• Faire appel aux Restos du cœur peut arriver à tout le monde.
  • Passer la porte la première fois n'est pas facile.
  • Mais la «honte» ressentie par les bénéficiaires est vite balayée par l'accueil chaleureux des bénévoles.
  • Cette aide ponctuelle permet de rebondir.

La campagne d’hiver des Restos du cœur a commencé. En 2016, l’association a distribué plus de 135 millions de repas à 900.000 bénéficiaires. Des gens qui, une fois par semaine, viennent y chercher un colis alimentaire, de quoi se nourrir, eux et leur famille. Ces gens, Rémy avoue avoir pensé « que c’était des cas sociaux, des gens qui n’essayaient pas de s’en sortir ». Jusqu’au jour où lui aussi a dû pousser la porte d’une des 2.085 antennes. Celle de Bruyères, dans les Vosges. « J’avais 20 ans et je venais de perdre mon emploi. Le restaurant dans lequel je travaillais a fermé. Pôle emploi a mis beaucoup de temps à me verser l’indemnité chômage et mes parents ne voulaient pas m’aider. »

Alors cet internaute de la page Facebook de 20 Minutes s’est tourné vers cette association fondée par Coluche en 1985. « J’ai beaucoup réfléchi avant de m’inscrire. J’avais honte de faire appel à la générosité pour manger. Mais je n’avais plus d’autre choix. » Inscrit en novembre, il a pu bénéficier des colis alimentaires dès l’ouverture de la campagne d’hiver. « La première fois que j’y suis allé, ce qui m’a frappé tout de suite était la chaleur qui régnait dans les locaux. Les bénévoles semblaient vraiment heureux de nous aider. On ne se contente pas de remplir son cabas et de partir. Ils prennent le temps de s’asseoir autour d’un café, de discuter. Ils prennent vraiment soin de nous. »

«On est considéré comme des êtres normaux»

Cet accueil, c’est aussi ce qui a le plus touché Muriel quand à 45 ans, elle et son mari ont poussé la porte des Restos après la faillite de leur entreprise. « Nous nous sommes vite retrouvés sous une pile de factures impayées, de retards de loyer, etc. Le cercle infernal était lancé. » Elle se souvient de la première fois qu’elle a poussé la porte de l’association : « Nous n’osions même pas regarder les gens en face. Nous baissions la tête de peur d’être reconnus. Nous avions l’impression de prendre la place de quelqu’un de plus démuni. Heureusement que les personnes sont accueillantes et ne jugent en aucune façon. En plus des repas, ils apportent de l’attention. On est considéré comme des êtres normaux, et c’est très important. »

En plus des colis alimentaires et des sourires, l’association mène des actions en faveur de l’emploi, du logement, des loisirs, distribue des vêtements. C’est comme cela que grâce à l’antenne de Reims, Lilou a pu vêtir et envoyer ses enfants en colonie « pour leur offrir des vacances ». « Ce n’est pas facile de demander de l’aide car vous n’êtes pas capable de subvenir aux besoins de vos enfants, mais je n’avais pas d’autre choix », reconnaît-elle.

«Un accident de parcours est vite arrivé»

Mais ce coup de pouce permet de rebondir. « Aujourd’hui tout va bien », se réjouit Rémy, qui a effectué une reconversion professionnelle dans la vente. Pendant deux hivers et un été, il est allé récupérer de la nourriture une fois par semaine, le mardi. Le temps de se retourner. « Le premier hiver où je n’ai pas eu besoin de m’inscrire, mon premier réflexe a été de leur apporter un énorme sac de provisions. Je ne rate aucune campagne de dons, pendant lesquelles je croise les bénévoles. Ils me reconnaissent, on est content de se revoir. »

A-t-il songé à devenir bénévole à son tour ? « Pour l’instant avec mes horaires c’est compliqué, mais je me suis promis que je le ferai. » Quant à la réponse qu’il ferait à son moi d’avant si critique envers les bénéficiaires des Restos, elle est sans appel : « On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait. Un accident de parcours est vite arrivé. C’est pour cela qu’il faut donner. » ce que résume très bien la Chanson des Restos : « Si nous pensons à vous, c’est en fait égoïste/Demain, nos noms, peut-être grossiront la liste »