Activités de Lafarge en Syrie: La partie civile accuse Lafarge de «nettoyage de preuves» dans l'enquête

JUSTICE L’entreprise est soupçonnée d’avoir financé des groupes terroristes en Syrie contre le maintien de son activité dans le pays…

Helene Sergent

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Bruno Lafont, ex-PDG de Lafarge, a été mis en examen le 9 décembre dernier.

Bruno Lafont, ex-PDG de Lafarge, a été mis en examen le 9 décembre dernier. — ERIC PIERMONT / AFP

  • Ce mardi, l’ONG Sherpa partie civile dans le dossier, a accusé l’entreprise d’avoir détruit certaines preuves et de refuser de fournir des éléments aux magistrats.
  • Six cadres et responsables du cimentier ont été mis en examen ces dernières semaines.
  • Ils sont poursuivis pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « financement d’une entreprise terroriste ».

« C’est du délire total ! », s’étouffe une source proche du cimentier Lafarge. Ce mardi matin lors d’une conférence de presse, l’ONG Sherpa, partie civile dans le dossier, a accusé l’entreprise de « nettoyage de preuves », « d’entrave » et d’avoir « passé des ordinateurs à l’eau de javel ». Les avocats de l’ONG William Bourdon et Marie Dosé ont fustigé un « dépérissement des preuves » et ont appelé le parquet de Paris à ouvrir une enquête pour « entrave ».

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L’entreprise du Cac 40, fleuron de l’économie française, est soupçonnée d’avoir financé des groupes terroristes entre 2011 et 2015 en échange du maintien de l’activité de leur cimenterie en Syrie. Le montant de 500.000 dollars versés en 4 ans serait bien en deçà des estimations figurant dans l’instruction selon les avocats de la partie civile.

« Des méthodes de voyous »

Dans le viseur de la justice depuis 2016, l’entreprise Lafarge a toujours affirmé qu’elle souhaitait coopérer avec les enquêteurs, diligentant dans la foulée une enquête interne. Pourtant selon Me Marie Dosé, « il est totalement faux d’affirmer qu’il y a une coopération pleine et entière de Lafarge dans le cadre de cette information judiciaire ». En cause, les éléments retenus par les magistrats instructeurs Charlotte Bilger, Renaud Van Ruymbeke et David de Pas dans l’instruction.

« Le groupe semble en l’état distiller les éléments en sa possession dans un objectif premier de maîtrise. Des éléments essentiels ne se trouvaient plus au sein du siège lorsque la perquisition a été effectuée. L’intégralité de la comptabilité susceptible d’impliquer la personne morale n’a pas été davantage transmise », s’étonnent les juges. Pour Me William Bourdon, ce « comportement traduit un mépris pour l’autorité judiciaire » s’appuyant sur « des méthodes de voyous ».

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Des allégations fermement démenties par une source proche du cimentier : « On a tout transmis, des disques durs, des teraoctets de données. Qu’est-ce que vous voulez qu’on dissimule ? Baker & MacKenzie, le cabinet chargé de l’enquête en interne a disposé de moyens que jamais des juges n’auraient pu avoir et ont récolté des pièces partout », assure-t-elle à 20 Minutes.

Subornation de témoins ?

Autre accusation formulée par la partie civile : Lafarge aurait formulé des « propositions d’accord pour acheter le silence » des cadres mis en examen. A ce stade, six personnes ont d’ores et déjà été placées sous contrôle judiciaire et mises en examen pour « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui ». « Un des mis en examen a fait explicitement référence à la volonté du groupe d’acheter son silence » a insisté ce mardi matin Marie Dosé.

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« C’est totalement faux. Des transactions ont été signées entre la société et d’anciens salariés dont elle a voulu se séparer. Ils s’engageaient notamment à ne pas diffamer Lafarge mais leurs obligations judiciaires étaient expressément exclues de cet accord », nuance une source proche de Lafarge.

12 millions d’euros ?

Dernier élément gênant pour l’entreprise, les montants confiés aux intermédiaires syriens révélés lors de la conférence de presse. Si Lafarge a reconnu que les « mesures prises étaient inacceptables » et « des erreurs de jugement significatives », les sommes avancées jusqu’ici dans la presse ne dépassaient pas 500.000 dollars. Or, les juges d’instruction auraient retenu un tout autre nombre.

Douze millions d’euros auraient été « versés par Lafarge entre 2011 et 2015 au profit d’organisations terroristes, parmi lesquels l’organisation État islamique, au titre de rachat de matières premières et au titre de paiement des intermédiaires chargés de rémunérer ces groupes pour que se poursuive l’exploitation de l’usine » selon les magistrats. Ce chiffre serait issu d’un rapport du cabinet d’expertise comptable Price Waterhouse Coopers (PWC), et commandé par la firme.

Tous ces éléments justifient selon l’ONG Sherpa l’ouverture d’une enquête pour « entrave ». Elle appelle le parquet de Paris à se pencher sur la destruction de preuves. « S’il ne le fait pas et persiste dans l’inaction, nous déposerons plainte », a ajouté l’avocate Marie Dosé. Contacté par 20 Minutes, le parquet n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade.