Militaire disparu en Savoie: Pour quelles raisons Nordahl Lelandais a été mis en examen pour assassinat ?

ENQUETE Le crâne d’Arthur Noyer, jeune militaire, disparu au mois d’avril a été formellement identifié. Nordahl Lelandais, qui se trouvait aux mêmes endroits que lui ce soir-là, est suspecté de l’avoir tué…

Caroline Girardon

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Thierry Dran (à droite), procureur de la République de Chambéry a annoncé la mise en examen pour assassinat  de Nordhal Lelandais aux côtés du Colonel Pascal Claisse. 
AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Thierry Dran (à droite), procureur de la République de Chambéry a annoncé la mise en examen pour assassinat de Nordhal Lelandais aux côtés du Colonel Pascal Claisse. AFP PHOTO / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK — AFP

  • Nordahl, mis en examen pour le meurtre de Maëlys, est mis en examen dans une autre affaire de disparition.
  • Il est soupçonné d’avoir tué au mois d’avril Arthur Noyer, un jeune militaire dont le crâne a été retrouvé.
  • Les enquêteurs ont établi que Nordahl Lelandais se trouvait sur les mêmes lieux que la victime et aux mêmes horaires.

Nordahl Lelandais, suspecté d’avoir enlevé et tué la petite Maëlys au mois d’août lors d’un mariage à Pont-de-Beauvoisin (Isère) a été mis en examen pour assassinat ce mercredi dans une autre affaire.

Il est soupçonné d’avoir tué Arthur Noyer, un jeune militaire de 23 ans, dans la nuit du 11 au 12 avril. 20 Minutes revient sur les « indices graves et concordants » ayant permis aux enquêteurs de faire le lien entre les deux disparitions.

L’affaire Maëlys leur met la puce à l’oreille. Une semaine après la disparition du jeune caporal, les enquêteurs piétinent. « Au départ nous n’avions aucune piste sérieuse », reconnaît Thierry Dran, le procureur de la République de Chambéry. Les « nombreuses investigations techniques et scientifiques » n’avaient pas permis de révéler le moindre indice. Jusqu’à l’enlèvement de la fillette, quatre mois après. Les enquêteurs percutent en découvrant que la voiture du suspect est une Audi. Eux-mêmes s’étaient intéressés de près à un véhicule de la même marque qui avait été repéré par les caméras de vidéoprotection, dans chaque endroit où avait été localisé Arthur Noyer, le soir de sa disparition. Et dans les mêmes créneaux horaires.

« Nous avions recensé 2.900 propriétaires de véhicule de ce type dans le seul département de la Savoie », indique Thierry Dran. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais après la disparition de Maëlys, ils font automatiquement le rapprochement, se lançant dans « un long travail de vérification », qui va consister à étudier tous les mouvements des téléphones de Nordahl Lelandais.

Trois téléphones qui bornent aux mêmes endroits. L’emploi du temps du caporal Arthur Noyer le soir de sa disparition a été passé au peigne fin. Les enquêteurs se sont appuyés sur les images de caméras de vidéo surveillance et sur le bornage de son mobile. Ils ont ainsi établi une chronologie très précise des faits. Le jeune militaire était dans une boîte de nuit jusqu’à 2h03, il a ensuite été aperçu aux abords de l’établissement vers 2h48 avant de partir à pied dans les rues du centre-ville de Chambéry, où il a été repéré à 2h56.

Cinq minutes plus tard « à 3h01, son téléphone déclenche un relais sur la place Chevalier. A 3h06, il est localisé à Saint-Baldoph, une commune située à 6 kilomètres. Un autre relais permet d’établir à 3h11 qu’il se trouvait à Apremont, à 7,7 kilomètres de Chambéry », détaille le procureur. A 4 heures, son téléphone n’a plus émis aucun signe. « La vitesse de déplacement démontre qu’il se trouvait à ce moment-là en voiture et non plus à pied », ajoute le magistrat.

Les deux téléphones portables de Nordahl Lelandais ont déclenché les mêmes relais dans un créneau allant de « 23h45 à 3h41 » : le quartier du Carré-Curial (où se trouve la boîte de nuit), la place Chevalier, la commune de Saint-Baldophe. « Ils ont été éteints à 3h31 et le second à 3h42 jusqu’au lendemain », ajoute Thierry Dran.

L’Audi est repérée par la vidéo aux mêmes horaires. Là encore, les enquêteurs ont épluché minutieusement les images des caméras de vidéo protection. L’Audi se trouvait à 2h58 dans les rues du centre-ville de Chambéry. Elle apparaît également à 3h08 sur les images de la commune de Saint-Badolph. Reste à savoir s’il s’agit bien de la voiture de Nordahl Lelandais. « C’est le même type de véhicule. C’est déjà un lien énorme », répond le procureur. Interrogé sur ces points-là, le suspect a reconnu sa présence sur les lieux mais « conteste l’ensemble des faits ».

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D’étranges recherches sur internet. En analysant les données téléphoniques des mobiles de Nordahl Lelandais, les gendarmes découvrent que le suspect a effectué plusieurs recherches sur internet, pour le moins intrigantes, le 25 avril, soit 13 jours après la disparition d’Arthur Noyer. « En mots-clés, il a tapé décomposition d’un corps humain », révèle Thierry Dran. Il va devoir s’expliquer également sur ce point.

Le crâne du caporal a été retrouvé. Le jeune militaire n’avait plus donné signe de vie depuis le 12 avril. Quasiment trois mois plus tard, le 9 septembre, un « reste de crâne humain » a été découvert par un promeneur sur un chemin de randonnée à Montmélian. Soit à une quarantaine de kilomètres de Domessin, où résidait le suspect. « Dans un premier temps il nous était apparu ancien », ajoute le procureur de la République. Les enquêteurs vont demander des analyses le 18 décembre, le jour où Nordahl Lelandais a commencé à être étendu par les gendarmes sur cette affaire. Les analyses ADN, effectuées ces deux derniers jours, ont montré que crâne était bien celui d’Arthur Noyer, dont le reste du corps n’a pas été retrouvé.

Soupçonné d’autres assassinats ? « Pour l’instant, on ne parle que de l’assassinat d’Arthur Noyer. Il est un peu prématuré de répondre là-dessus », indique le procureur, avant d’ajouter que cette hypothèse est pourtant loin d’être écartée. « De nouvelles recherches vont être effectuées. Il s’agira d’investigations plus poussées, plus précises. Bien évidemment, on va regarder toutes les disparitions inquiétantes survenues dans la région ».

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Parmi les affaires non résolues : la disparition de Jean-Christophe Morin, dans la nuit du 9 au 10 septembre 2011, après avoir passé la soirée avec des amis au festival de musique électronique Elements, près d’Albertville (Savoie). Un an plus tard, dans la nuit du 8 septembre 2012, près du même festival, où il n’avait pas été autorisé à entrer, Ahmed Hamadou avait également disparu.

Selon Le Parisien, la mère d’Adrien Mourialmé a été contactée par les enquêteurs lui apprenant que des vérifications allaient être menées concernant la disparition de son fils. Le jeune cuisinier belge de 24 ans a été vu pour la dernière fois le 5 juillet dans la région du lac d’Annecy.