Recherches de majeurs disparus: «Très dur pour les familles qui se retrouvent seules»

INTERVIEW Pascale Bethany, de l’association Assistance et Recherche de Personnes disparues, revient sur la difficulté de rechercher des adultes quand la disparition ne semble pas a priori inquiétante…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration d'une foule.

Illustration d'une foule. — Franck Lodi/Sipa

Plusieurs milliers d’adultes disparaissent chaque année en France. Le nombre de ces disparitions considérées comme non inquiétantes reste flou en l’absence de chiffres officiels récents. Pour les familles, les recherches sont d’autant plus difficiles que légalement, un majeur peut partir sans avoir l’obligation de donner de nouvelles. Et que la procédure de recherche dans l’intérêt des familles (RIF) a été supprimée. Pascale Bethany, vice-présidente de l'association Assistance et Recherche de Personnes disparues (ARPD), explique les difficultés reoncontrées par les familles touchées par la disparition d’un proche.

Est-ce difficile, pour les familles, de lancer des recherches après la disparition a priori non suspecte d’un proche qui est majeur ?

Oui. Les familles vont voir la police ou la gendarmerie, et si la disparition n’est pas considérée comme inquiétante, on leur dit que le proche à droit à l’oubli, qu’un majeur est libre de ne plus contacter ses proches. Ces familles vont déposer une main courante, qui ne sera pas prise en compte dans les statistiques. Puis, c’est « au revoir ». La porte se referme. C’est très dur pour ces familles qui se retrouvent seules. Et puis il y a ce que vit la famille d’Arthur [Noyer, le jeune militaire disparu, qui aurait pu croiser la route de Nordahl Lelandais] et qui n’est pas un cas isolé.

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Comment pouvez-vous aider ces familles ?

Contactée par une famille, l’ARPD s’assure que celle-ci a déposé une main courante. Mais surtout, nos bénévoles entrent dans un travail d’écoute et de recherches de la personne disparue. Nous ne faisons pas le travail de la police, ni des détectives privés. On n’est pas là pour faire barrage. Nous prenons le temps, nous écoutons et instaurons un climat de confiance avec les familles pour les aider. Il faut parfois du temps de créer un lien, parfois aller au-delà des mensonges de certains…

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Combien de familles aidez-vous par an ?

Nous ne tenons pas de statistiques du nombre de personnes qui nous contactent ou des cas résolus. Mais je peux dire que je reçois des appels tous les jours. Et que je ne compte pas mes heures.

Est-ce compliqué de résoudre des cas de disparitions d’adultes ?

Certains cas prennent deux jours, d’autres plusieurs mois. Certains sont toujours ouverts depuis des années. Par exemple, Marie-France Fiorello, la maman d’Adrien qui a disparu en octobre 2010, attend toujours des réponses. Nous sommes toujours en contact.

Pourquoi la disparition a priori non inquiétante d’un majeur est-elle compliquée à gérer ?

Les familles ont besoin de soutien. Ne pas savoir si la personne est vivante ou morte, c’est terrible. Il faut le corps pour faire son deuil, sinon, il n’y a pas de deuil possible. Certains espèrent toujours que le disparu passera un coup de fil pour un anniversaire, même dix ans après. Ce n’est pas vivre. C’est pourquoi nous formulons plusieurs propositions que nous allons présenter au ministère de la Justice le 30 janvier. J’espère que ces propositions seront entendues pour faire avancer les choses.