Lyon: Fin des contrats aidés, subventions à la baisse... Plusieurs lieux culturels sont plus qu'en danger

CULTURE A l'image du 6e Continent, qui ferme officiellement ses portes vendredi, d'emblématiques structures lyonnaises se trouvent dans l'impasse...

Jérémy Laugier

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Le festival 6e Continent, organisé chaque année en juin, a accueilli jusqu'à 35.000 spectateurs en trois jours sur certaines éditions.

Le festival 6e Continent, organisé chaque année en juin, a accueilli jusqu'à 35.000 spectateurs en trois jours sur certaines éditions. — 6e Continent

  • En difficultés depuis plusieurs années dans le VIIe arrondissement, le musée africain et le 6e Continent viennent de fermer leurs portes.
  • Une issue que risque de connaître le Croiseur, salle proposant théâtre et danse actuellement « dans l’impasse » après une chute extrême de ses subventions.

L’hiver est rude pour le monde de la culture à Lyon. D’emblématiques lieux ferment en effet leurs portes l’un après l’autre. Si le musée des Tissus a été sauvé in extremis par la Région Auvergne-Rhône-Alpes en octobre, le musée africain (Lyon VIIe) n’a pas connu la même issue favorable. Seule structure en France dédiée exclusivement aux arts et cultures africains, il est fermé au public depuis le 27 novembre, en raison de maigres subventions et d’une fréquentation insuffisante (10.000 visiteurs en moyenne par an).

Association œuvrant pour « la promotion des cultures du monde » dans le quartier de la Guillotière, le 6e Continent vit ses deux derniers jours d’ouverture, avec des concerts de soutien programmés ce jeudi et vendredi. « Depuis 2015, nous avons perdu 50.000 euros d’aides de la part de l’Etat et de la Région, explique le directeur du lieu Mohamed Sidrine. On a su tenir avec ténacité et militantisme, grâce à plus de 200 bénévoles, mais la fin des contrats aidés cet été a été le coup fatal. »

Le festival 6e Continent a parfois rassemblé plus de 30.000 spectateurs

Malgré 80 % d’autofinancement, entre l’organisation de concerts et de cours de danse, le 6e Continent n’a jamais eu les moyens d’embaucher autrement que via trois contrats aidés. Seul son festival annuel (à prix libre), qui a parfois accueilli plus de 30.000 spectateurs au Parc de Gerland, avec des têtes d’affiche comme Alpha Blondy, Rachid Taha ou Tri Yann, pourrait connaître sa 20e édition en 2018.

>> A lire aussi : Le 6e Continent se met à la salsa au parc de Gerland

Dans le VIIe arrondissement, un autre lieu culturel emblématique est en péril, le Croiseur. Entre la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), la Ville et la Région, la salle de 1.100 m2 proposant cours de théâtre ainsi que spectacles de théâtre et de danse recevait 110.000 euros d’aides par an… contre 10.000 euros en 2017. Plombée par cette chute colossale de subventions puis là aussi par la fin des contrats aidés, l’association Scène 7, responsable du Croiseur, a officiellement été liquidée le 12 juillet.

Le bar du Croiseur autour duquel ont pu se dérouler de nombreuses créations théâtrales.
Le bar du Croiseur autour duquel ont pu se dérouler de nombreuses créations théâtrales. - Le Croiseur

« C’est quand même un lieu qui avait une âme »

Adjoint à la Culture à la mairie du VIIe arrondissement, Romain Blachier a repris le Croiseur en octobre via l’association Coligny, « sans le moindre projet fédérateur » selon Didier Vignali, ex-directeur et fondateur du Croiseur en 1999. « C’est quand même un lieu qui avait une âme et qui s’est battu pour former des centaines d’élèves, dans un quartier où il ne se passe pas grand-chose [entre Jean-Macé et Gerland], insiste Didier Vignali. On se trouve aujourd’hui dans une impasse totale. Si la Ville a toujours joué le jeu, être lâché par la Région reste dur à avaler. »

Avec une programmation de spectacles extrêmement réduite en raison des frais engendrés, le Croiseur ne s’appuie quasiment plus que sur son école de théâtre, qui compte encore une cinquante d’élèves. Mais comme pour ses deux voisins de Lyon VIIe, son issue semble inexorable dans le contexte actuel.