Hôtels, campings… Pourquoi le tourisme n’est-il pas épargné par les discriminations ?

DISCRIMINATIONS Une étude publiée ce jeudi par SOS Racisme et une équipe de chercheurs du CNRS montre que certains clients n’arrivent pas aussi facilement que les autres à réserver un hébergement touristique…

Delphine Bancaud

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Le client d'un hôtel.

Le client d'un hôtel. — Davidlee/pixabay

  • SOS racisme et le Cnrs ont testé des hôtels, campings et chambres d’hôtes.
  • Des discriminations en fonction de l’origine ethnique supposée du client ou de la mauvaise réputation de son quartier sont manifestes.
  • Et tout cela en raison de préjugés encore trop vivaces chez certains acteurs du tourisme.

 

Cela semble si facile de faire une réservation dans un hôtel, un camping ou une chambre d’hôtes. Et pourtant… Selon  l’enquête « Diamant » de SOS Racismeet du CNRS dévoilée ce jeudi, les Français ne sont pas tous égaux dans l’accès à l’hébergement touristique. Pour le savoir, des chercheurs ont effectué un testing* entre avril et juin 2015 dans 1.433 établissements d’hébergement de loisirs (campings, hôtels et chambre d’hôtes) dans trois grandes régions (PACA, Bretagne et Pays de la Loire). Et le résultat est sans appel : un homme de 22 ans d’origine française obtient davantage de réponses positives (56,8 %), qu’un homme ayant un nom suggérant une origine africaine (49,3 %) ou un homme résidant dans un quartier « politique de la ville » (46,3 %). Ainsi, « pour obtenir 10 réponses positives à ses réservations, un jeune résidant dans un quartier ayant une mauvaise réputation doit envoyer 6 messages de plus (22 contre 16) à des établissements d’hébergements de loisir qu’un quadragénaire résidant dans un quartier neutre, soit près de 40 % de candidatures en plus », observe l’étude. « De tels écarts ne peuvent pas être dus au hasard », souligne Yannick L’Horty, directeur de la fédération de recherche du CNRS « Travail, emploi et politiques publiques » (TEPP-CNRS).

Des résultats qui ne surprennent pas le sociologue Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations : «une étude de 2016 montrait déjà que les personnes avec un nom suggérant une origine africaine, avaient environ 16 % de chances supplémentaires d’essuyer un refus à leur demande de location. Et plusieurs affaires portées devant les tribunaux laissent à penser que des stéréotypes persistent dans l’esprit de certains hébergeurs », estime-t-il. Selon le sociologue, « certains acteurs du tourisme estiment par exemple, que des jeunes résidant dans "les quartiers" présentent une zone de risque. Ils estiment qu’ils sont plus susceptibles d’être des mauvais payeurs, de faire la fête bruyamment, ou de dégrader les lieux. Ils préfèrent donc privilégier les clients au profils de "bons pères de famille" », explique le sociologue.

Des apriori qui sont perpétués

Un avis partagé par Dominique Sopo, président de SOS Racisme : « Les acteurs du tourisme ont généralement une demande suffisante pour pouvoir trier la clientèle. Pour eux, certains profils sont réputés poser plus de problèmes. Exemple, il y a quelques années, au Cap d’Agde, des campings et des hôtels refusaient des jeunes d’origine maghrébine et africaine, car quelque temps auparavant, il y avait eu un problème avec des jeunes qui avait saccagé un immeuble ». SOS racisme effectuent d’ailleurs souvent l’été des contrôles inopinés dans les campings, en y envoyant des groupes de personnes noires puis blanches pour tester l’accueil qui leur est réservé. Yannick L’Horty avance aussi une autre explication à ces discriminations : « certains acteurs du tourisme favorisent certains types de clients, qui ont la réputation d’avoir un pouvoir d’achat plus élevé et dont la présence dans le camping ou l’hôtel, est susceptible d’attirer d’autres clients du même type. Et cela se fait, au détriment des autres », souligne-t-il.

Sollicitées par 20 Minutes, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie et la Fédération nationale des gîtes de France, n’ont pas réagi à l’enquête. Mais Guylhem Féraud, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air a tenu à le faire : « Les campings sont des lieux ouverts, où le brassage social est réel. Mais il peut y avoir encore ici ou là des cas de discriminations », reconnait-il. Pour se prémunir de cela la FNHPA a édicté une charte d’accueil des groupes de jeunes et passe régulièrement le même message lors de ses conseils d’administration : « nous rappelons à nos adhérents qu’ils doivent se montrer irréprochables dans l’accueil de leurs clients et qu’ils ne doivent pas les choisir », insiste Guylhem Féraud.

Des solutions pour combattre les pratiques discriminatoires

Et même si AIrbnb n’a pas été visée par l’enquête de SOS racisme, l’entreprise tient à rappeler à 20 Minutes les engagements qu’elle a pris : « Depuis 2016, les hôtes et voyageurs qui souhaitent utiliser Airbnb doivent s’engager à traiter respectueusement et sans discrimination chaque autre membre notre communauté d’utilisateurs, quelle que soit son origine, nationalité, religion, handicap, sexe, orientation sexuelle ou leur âge. Dès que nous avons connaissance de comportements inappropriés et contraires aux engagements de note charte éthique, nous agissons immédiatement, notamment en bannissant l’utilisateur de notre plateforme. » Par ailleurs, l’entreprise assure que si un client estime ne pas avoir pu réserver parce qu’il estime avoir été discriminé, Airbnb l’aidera à trouver un logement.

De son côté, Jean-François Amadieu estime qu’il existe des solutions pour lutter contre ces discriminations à l’accès à un hébergement touristique : « les plateformes de réservations pourraient anonymiser les demandes des clients dans un premier temps et une fois que la réservation est confirmée, lever le voile sur l’identité du client ». De son côté, Dominique Sopo estime qu’il faut encore travailler à la destruction des préjugés « en rendant obligatoire la formation des professionnels à la question des stéréotypes, des biais inconscients et des discriminations », indique-t-il. Il estime aussi qu’il faudrait « encourager l’adoption de sanctions effectives et dissuasives (retraits d’agrément, fermetures d’établissements…) » pour les entreprises qui sont coupables de tels agissements. En attendant, cette étude va sans doute créer une première prise de conscience salvatrice chez certains acteurs du tourisme…

* Pour le testing, six profils fictifs types ont envoyé une demande de réservation dans différents établissements touristiques: un homme de 22 ans d’origine française, une femme de 22 ans d’origine française, un homme de 22 ans d’origine africaine, une femme de 22 ans d’origine africaine, un homme de 22 ans d’origine africaine résidant dans un quartier dit «politique de la ville» et un homme de 42 ans d’origine française.