Crime organisé: Comment les braqueurs s'attaquent aux distributeurs de billets avec un simple ordinateur

CRIMINALITE Selon le dernier rapport du Sirasco, les malfaiteurs utilisent la technique du «jackpotting» en France depuis près d'un an...

Thibaut Chevillard

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Les malfaiteurs branchent un ordinateur à l'unité centrale du distributeur pour déclencher la sortie des billets.

Les malfaiteurs branchent un ordinateur à l'unité centrale du distributeur pour déclencher la sortie des billets. — KOSTIS NTANTAMIS / AFP

  • Très en vogue à la fin du siècle dernier, les braquages de banques, de fourgons blindés ou de centres forts ne font plus la une des journaux.
  • Les malfaiteurs préfèrent s’attaquer désormais aux distributeurs automatiques de billets.
  • Ils ont mis au point une technique permettant de les vider à l’aide d’un simple ordinateur.

« C’est le braquage 3.0 », ironise le commissaire François-Xavier Masson, chef de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). En décembre 2016, les policiers ont découvert le « jackpotting », une technique utilisée par les malfaiteurs leur permettant de récupérer l’argent contenu dans un distributeur automatique de billets (Dab), simplement en branchant un ordinateur portable à l’unité centrale installée à l’intérieur de la machine.

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« Une spécialité d’équipes issues d’Europe de l’Est »

Cette méthode, remarquent les analystes du Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) dans leur rapport annuel, est de plus en plus utilisée par des délinquants qui ont bien saisi l’intérêt d’investir dans les nouvelles technologies.

« Quinze affaires de ce genre ont été recensées en Europe en 2015, et 50 en 2016 », observe la commissaire Cécile Augeraud, cheffe du Sirasco. Il s’agit « d’une spécialité d’équipes issues d’Europe de l’Est », remarque François-Xavier Masson. La police judiciaire, dit-il, est en ce moment aux trousses « de groupes particulièrement actifs », « qui se déplacent très facilement » et qui n’hésitent pas à frapper dans d’autres pays.

Voitures béliers et engins de chantier

Il faut dire que les braquages à l’ancienne semblent vivre leurs dernières heures. « Les vols à main armée sont en diminution constante ces dernières années », rappelle le commissaire Frédéric Doidy, chef de l’OCLCO. « Il y a de moins en moins d’argent à l’intérieur des centres forts ou des banques et ces lieux sont de plus en plus sécurisés », souligne François-Xavier Masson. Il ajoute que les équipes de malfaiteurs capables de commettre ce genre de faits « sont déjà très surveillées » et que la police judiciaire en démantèle régulièrement.

Depuis quelques années, les malfrats s’attaquent donc plutôt aux distributeurs automatiques de billets, qui peuvent contenir jusqu’à 80.000 euros. Certains les arrachent avec des engins de chantiers. D’autres projettent dessus une voiture bélier, avec une réussite assez aléatoire.

Des malfaiteurs ont attaqué un distributeur, le 28 septembre 2012, à Saint-Amand-les-Eaux.
Des malfaiteurs ont attaqué un distributeur, le 28 septembre 2012, à Saint-Amand-les-Eaux. - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

A partir de 2013, des équipes les ont fait exploser en utilisant un mélange gazeux introduit dans l’appareil. Mais le risque de blesser, de tuer quelqu’un ou de détruire les billets est, avec cette méthode, très important.

Des policiers relèvent des indices, le 14 décembre 2010 à Aulnay-sous-Bois, autour d'un distributeur automatique de billets de banque qui a été l'objet d'une attaque à l'explosif
Des policiers relèvent des indices, le 14 décembre 2010 à Aulnay-sous-Bois, autour d'un distributeur automatique de billets de banque qui a été l'objet d'une attaque à l'explosif - MIGUEL MEDINA / AFP

D’autres utilisent aussi la technique du skimming. Elle consiste à installer sur le DAB un appareil « qui imite le dispositif dans lequel on glisse les cartes bancaires » et qui va scanner les données de la carte qui sont copiées sur des cartes vierges, indique François-Xavier Masson. Certains malfaiteurs posent juste au-dessus une caméra leur permettant de filmer le code de la personne qui retire de l’argent. D’autres utilisent également de faux claviers numériques, posés par-dessus le clavier original. Le code saisi par l’utilisateur leur est ensuite envoyé automatiquement.

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« Beaucoup de tentatives pour assez peu de réussite »

Mais l’arsenal nécessaire à ce type d’opération coûte cher et le risque de ne pas pouvoir le récupérer existe. C’est donc tout l’intérêt du « jackpotting ». En une vingtaine de minutes, le tour est joué. Il suffit d’une clé USB, d'un ordinateur portable et d’un tutoriel disponible sur Internet. « Ils font bien attention de ne pas vider le DAB pour ne pas déclencher d'alarme », confie François-Xavier Masson.

Cette méthode ne fonctionne toutefois que pour certains modèles de distributeurs automatiques sur lesquels une faille a été identifiée. « Il y a beaucoup de tentatives pour assez peu de réussite », souffle le patron de l’OCLCTIC. En revanche, dit-il, le butin « peut être assez élevé quand on arrive à le vider ».