«J'ai pleuré car je l'appréciais cette fille», les anciens amis de Margaux Dubreuil, femme de Daesh, se confient

TERRORISME «20 Minutes» a retrouvé des anciens amis vendéens de cette Nantaise de 27 ans, détenue en Syrie après avoir rejoint Daesh…

David Phelippeau

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Margaux Dubreuil a été interrogée par Envoyé spécial sur France 2.

Margaux Dubreuil a été interrogée par Envoyé spécial sur France 2. — Envoyé Spécial

  • Dans le cadre d’Envoyé Spécial sur France 2, une équipe de l’émission est parvenue à interroger une Nantaise de 27 ans partie rejoindre Daesh.
  • Margaux Dubreuil est passée pendant une année dans un lycée des Sables d'Olonne.
  • Plusieurs de ses amis témoignent de sa jeunesse instable.

« On m’a envoyé le lien de l’émission et on m’a dit : « Regarde et accroche-toi ». Après l’avoir vue, j’ai pleuré… C’est tellement elle. Et c’est flippant… » En découvrant jeudi soir les images de son ancienne amie, voilée, le visage livide et amaigri, Estelle est restée « choquée ». Envoyé spécial diffusait ce soir-là, sur France 2, un long entretien avec une Française partie rejoindre Daesh. Margaux Dubreuil, 27 ans, a quitté il y a quatre ans la région nantaise pour la Syrie avec sa fille alors âgée d’à peine deux ans. Arrêtée mi-octobre à Raqqa lors de la libération de la ville par les forces kurdes, elle exprime, face caméra, désormais le souhait de rentrer en France.

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Jessica savait que son ancienne amie avait rejoint la Syrie, mais elle n’a pas pu retenir ses larmes. Depuis qu’elle a vu le reportage, elle ne cesse de se remémorer « les soirées où on faisait les fofolles » et les fiestas durant lesquelles « Margaux aimait chanter, boire et fumer un peu ».

Pour Jessica, Jules et Estelle*, leur amitié avec Margaux débute en 2004 au lycée privé Sainte Marie du Port * des Sables d’Olonne. A la rentrée de seconde, Jessica se rapproche le premier jour de cette Margaux, venue de Nantes et « seule au fond de la classe ». Les deux filles ne se quittent plus. Margaux est interne lors de la première partie de l’année puis elle rentre à Brétignolles le soir « dans une chambre seule » lors de la seconde partie.

Une jeune femme « borderline »

Au lycée sablais, la Nantaise ne reste qu’un an mais fait parler d’elle. Et le plus souvent en mal. « Elle faisait des conneries, se foutait de la gueule des profs, se souvient Jessica. Elle défiait toute forme d’autorité. » Estelle, qui l’a aussi fréquentée au lycée : « C’était un électron libre. Ultra-forte et ultra-fragile à la fois. Intelligente, drôle, mais carrément instable. » Jules se souvient d’une fille « vraiment borderline ». Ses trois anciens amis n’ont pas oublié « ses trois jours de mise à pied » passés dans le bureau d’un conseiller d’éducation, et surtout la réaction de Margaux à cette sanction. «A l’issue des trois jours, Margaux enlève son écharpe violette et là, j’ai vu qu’elle s’était lacérée le cou», raconte Jessica.

Un contexte familial compliqué

Les trois parlent aussi d’un contexte familial compliqué. Les parents de Margaux étaient séparés. Elle était fille unique. Son père vivait dans la région des Sables d’Olonne et sa mère à Nantes. « Elle se disait fragilisée par sa situation familiale », observe Jessica. « Et en même temps, vu le contexte familial, elle avait une grande maturité », poursuit Estelle.

Sa fragilité décuple lors de certaines soirées. « On pouvait lui faire faire n’importe quoi, elle était très influençable. » Jules se souvient de ce toro (jeu d’entraînement au football, assez physique au cours duquel un joueur au milieu doit récupérer le ballon) pendant un festival. « Elle avait tourné pendant une heure au moins. » Un autre soir, elle pète littéralement les plombs éconduite par un garçon en cassant une bière sur un banc… Lors de son année aux Sables, Margaux n’a jamais parlé d’une « quelconque religion ».

A Nantes, elle se convertit puis se radicalise

Fin d’année scolaire 2004-2005, elle repart chez sa mère. « Dès que j’allais à Nantes, j’allais la voir, explique Jessica. On restait proches, mais on se voyait beaucoup moins. » Au fil du temps et des fréquentations, Margaux se rapproche de plus en plus de l’islam et du Coran. Vers l’âge de 18 ans, elle se serait convertie. En 2011, alors qu’elle est mariée, elle donne naissance à une petite fille, Yasmine. Mais, elle se sépare de son mari et rencontre un autre homme avec lequel elle se radicalise. En 2013, elle part avec sa fille et cet homme en Syrie. Son cercle d’ami(e)s vendéen n’a plus beaucoup de nouvelles.

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Jessica n’aura plus de nouvelles après une discussion lunaire

Jusqu’à cette discussion entre Jessica et Margaux en mars-avril 2015 sur Skype. « Je l’appelle et elle décroche. Elle parlait, mais je ne la voyais pas. Elle était dans une grande maison tout en faïence. Je ne voyais que sa fille Yasmine et un autre enfant en couche. Elle ne voulait pas se mettre devant la caméra. Elle a accepté, mais que pendant quelques secondes car elle n’était pas voilée. » Margaux annonce alors à son amie qu’elle est en Syrie. Jessica se souvient de la discussion comme si c’était hier.

  • Mais, tu fais quoi là-bas, Margaux ?
  •  Je suis partie faire le djihad !
  • Mais, ça ne va pas, rentre à Nantes ! Comment tu peux avoir envie d’éduquer tes enfants dans ce monde de terroristes ?
  • Mon mari est mort au combat. Je suis une femme de martyr maintenant. Je vis dans le califat. Je suis bien, je donne des cours de français…

« Margaux me montre l’environnement extérieur. C’était un champ de ruines. Et là, je vois accroché au mur un fusil mitrailleur. Je l’interroge sur cette arme. Elle me dit que toutes les femmes sont obligées de sortir avec ça. Puis, elle m'annonce : "Je vais partir en Irak pendant quatre mois pour apprendre à combattre !" Je ne sais pas si elle est partie… » Jessica prend peur et décide de couper les ponts. « J’ai pleuré, pleuré car je l’appréciais cette fille. » C’est la dernière fois que Jessica aura des nouvelles de Margaux jusqu’à ce reportage sur France 2

*Ce sont des prénoms d’emprunt, les trois témoins ayant souhaité rester anonymes

*Contactée, la direction du lycée n’a pas de « souvenirs marquants » de Margaux Dubreuil