Baisse des dons: «Certains donateurs se sont figés à l'approche de l'élection présidentielle»

INTERVIEW Nolwenn Poupon, responsable des études à France Générosités (syndicat professionnel des associations et fondations) explique pourquoi moins de Français se sont montrés généreux en 2016…

Delphine Bancaud

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Montpellier (Hérault). Des jeunes collectent des fonds pour les Restos du Coeur.

Montpellier (Hérault). Des jeunes collectent des fonds pour les Restos du Coeur. — LODI FRANCK/SIPA

  • Le nombre de foyers ayant fait un don à une association a diminué de 4 % en 2016.
  • Les incertitudes notamment fiscales liées à l’élection présidentielles ont joué.
  • Les associations rivalisent de moyens pour attirer de nouveaux donateurs.

Les Français ont été moins nombreux à donner en 2016. Selon le 22e baromètre de la générosité du réseau Recherches et Solidarités, publié dans La Croix ce lundi, le nombre de foyers ayant déclaré au fisc un don à une association, a diminué de plus de 4 % en 2016 par rapport à l’année précédente, tandis que le montant global des dons a stagné pour la première fois depuis plusieurs années. Nolwenn Poupon, responsable des études à France Générosités (syndicat professionnel des associations et fondations) explique cette tendance à 20 Minutes.

Les Français ont-ils moins généreux en 2016 qu’en 2015 ?

Ce n’est pas tout à fait exact. Car si le nombre de donateurs a baissé de 4 % en 2016 et que le montant global des dons a stagné pour la première fois depuis plusieurs années, le don annuel moyen a augmenté de 5 % pour arriver à 472 euros. Ceux qui donnent sont donc plus généreux, mais le souci c’est que ce sont toujours les mêmes. D’où l’impératif pour les associations ou les fondations de renouveler les donateurs.

Mais pourquoi le nombre de donateurs fidèles s’est-il érodé en 2016 ?

Il existe une multitude de facteurs pouvant nous éclairer. Tout d’abord, 2016 a été marquée par le début de la campagne présidentielle et le lot d’incertitudes qu’elle a entrainé pour les Français. Certains donateurs se sont figés à l’approche de l’élection présidentielle. Ils ont craint des hausses fiscales, les incidences du prélèvement à la source sur leurs finances… Par ailleurs, les gens ne comprennent pas toujours l’urgence pour les associations à trouver des fonds pour continuer certains projets.

Comment expliquez-vous que les seniors représentent la plus grande part des donateurs ?

En effet, les plus de 60 ans représentent plus de la moitié des donateurs (53 %) et des montants collectés (58 %). Et les plus de 70 ans affichent le montant moyen déclaré le plus haut (536 euros). C’est sans doute parce que les seniorsentrent dans une période de leur vie où ils ont moins de charges, s’ils sont propriétaires. Ils se posent aussi des questions sur le sens de leur vie et espèrent davantage de cohésion sociale. Donner à des associations s’inscrit bien dans leur quête personnelle.

Les moins de 30 ans ne représentent que 4 % des donateurs et 3 % des montants déclarés. Comment les inciter à donner davantage ?

Il faut quand même préciser que leur don moyen est déjà élevé (335 euros), surtout comparativement à leurs ressources. Mais il est vrai que les associations et fondations voudraient davantage les mobiliser, comme tous les Français qui n’ont pas l’habitude de donner. Pour ce faire, elles ont développé les canaux de paiement. Depuis décembre 2016 et grâce à la loi d’Axelle Lemaire, il est possible de faire des dons par SMS. Les appels à financer certains projets via les réseaux sociaux sont aussi un bon moyen d’attirer l’attention. Les produits solidaires (dont une partie du prix d’achat revient à une œuvre) ou les arrondis à la caisse fonctionnent aussi très bien. Mais ils ne permettent pas aux donateurs de connaître en détail le projet qu’ils soutiennent et de nouer un dialogue avec une association.

Les street marketeurs qui sillonnent les rues au nom des associations, obtiennent-ils de bons résultats ?

Oui, on a parfois l’impression qu’ils sont mal accueillis par les passants, mais ce n’est pas vrai. La nouvelle génération a justement besoin d’un contact direct avec une association pour identifier les projets qu’elle finance. Par ce biais-là, on arrive à capter d’autres donateurs qui s’engagent à verser quelques euros par mois, via un système de prélèvement automatique très pratique.

Une fois de plus, ce sont les mêmes associations qui suscitent le plus de générosité, comment l’expliquez-vous ?

Ce sont les associations les plus médiatisées (l’AFM et les Restos du cœur) qui suscitent le plus de dons car leur visibilité leur permet de détailler leurs projets. L’urgence humanitaire lorsqu’elle est médiatisée provoque aussi beaucoup de dons.

Il existe aussi une saisonnalité du don…

Oui car en 2016, 41 % des dons ont été effectués le dernier trimestre de l’année, dont 50 % en décembre. Cela s’explique par une tradition de générosité au moment des fêtes. On reçoit des cadeaux, on savoure de bons repas et l’on pense à tous ceux qui n’ont pas cette chance. Et la réduction fiscale joue comme un petit booster. C’est donc d’autant plus important que les associations se rappellent au bon souvenir des Français avant les fêtes !