LGBT: Comment lutter contre les discriminations au travail?

EMPLOI Les associations de défense des droits des personnes LGBT évoquent un «plafond de verre» en entreprise...

L.C.

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Illustration d'un bureau.

Illustration d'un bureau. — Pixabay

  • Selon une étude publiée ce jeudi, être LGBT peut parfois freiner votre carrière.
  • Des chercheurs ont essayé de mesurer ce « plafond de verre » subi par les LGBT.
  • Les associations proposent des solutions pour réduire ces discriminations dans le monde du travail.

L’orientation sexuelle peut parfois freiner une carrière, selon un sondage publié ce jeudi par France Info. Près de 6.700 salariés, hétérosexuels et homosexuels, ont été interrogés en France par l’Ifop pour l’association dédiée à la question LGBT dans le monde du travail Autre cercle. Ces personnes travaillant au sein des organisations du secteur public et privé signataires de la Charte d’Engagement LGBT Autre Cercle sont 29 % à observer que les personnes LGBT subissent une inégalité dans le déroulement de leur carrière. Un « plafond de verre », parfois appelé « plafond rose », dénoncé par les associations de lutte contre les discriminations envers les LGBT qui préconisent prévention et répression pour le briser.

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« Certains en ont ras le bol de se cacher pour éviter les problèmes »

Les discriminations à l’égard des homosexuels, bisexuels et transgenres dans le travail prennent différentes formes. « Le quotidien n’est pas forcément facile. On subit de l’humour qui n’en est pas, des blagues sur les homos. Il y a aussi des agressions verbales et plus rarement du harcèlement », énumère Philippe Chauliaguet, administrateur de l’association Homoboulot, qui souligne que les secteurs privé et public sont concernés. « Certains en ont ras le bol de se cacher pour éviter les problèmes ».

L’enquête menée par l’Ifop révèle en effet que 75 % des hommes gays ou bisexuels font connaître leur orientation sexuelle sur leur lieu de travail, et 64 % des femmes lesbiennes ou bisexuelles. Au contraire, 73 % des LGBT évitent de parler de leur vie privée et 14 % font croire qu’ils sont hétérosexuels. Souvent « par crainte de conséquences négatives » pour leur carrière, selon l’Autre Cercle. Une « invisibilisation » qui a plusieurs conséquences selon Homoboulot : « un travailleur qui se cache risque d’être à l’écart de ses collègues et aussi de perdre en productivité, à cause de toute l’énergie qu’on met à ne pas révéler son orientation sexuelle ».

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Des écarts de salaires en France

Il est difficile d’évaluer et de quantifier ce « plafond de verre » subi par les LGBT car les données sont rares. Le sociologue spécialiste des discriminations à l’embauche Jean-François Amadieu cite l’une des rares études sur le sujet, publiée en 2012 par des chercheurs de l'université d'Evry-Val-d'Essonne qui se sont donc basés sur l’enquête emploi de l’Insee. Selon cette enquête, les homosexuels sont payés entre 6 % et 5 % de moins que les hommes hétérosexuels en France. En revanche, les homosexuelles gagnent 2 % de plus que les hétérosexuelles dans le secteur privé, et la même chose dans le public.

Des discriminations jouent aussi lors de l’embauche. Jean-François Amadieu a mené en 2014 une expérience en envoyant 250 CV dans lequel le candidat masculin faisait état d’un stage dans une association ou un média LGBT, pour postuler à des postes de commercial dans l’agroalimentaire. « Ces CV ont reçu 49 % de réponses positives en moins que des CV ne comportant par ce stage ». Malgré une évolution des mentalités « au cours des 15, 30 dernières années, en ce qui concerne l’acceptation de l’orientation sexuelle », « l’image du leader continue à être associée à des traits masculins, dominants, virils », souligne le sociologue.

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Prévention et formation

Comment lutter contre des discriminations au travail ? Pour l’association Homoboulot, parler des LGBT est « encore tabou » dans le monde du travail. « Les entreprises ont peur de choquer leurs salariés ou leurs clients », estime Philippe Chauliaguet. Il préconise une « démarche inclusive » pour « rendre visible » les LGBT. « Il faut que l’entreprise, dans ses communications en interne, dans les processus RH, prenne en compte l’existence des LGBT et de couples de même sexe, car cela peut mettre à l’aise les employés LGBT qui pourront peut-être plus facilement assumer leur orientation sexuelle ». L’association travaille aussi sur le volet répressif, notamment en lien avec des syndicats.

En ce qui concerne le recrutement, le sociologue Jean-François Amadieu estime que le CV anonyme peut éviter des discriminations subies par les candidats, à l’heure où certaines informations sur l’orientation sexuelle, les convictions religieuses ou politiques personnelles peuvent parfois êtres accessibles sur Internet. « On peut aussi limiter le poids de l’entretien : en faisant passer des tests de compétences et de personnalités avant de faire passer un entretien. Il faut se méfier des entretiens car ils augmentent les risques de discrimination. L’employeur s’y forge une perception, vraie ou fausse, sur l’orientation sexuelle des candidats, à travers la communication non verbale », prévient-il. Une préconisation qui va à l’encontre de ce qui se fait majoritairement en France, où l’entretien d’embauche joue un rôle clé dans le recrutement.

En revanche, le sociologue n’est pas convaincu par les démarches de « comptage » mises en place par des entreprises aux Etats-Unis. Depuis 2017, les candidats qui postulent chez Goldman Sachs se voient demander de préciser leur orientation sexuelle. Philippe Chauliaguet d’Homoboulot n’y est pas très favorable non plus. « On a les moyens de faire changer les choses sans en passer par là », espère-t-il.