Procès de Georges Tron: Réflexologie plantaire ou viols, deux versions vont s'opposer aux assises

JUSTICE Avec une de ses adjointes, l’ancien secrétaire d’Etat à la Fonction publique Georges Tron est accusé d’avoir violé deux employées de sa mairie de Draveil, dans l’Essonne…

V. Vantighem et C. Politi

— 

Georges Tron encourt une peine de vingt années de réclusion pour viols et agressions sexuelles.

Georges Tron encourt une peine de vingt années de réclusion pour viols et agressions sexuelles. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

  • Georges Tron et Brigitte Gruel sont jugés aux assises, à partir de ce mardi.
  • Sous couvert de pratiquer la réflexologie plantaire, ils sont accusés de viols.
  • Ils encourent une peine de vingt années de réclusion.
  • Dénonçant un complot politique, ils ont toujours nié les faits.

Est-il un « cavaleur de jupons », comme l’a prétendu le directeur des ressources humaines de la mairie de Draveil, dans l'Essonne ? Ou un homme politique, adepte de réflexologie plantaire, visé par un complot d’extrême droite, ainsi qu’il l’affirme ?  Georges Tron est jugé, à partir de ce mardi par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, pour viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité, des faits passibles de vingt années de réclusion criminelle. Toujours maire (LR) de Draveil aujourd’hui, il est accusé, avec Brigitte Gruel, son ancienne adjointe à la Culture, d’avoir abusé de deux employées municipales entre 2006 et 2010. « Ce n’est pas une simple affaire de tripotage de pieds, insiste Alexandre- M. Braun, l’un des avocats d’Eva L., une des deux plaignantes. Mais bien une affaire de viols. »

>> A lire aussi : De quoi Georges Tron est-il vraiment accusé ?

« Comme s’il s’agissait d’un alinéa de mon contrat de travail »

Aux enquêteurs, sa cliente a décrit un véritable « rituel » précédant chaque passage à l’acte. Selon son récit, Georges Tron rangeait précautionneusement les affaires sur son bureau de maire, fermait la porte capitonnée à clef puis lui prodiguait un massage des pieds qui déviait immanquablement vers sa poitrine, son ventre et s’achevait par des pénétrations digitales. « Comme s’il s’agissait d’un alinéa de [son] contrat de travail. » Elle assure que Brigitte Gruel y prenait une part active, lui massant les épaules et la caressant après s’être dévêtue. L’autre plaignante, Virginie. E., explique, elle aussi, avoir été piégée par le duo d’élus et avoir cédé de peur de perdre son emploi à la mairie, estimant qu’il s’agissait d’une « sorte de droit de cuissage [de la part] d’un homme d’État. »

>> A lire aussi : Qui sont les protagonistes de l'affaire Tron ?

Fabienne, Catherine, Marie-Hélène… Au cours des trois années d’instruction, les policiers ont entendu une quinzaine d’autres femmes qui n’ont pas porté plainte. Certaines ont évoqué des massages de pieds « en tout bien tout honneur ». D’autres se sont enfuies avant que « ça ne dérape ». Mais la grosse majorité d’entre elles a relevé la « forte connotation sexuelle » du scénario auquel elles étaient confrontées.

Les plaignantes proches du beau-frère de Marine Le Pen ?

Georges Tron et Brigitte Gruel ont toujours nié les faits reprochés, y compris la relation extraconjugale qui leur était prêtée. « Georges Tron est un charmeur, il pouvait avoir des relations fusionnelles, être tactile. Mais jamais il n’a eu de relations sexuelles avec elles ! », assure Antoine Vey, l’un de ses avocats. Et de rappeler plusieurs incohérences dans les témoignages des deux plaignantes, notamment sur leurs emplois du temps.

>> A lire aussi : Brigitte Gruel confrontée à l'une de ses accusatrices

Selon lui, l’origine de toute cette affaire serait d’ordre politique. Il avance pour cela la proximité entretenue par les deux parties civiles avec Philippe Olivier, le beau-frère de Marine Le Pen et opposant local notoire à Georges Tron. Dans un enregistrement clandestin versé au dossier, Eva L. indique avoir « toute la machine du FN derrière elle » et espérer « 300.000 euros » de cette affaire.

Les « mœurs libres des deux plaignantes »

En 2013, les juges d’instruction du tribunal d’Evry avaient estimé, comme le parquet, que les charges n’étaient pas suffisantes pour entraîner un procès. Au motif notamment qu’Eva L., qui fréquentait des clubs libertins, aurait été « au fait des choses de la vie ». Deux ans plus tard, la cour d’appel en a décidé autrement, estimant, au contraire, que « les mœurs libres des deux plaignantes n’excluent pas des abus sexuels ».

« Ce procès aux assises est donc une première victoire mais Eva L. sait que l’audience va être très violente et qu’on va la traîner dans la boue, indique Eva Touboul, son autre avocate. Mais elle ne retire rien de ses accusations. » En colère, selon ses avocats, Georges Tron attend, lui, que son honneur soit « lavé » au cours de l’audience.

Révélée en 2011, cette histoire l’avait contraint à démissionner de son poste de secrétaire d’État chargé de la Fonction publique. Il sera, mardi, le deuxième membre d’un gouvernement de la Ve République à comparaître devant une cour d’assises pour des faits criminels. Le précédent s’appelait Maurice Papon.