Nouvelle-Calédonie : Quatre questions pour comprendre le référendum sur l’indépendance

POLITIQUE Le Premier ministre est en Nouvelle-Calédonie pour évoquer le référendum sur l'indépendance qui sera organisé l'année prochaine. «20 Minutes» fait le point sur ce vote capital pour l'avenir de l'archipel...

T.C. avec AFP

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Edouard Philippe en Nouvelle-Calédonie, dimanche 3 décembre 2017

Edouard Philippe en Nouvelle-Calédonie, dimanche 3 décembre 2017 — Fred Payet / AFP

  • L'Accord de Nouméa, signé en 1998, prévoit l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie au plus tard en novembre 2018.
  • Le Premier ministre s’est rendu cette semaine sur place pour « faire le point sur les travaux qui doivent se poursuivre » avant la tenue du vote.

Edouard Philippe l’a confirmé ce mardi. Le référendum sur l'indépendance qui doit être organisé en novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie « aura lieu ». Après quatre jours de visite dans l’archipel durant lesquels il a pris le temps de rencontrer tous les acteurs politiques, le Premier ministre a présenté à Nouméa, devant le Congrès, sa « méthode » pour préparer cette consultation basée, selon lui, sur « le dialogue ». 20 Minutes explique pourquoi ce vote est déterminant pour l’avenir de l’archipel.

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Quel est le statut de la Nouvelle-Calédonie ?

Distante de la Métropole d’environ 16.000 km, la Nouvelle-Calédonie est française depuis 1853. C’est une collectivité d’Outre-Mer dotée d’un statut spécial, qui bénéficie notamment d’une certaine autonomie politique. Depuis 1988, elle est partagée en trois provinces qui disposent de représentants au Congrès. Le rôle de cette assemblée est notamment d’élire les membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Le président du gouvernement représente l’archipel et dirige l’administration. L’Etat français est représenté par le Haut-Commissaire de la République, dont le rôle est proche de celui des préfets. La Nouvelle-Calédonie dispose également d’un Sénat coutumier. Gardien et le défenseur de l’identité kanak, il a été créé en 1998 dans le cadre de l’Accord de Nouméa.

Au fait, c’est quoi ce référendum ?

Pour comprendre, il faut revenir trente ans en arrière. Dans les années 1980, des tensions éclatent entre les communautés Kanak et d’origine européenne. Ces dernières culminent le 5 mai 1988 avec l’assaut de la grotte d’Ouvéa : 19 indépendantistes et deux militaires étaient tués. « Il y a eu après ça la volonté de sortir de la presque guerre civile et de trouver un accord », explique à 20 Minutes Frédéric Angleviel, historien, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna. Des négociations entre les deux camps et leurs dirigeants ont lieu. Elles débouchent sur les Accords de Matignon-Oudinot.

Signés le 26 juin 1988, ils prévoient une période de développement de dix ans et instaurent des garanties économiques et institutionnelles pour les Kanak, avant que les Calédoniens ne se prononcent sur leur indépendance. « Les gens se sont finalement aperçus que la meilleure solution n’était pas d’aller à un référendum couperet », précise Frédéric Angleviel.

Un nouvel accord est alors signé à Nouméa, le 5 mai 1998, qui instaure une décolonisation progressive. Il prévoit le transfert de certaines compétences de la France vers la Nouvelle-Calédonie dans de nombreux domaines à l’exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice « qui est entièrement métropolitaine », de la monnaie et « de la diplomatie », souligne l’historien.

Ce fameux Accord de Nouméa prévoit également l’organisation avant novembre 2018, d’un référendum sur l’accession de Nouvelle-Calédonie à sa pleine souveraineté. En cas de vote négatif, une seconde, puis éventuellement une troisième consultation pourraient être organisées. A l’issue de deux votes négatifs, un nouvel accord sera cependant négocié.

Et qui peut voter ?

Dans ce territoire de 274.000 habitants où les Kanak sont minoritaires (39 %), la liste électorale spéciale compte à ce jour 158.000 électeurs qui auront à se prononcer sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. L'Accord de Nouméa prévoit que « pour avoir le droit de voter, il faut au minimum vingt ans de présence en Calédonie et l’avoir prouvé », indique Frédéric Angleviel.

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Le déplacement d’Edouard Philippe intervient un mois après « un accord politique » trouvé à Paris le 2 novembre entre indépendantistes et non indépendantistes, sur l’un des principaux points d’achoppement concernant l’organisation de cette consultation : l’inscription d’office de quelque 11.000 natifs de Nouvelle-Calédonie (7.000 de statut civil coutumier, tous Kanak, et environ 4.000 de statut civil de droit commun) sur la liste électorale spéciale du référendum. « Les indépendantistes estimaient que le vote n’aurait pas été légitime s’ils n’avaient pas obtenu exactement ce qu’ils voulaient », explique Frédéric Angleviel.

Sait-on comment le vote sera organisé ?

A ce jour, la question qui sera posée aux électeurs n’est pas encore formulée, et fait l’objet d’un groupe de travail. Elle devra être « sans ambiguïté, compréhensible » et « binaire », a précisé ce mardi le Premier ministre. Ce groupe de travail doit aussi se pencher sur l’organisation de la campagne électorale et la date du référendum.

« Quand on regarde les résultats électoraux de ces dernières années, il y a 35 à 40 % d’indépendantistes, et 60 à 65 % de non indépendantistes. Le ratio peut changer un peu dans un sens ou dans un autre. Mais il devrait logiquement être le même », prédit Frédéric Angleviel. Selon lui, en cas de victoire du « non », une autre question devrait tout de même se poser : « doit-on signer un troisième accord ou doit-on aller aux urnes pour un deuxième référendum ? »