Journée internationale des droits de l'enfant: Que souhaitent les élèves français pour améliorer l'école?

EDUCATION L'Unicef France a interrogé des enfants de France pour prendre en compte leur parole notamment sur l'éducation...

Delphine Bancaud

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Des éleves d'une école promaire en septembre 2017.Credit:CHAMUSSY/SIPA

Des éleves d'une école promaire en septembre 2017.Credit:CHAMUSSY/SIPA — SIPA

  • Les petits Français réclament le droit à l’éducation pour leurs contemporains dans le monde.
  • Pour eux-mêmes, ils souhaitent une école plus douce, plus moderne, qui les prépare mieux à l’avenir.

Les petits français traînent souvent des pieds pour aller à l’école le matin. Ce n’est pas pour autant qu’ils ignorent la chance qu’ils ont d’y aller. La preuve avec cette étude* d’Harris interactive pour l’Unicef France, en partenariat avec 20 Minutes, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant qui a lieu ce lundi.

Interrogés sur ce dont chaque enfant dans le monde devrait avoir droit, les jeunes français citent en premier l’accès à l’éducation. Ce qui n’étonne pas Liliana Moyano, présidente de la FCPE : « ils ont le sens de la solidarité, sont conscients des tragédies vécues par d’autres enfants dans des pays pauvres ou en guerre et savent très bien qu’aller à l’école reste un privilège. D’autant que certains d’entre eux côtoient des enfants migrants dans leur école ». De plus, les élèves français sont régulièrement sensibilisés à la thématique du droit à l’éducation en classe et beaucoup d’entre eux ont été très touchés par le film Sur le chemin de l’école, qui révélait le parcours du combattant de certains élèves pour se rendre à l’école. « Et hormis leur conscience de l’importance de l’école pour construire leur avenir, ils y sont aussi très attachés en tant que lieu de socialisation qui leur permet de rencontrer leurs amis », ajoute François-Afif Benthanane, fondateur de ZUPdeCO, une association qui lutte contre l’échec scolaire.

Un désir de « meilleure école » en France

Mais même s’ils se savent chanceux d’aller à l’école, ce n’est pas pour autant que les élèves français la regardent avec des yeux émerveillés. Interrogés sur ce qu’ils demanderaient en priorité au chef de l’Etat pour changer la vie de leurs contemporains, les enfants déclarent qu’il lui suggérerait avant tout d’améliorer l’école. Et pour ça ils ont plusieurs idées. Ils veulent tout d’abord une réforme des pratiques pédagogiques. Un élève interrogé déclare ainsi qu’il faudrait « trouver de nouvelles méthodes d’apprentissages ».

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« Pas étonnant car beaucoup d’enfants français s’ennuient en classe. Ils ne voient pas l’intérêt d’apprendre par cœur des choses et ne veulent plus écouter de manière monacale les enseignants. Le rapport au savoir a changé et les enfants d’aujourd’hui veulent moins de cours théoriques, mais plus d’ateliers, d’exercices d’application, de travail par projet », affirme François-Afif Benthanane. Un avis auquel souscrit Liliana Moyano : « les élèves français veulent être actifs dans les apprentissages. La classe inversée, expérimentée dans certains établissements, répond bien à cette aspiration. Mais le système scolaire a du mal à passer le cap et à généraliser ce type de pédagogies », observe-t-elle.

Les élèves ne veulent plus d’une notation sanction

Les sondés prônent aussi une évaluation de leurs compétences moins punitive. Selon l’un d’entre eux, il faudrait « remplacer les notes à l’école par des mots qui permettent de mieux comprendre son résultat. On éviterait les moqueries ». Liliana Moyano ne dit pas autre chose : « la notation sanction comme elle est pratiquée actuellement met uniquement l’accent sur les manques de l’élève. Il faut aller vers une suppression des notes dans le secondaire et les remplacer par une évaluation des compétences « acquises », « non acquises », « en cours d’acquisition », comme c’est déjà le cas en primaire », estime-t-elle. François-Afif Benthanane pense aussi qu’il faudrait revoir la notation actuelle : « car aujourd’hui elle ne récompense pas la progression de l’élève. Elle ne fait que pointer du doigt ceux qui ont des notes faibles, ce qui est découragant pour les élèves », indique-t-il.

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Et sans surprise, les petits français réclament moins de devoirs. L’un d’eux suggère ainsi de « moins de travail à l’école et moins de devoirs car c’est vraiment fatiguant ». « En effet, les journées de classe en France sont déjà très longues et c’est irritant pour un élève d’avoir encore à travailler de retour à la maison. D’autant que tous les élèves ne bénéficient pas des mêmes aides pour travailler chez eux », commente Liliana Moyano, rappelant que la FCPE a toujours milité pour la suppression des devoirs. De son côté, François-Afif Benthanane, ne souhaite pas que les devoirs disparaissent, « mais qu’ils soient faits à l’école afin de permettre aux élèves d’être bien accompagnés et de rentrer à la maison la conscience tranquille ». Et c’est justement ce que permet la mesure « devoirs faits » qui vient d’être appliquée dans les collèges.

Améliorer le processus d’orientation, un impératif

Enfin, les personnes interrogées souhaitent que l’on améliore leur système d’orientation. L’un d’eux suggère ainsi de « former les professeurs » à l’aide à l’orientation des élèves. « Car beaucoup d’élèves arrivent en terminale sans savoir ce qu’ils veulent faire », constate François-Afif Benthanane. « Il faut donc commencer à travailler sur le projet d’orientation de l’élève dès le collège », insiste Liliana Moyano.

Pour améliorer la situation, chacun à ses idées : « il faut que les établissements ouvrent leurs portes aux professionnels. Que dès la classe de sixième, les collégiens puissent rencontrer une fois par semaine un professionnel qui vienne raconter son métier. Il faut aussi revaloriser les filières professionnelles en faisant visiter les lycées professionnels aux collégiens et en valorisant auprès d’eux les Olympiades des métiers », suggère par exemple, François-Afif Benthanane. Des idées qui ne manqueront pas d’animer le débat actuel sur la réforme du processus d’orientation post-bac.

 

* Enquête réalisée en ligne du 9 au 16 octobre 2017 auprès d’un échantillon de 500 répondants, représentatifs des enfants résidant en France métropolitaine âgés de 9 à 18 ans, selon la méthode des quotas.