• Cedric Rey, ambulancier de formation, doit comparaître vendredi devant le tribunal correctionnel de Versailles pour «tentative d'escroquerie».
  • L’homme âgé de 29 ans avait déclaré qu’il se trouvait devant le Bataclan lorsque les terroristes sont arrivés.
  • En janvier 2016, il avait déposé un dossier auprès du Fonds de garantie chargé d’indemniser des victimes.

Sur son avant-bras droit Cédric Rey s’est fait tatouer le visage de Marianne. Au fond, la façade du Bataclan et la date « 13.11.2015 » ont été apposées. Pendant des mois, cet ambulancier de formation âgé de 29 ans s’est répandu dans les médias pour livrer le récit de « sa nuit » du 13 novembre au Bataclan. Un récit qu’il aurait totalement inventé. Ce vendredi, le jeune homme doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Versailles pour « escroquerie » à l’encontre du  Fonds de garantie chargé d'indemniser les victimes de terrrorisme.

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« Ça m’a fait un bien fou »

Le 14 février 2016, Cédric Rey se livre au journal Libération : « J’étais en train d’appuyer sur la plaie d’un blessé qui s’était effondré […] J’ai vu un type devant l’entrée du  Bataclan se retourner. Il avait sa kalachnikov en bandoulière, elle était pointée vers moi. Au même moment, une femme est passée entre nous en courant : elle a pris les balles ». Quelques semaines après l’attentat, il poste sur Facebook un texte sur sa supposée soirée du 13 novembre. « Je disais notamment que j’étais désolé d’avoir laissé rentrer les tueurs dans le Bataclan. Immédiatement, des gens ont répondu, des messages de soutien de partout. Ça m’a fait un bien fou. Mon sentiment de culpabilité s’est apaisé », confie-t-il alors à Libération.

Très vite, Cédric Rey s’impose aux côtés des « vrais » rescapés de l’attentat et rejoint les membres de l’association Life for Paris. L’homme est envahissant, supporte mal la contradiction et suscite quelques interrogations au sein du groupe de victimes. Le 11 janvier 2016, moins de deux mois après les attaques terroristes qui ont causé la mort de 130 personnes, il dépose un dossier auprès du Fonds de garantie chargé d’indemniser les victimes de terrorisme (FGTI). Selon le parquet de Versailles, il aurait indiqué à l’organisme qu’il « se trouvait sur la terrasse du Bataclan le soir du 13 novembre 2015 et qu’il avait été victime des premiers tirs ».

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« Aucun élément formel »

« Il y avait des éléments curieux dans son dossier d'indemnisation. Aucun élément fourni par Cédric Rey ne permettait de prouver formellement sa présence devant le Bataclan. C’est pour cette raison que des vérifications ont été faites », précise à 20 Minutes Jean François Laigneau, l’avocat du FGTI, partie civile dans le procès. L’ambulancier mis en doute serait allé jusqu’à réclamer de faux témoignages à des rescapés du Bataclan pour consolider son dossier. L’enquête menée en parallèle par la police judiciaire, notamment sur sa téléphonie, a démontré que le prévenu n’était pas présent devant la salle de concert lorsque l’attaque a commencé.

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Les mois passent et l’homme s’installe en Nouvelle-Calédonie où il exerce comme sapeur-pompier volontaire et formateur en secourisme. C’est à l’occasion d’une visite rendue à ses parents en métropole à la fin du mois d’octobre qu’il est placé en garde à vue. Jugé dans la foulée en comparution immédiate, il aurait immédiatement reconnu les faits. « J’ai fait une erreur, j’ai franchi une limite impardonnable », a-t-il déclaré à l'audience selon LCIAucun adhérent de Life for Paris n’a décidé de porter plainte contre lui, « ce n’est jamais simple d’y aller seul » souligne une victime de l’attentat, membre de l’association. L’affaire a pourtant eu des conséquences douloureuses au sein du groupe : « Ça a déclenché de la colère. L’association était un cocon, un lieu de confiance qui visait à sécuriser les membres […] le fait d’être abusé au sein même de ce lieu, d’utiliser la souffrance des uns et des autres, ça a été difficile », poursuit-il.

Le 27 octobre, le procès avait été renvoyé à la demande du président, estimant qu’une nouvelle expertise psychiatrique et psychologique était nécessaire. Poursuivi pour « tentative d’escroquerie » au préjudice du FGTI, Cédric Rey encourt cinq ans de prison.