avait lancé dans la foulée de son annonce une grande concertation auprès des différents acteurs du monde de la sécurité qui s’est achevée ce mercredi.

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Un questionnaire a été envoyé aux 250.000 policiers et gendarmes tandis que les préfets ont organisé des réunions en présence des représentants locaux des forces de l’ordre, de l’autorité judiciaire, d’experts ou des élus locaux. De son côté, le ministère de l’Intérieur a aussi consulté les organisations syndicales, le conseil de la fonction militaire de la gendarmerie, des organisations syndicales de policiers municipaux, des professionnels de la sécurité privée, des entreprises de transport collectif et des associations d’élus.

« On verra si nous sommes entendus »

L’occasion, pour les syndicats de policiers, de rappeler à la place Beauvau les revendications qu’ils portent depuis longtemps. « Il s’agit notamment de l’abandon des tâches indues comme des extractions judiciaires, de l’allégement de la procédure, de la contraventionnalisation des infractions de basses intensités comme la consommation de stupéfiants, ou de l’oralisation de la procédure », explique à 20 Minutes Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers. « On verra si nous sommes entendus, car certains chantiers sont interministériels ».

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Est-ce que cette consultation va être réellement prise en compte pour lancer les expérimentations dès le mois prochain ? « On ne sait pas encore ce qu’elle va produire. Mais il y a des dizaines de milliers de questionnaires à traiter, il n’y aura pas forcément le temps d’en extraire la substance et de la transformer en action concrète en quelques semaines », remarque Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip. Il souligne néanmoins que « consulter les différentes parties prenantes aux questions de sécurité » avant de lancer une nouvelle politique publique va plutôt dans le bon sens.

Pas de consultation de la population

Les représentants des élus, eux, sont un peu déçus. Maire socialiste de Dijon et président de la commission « sécurité » de l’Association des maires de France, François Rebsamen, regrette que « par endroits, les préfets ont juste réuni les maires du département pendant trois heures et tout le monde s’est ennuyé », indique-t-il au Monde. Mathieu Zagrodzki note pour sa part que la population n’a pas été consultée non plus. « Il n’y a pas la culture en France de la consultation directe de la population, comme c’est le cas dans le monde anglo-saxon par exemple. »

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Pourtant, assure le chercheur, « de manière générale, au-delà de cette consultation, il est important de faire rentrer la population dans l’évaluation du travail de la police ». « Le changement d’orientation de la police et de la gendarmerie n’aura de sens que si on modifie les indicateurs de mesure de performance. Si on dit aux forces de l’ordre qu’il est important de faire de la prévention, de bien recevoir le public, mais que d’un autre côté, ils continuent à être jugés sur le nombre d’interpellations réalisées et le taux d’élucidation, on ne changera pas les priorités. C’est pour cela qu’il faudrait mettre en place des enquêtes de satisfaction de la population. »

Place de la police municipale

Gérard Collomb souhaite aussi, dans le cadre de la création de la PSQ, la mise en œuvre d’un « continuum de sécurité » entre les « forces de sécurité nationale, municipales et les agences de sécurité privée », avait-il indiqué dans une interview accordée à la Gazette des communes. Il s’agit en particulier de définir enfin précisément le rôle des policiers municipaux, dont les missions diffèrent d’une ville à l’autre, selon les intentions des maires. Les policiers municipaux, consultés eux aussi, ont bien l’intention de prendre part à ce projet, comme l’explique à 20 Minutes Fabien Golfier, secrétaire national du syndicat FA-FPT police municipale

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Selon ce syndicaliste, plutôt que « de créer des postes pour les affecter à la PSQ alors que nous sommes en déficit », l’Etat ferait mieux de renforcer les polices municipales dans les communes qui en possèdent. « On ne demande pas des prérogatives supplémentaires mais des outils, notamment juridiques, qui nous permettent de faire notre travail actuel correctement  », comme un accès direct au Fichier des personnes recherchées (FPR) et au Fichier des objets et des véhicules signalés (FOVeS), explique-il à 20 Minutes. Le ministère doit rendre ses conclusions dans les prochains jours.