Salon du livre jeunesse: Mon enfant ne lit que des BD, est-ce grave docteur?

EDUCATION Contrairement à ce que croient certains parents, la lecture de ces albums est exigeante…

Delphine Bancaud

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Un enfant lit une BD au salon du livre de Paris.

Un enfant lit une BD au salon du livre de Paris. — BERTRAND GUAY / AFP

  • La BD sera une nouvelle fois à l'honneur du Salon du livre et de la presse jeunesse qui ouvre ce mercredi à Montreuil (Seine-saint-Denis)
  • Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, la BD est loin d’être un sous-genre littéraire.
  • Elle demande à l’enfant un double travail de décryptage des images et des textes, ce qui est loin d’être évident.
  • Et il existe des ponts entre la lecture de BD et celle de romans, car le plaisir de lire ouvre de multiples horizons.

Dans les allées du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui ouvre ses portes ce mercredi, la BD sera encore à l’honneur. Un espace sera dédié à Tom-Tom et Nana et Titeuf, deux stars de la bande dessinée jeunesse. Les jeunes lecteurs pourront rencontrer aussi des auteurs d’albums à succès comme Riad Sattouf. Et une soirée BD est même prévue le samedi.

Des événements qui font écho à la passion des enfants pour ce type d’ouvrages. Au point que certains d’eux lisent exclusivement des BD, ce qui n’est pas regardé d’un très bon œil par leurs parents. Une préoccupation qui n’est pas réellement justifiée, selon Viviane Youx, présidente de l’Association pour l’enseignement du français : « Lire de la BD, c’est déjà lire et y trouver du plaisir. C’est là l’essentiel ». Un avis partagé par Mina Bouland, responsable de la commission jeunesse à l’Association des bibliothécaires de France : « Il vaut mieux qu’un enfant lise des BD ou des magazines, plutôt qu’il ne lise rien du tout », souligne-t-elle.

Une lecture exigeante

D’autant que la BD est loin d’être un sous-genre littéraire. Il est même considéré comme le 9e art par certains intellectuels. « La qualité artistique et littéraire de nombreux titres n’est plus à démontrer. Et l’offre de BD s’est beaucoup étoffée ces dernières années. On trouve des albums dont la trame est historique, policière, comique… Des maisons d’édition très classiques se sont d’ailleurs ouvertes à ce genre, tandis que d’autres plus spécialisées ont encore étoffé leur offre » insiste Sylvie Vassallo, la directrice du salon du livre de Montreuil.

Et si certains parents estiment que la lecture d’un album comprenant des bulles et des cartouches est trop facile, elle est en fait beaucoup plus exigeante qu’il n’y paraît, explique Sylvie Vassallo : « il faut à la fois que l’enfant lise case par case pour ne pas se perdre dans l’histoire, mais qu’il ait aussi une capacité de compréhension globale de l’intrigue ». Un avis partagé par Viviane Youx : « la lecture d’une image n’est pas plus facile que celle d’un texte. L’enfant doit savoir l’interpréter », ajoute-t-elle. « L’enfant doit être attentif à la fois à l’univers graphique et décrypter les phrases. Ce "travail" lui demande un gros effort de concentration qui est manifeste quand on le regarde. Car lorsqu’il dévore une BD, l’enfant est totalement absorbé par sa lecture », renchérit Mina Bouland.

Un tremplin vers d’autres lectures

Et les enfants tirent de nombreux bénéfices de cette lecture, selon Viviane Youx : « ils rentrent dans un récit, accroissent leur capacité à faire du lien entre un texte et une image, développent leur sens artistique, se construisent un imaginaire… », énumère-t-elle. « Et ils cultivent leur plaisir de lire qu’ils propagent aux autres enfants. D’ailleurs, le succès de nombreux titres s’explique par le fabuleux bouche-à-oreille dont ils ont bénéficié », observe Mina Bouland. Des bienfaits dont sont conscients certains enseignants qui n’hésitent plus à entretenir l’engouement de leurs élèves pour la BD en les emmenant visiter le Musée de la bande dessinée ou le festival d’Angoulême.

Et même si un enfant lit exclusivement des BD pendant un temps, le goût de la lecture qu’il développe peut le conduire aussi à découvrir d’autres genres d’ouvrages. « Un enfant peut passer ensuite par la lecture de romans graphiques ou de romans "premières lectures" qui comprennent des images. Des ouvrages comme Hunger Games, Harry Potter ou ceux de l’écrivain  Jay Asher sont aussi prisés par les adolescents qui veulent découvrir autre chose que de la BD », constate Sylvie Vassallo.

Lui ouvrir la voie vers d’autres œuvres

Les parents, les libraires et les bibliothécaires peuvent d'ailleurs jouer un rôle utile pour aider l’enfant à élargir son spectre littéraire. « Il faut d’abord comprendre à quel univers l’enfant est sensible. Si c’est le fantastique par exemple, il faut lui proposer des romans qui exploitent ce genre. Mais sans jamais rien lui imposer, car la lecture ne peut pas être une obligation », estime Mina Bouland. « Le parent peut initier son enfant au roman, d’abord en lui en lisant un à haute voix. Ou lui faire découvrir un roman qui a été adapté en BD, en commençant par la lecture de celle-ci », conseille Sylvie Vassallo.

Mais un parent peut aussi lire un roman en parallèle de son enfant et faire une pause à chaque chapitre pour en discuter avec lui. Un bon moyen de vérifier son intérêt et de comprendre certains points de l’intrigue qui lui auraient échappé. « Il existe aussi des clubs de lecture dans de nombreuses bibliothèques où les enfants et adolescents échangent entre eux leurs impressions de lecture. Et comme l’avis de leurs contemporains représente une caution pour eux, c’est vraiment le meilleur moyen de leur donner envie de lire tous types de livres », souligne Mina Bouland.

Et vous, comment faites-vous pour inciter votre enfant à lire? Est ce que vous le laissez libre de choisir ses lectures ou tentez-vous d'orienter ses choix? Le fait qu'il ou elle lise des BD est-il un problème à vos yeux? Dites nous tout à contribution@20minutes.fr