• Un documentaire diffusé sur Arte avance que les centrales nucléaires ne sont pas assez protégées face au risque terroriste.
  • Bombe sale, attaque de convoi de combustible, drones, cyberattaque, l’équipe du docu fait le tour des menaces et cela fait froid dans le dos.

22 mars 2016. Des attentats revendiqués par Daesh font 32 morts et plus de 300 blessés à Bruxelles. Les enquêteurs découvrent que les terroristes avaient installé une caméra en face du domicile du directeur du centre d’étude nucléaire belge, un endroit qui contient de grandes quantités de matière radioactive et nucléaire. Discrètement, ils surveillaient tous ses déplacements.

« Selon une théorie, ces types étaient poursuivis par la police et ils ont dû se dépêcher. C’est pour ça qu’ils n’ont pas fait exploser le site nucléaire mais seulement les cibles plus accessibles, l’aéroport et le métro », raconte Tom Sauer, professeur à l’université d’Anvers, aux auteurs du documentaire Sécurité nucléaire : le grand mensonge, diffusé mardi ce soir sur Arte à 20h50, mais également disponible en ligne par ici.

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« L’idée que les installations nucléaires subissent des attaques n’est clairement pas exagérée », estime Gary Ackerman, directeur de Start, le consortium national américain pour l’étude du terrorisme, l’une des plus grandes institutions universitaires au monde de recherche sur le terrorisme. « Si vous voulez réellement tuer un très grand nombre de personnes, ou causer des dégâts considérables, comme seul un Etat pourrait le faire, l’un des seuls moyens pour cela est d’utiliser des armes nucléaires », ajoute-t-il

Menace terroriste

Selon les auteurs du film, certaines organisations terroristes ont cherché à plusieurs reprises à se procurer de la matière nucléaire pour fabriquer une bombe. Trois d’entre elles « ont eu des plans sérieux », indique Gary Ackerman. Parmi elles, une secte japonaise « apocalyptique et millénariste » et Al-Qaida.

« Pour le groupe Etat islamique (EI), nous n’avons aucune preuve qu’il existe un programme d’armement nucléaire. Mais certains indicateurs préoccupants ont émergé suite aux événements récents en Belgique, affirme Matthew Bunn, analyste en politique nucléaire à l’université d’Harvard. S’il l’EI décidait de se lancer dans une course au nucléaire, il pourrait y arriver. Ils ont plus d’argent, plus de manœuvre, ils contrôlent plus de territoire et ils ont une plus grande capacité d’experts dans le monde entier qu’Al-Qaida n’en a jamais eu. »

Bombe sale

Les matières radioactives nécessaires à la fabrication d’une bombe sale, utilisées souvent dans les hôpitaux ou dans l’industrie, sont parfois mal sécurisées. Ces armes « ne vont pas détruire grand-chose et ne vont pas tuer beaucoup de monde. Mais elles peuvent contaminer et empêcher l’accès à de larges zones et ainsi les rendre inexploitables. Ce qui va causer des dommages économiques considérables », ajoute Gary Ackerman. L’AIEA a recensé, entre 1993 et 2015, 782 cas de disparition de matières radioactives.

Autre point d’inquiétude. Alors que le plutonium est produit à la Hague par Areva, l’usine qui le transforme se situe à Marcoule, à l’autre bout du pays, à plus de 800 km. Chaque année, 15 tonnes de plutonium traversent discrètement la France. « Le fait d’imaginer que le secret fait partie de la protection est une utopie totale », assure Yannick Rousselet, chargé de la campagne nucléaire de Greenpeace France. Une partie du convoi, dit-il, passe nécessairement toujours pas le même tronçon, chaque semaine et dont certains endroits présentent de grandes fragilités. »

L’équipe du film a pu suivre le convoi, le doubler à plusieurs reprises, « sans jamais être repérée, ni inquiétée ». Les militants de Greenpeace ont également remarqué que les camions « s’arrêtent systématiquement pour faire le plein sur l’autoroute » dans des stations-service qui appartiennent toujours à la même enseigne.

Menace d’un crash aérien

Après le 11-septembre, les pays nucléarisés se sont demandé si leurs centrales résisteraient à la chute d’un gros avion de ligne. « La menace d’un avion avait été évaluée mais avec des avions légers, qui par erreur ou accident pourraient se projeter contre une centrale », reconnaît Jacques Repussard, directeur de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire de 2003 à 2016. Le risque terroriste n’avait jamais été pris en compte. Mais les réacteurs n’ont, à quelques exceptions près, pas été renforcés après le 11-septembre.

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« En aucun cas, une éventuelle chute d’avion sur une centrale ne peut conduire à un accident grave », soutient néanmoins Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire d’EDF. Mais, les réalisateurs du film remarquent qu’en Allemagne, le risque de crash aérien a pesé dans le choix de sortir du nucléaire. « Toutes les centrales nucléaires américaines sont vulnérables à une attaque aérienne. Et il en est de même pour presque toutes les centrales nucléaires du monde », affirme Alan Kuperman, professeur à l’université du Texas.

Drones et cyberattaques

Les drones constituent également un risque pour la sécurité des centrales nucléaires. En effet, les réalisateurs du documentaire notent qu’avec « un minimum de connaissances techniques, il est possible de fabriquer et d’envoyer un engin porteur de plusieurs dizaines de kilos d’explosifs sur les zones sensibles d’un site nucléaire ».

Enfin, un autre menace plane sur les installations nucléaires : celui d’une cyberattaque. Il s’agit « de la menace la plus probable contre une centrale nucléaire », explique Bill Cross, responsable américain de la sécurité nucléaire et de la cybersécurité. Il souligne que des « mesures de protection » ont été mises en place pour y faire face. Mais ces dispositifs sont loin d’être suffisants, selon les auteurs.