• Le corps de la victime défigurée avait été découvert dans le Jura en novembre.
  • Les gendarmes ont mis dix mois à l’identifier comme étant une prostituée.
  • Mardi, ils ont arrêté un homme soupçonné d’être le meurtrier.

Du visage, il ne restait que des os et des dents brisés. Le corps, lui, portait les traces de vingt-six coups de couteau donnés visiblement dans le seul but de « la faire souffrir ». Les gendarmes ont mis quasiment un an à mettre le nom de Mihaela Miloiu sur le cadavre meurtri et dénudé retrouvé, en décembre 2016, sous des branchages de la forêt du Frasnois (Jura).

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Jeudi, un homme d’une trentaine d’années a été mis en examen et placé en détention provisoire à Besançon (Doubs) pour le meurtre de cette Roumaine de 18 ans qui se prostituait, légalement, dans les rues de Lausanne (Suisse). C’est pour cela qu’elle ne correspondait à aucune des 800 disparitions signalées en France à l’époque. Et aussi que personne ne s’est manifesté quand les enquêteurs ont diffusé son portrait-robot établi après un minutieux travail de reconstruction faciale.

Une trace de sang et une carte d’identité retrouvée dans un champ

C’est finalement un renseignement venu de l’autre côté de la frontière qui leur a permis d’avancer. Un geste de citoyenneté même. Celui d’une promeneuse qui, sur un chemin goudronné serpentant entre les champs de Sullens (Suisse), avait découvert une trace de sang. Suffisamment inquiétante pour alerter les gendarmes helvètes.

En fouillant les champs aux alentours sur « des centaines de mètres », ceux-ci ont finalement mis la main sur une carte d’identité au nom de Mihaela Miloiu. L’adresse menait à Galati, une ville à l’ouest de la Roumanie. C’est là-bas que les enquêteurs sont donc allés prélever l’ADN de la mère de la victime afin de s’assurer qu’il correspondait bien à celui du cadavre défiguré de la forêt du Frasnois. Le scenario semble se dessiner : la jeune femme aurait été tuée à Sullens avant que son corps ne soit déposé en France. 

Un homme soigné pour des entailles dans un hôpital du secteur

Il ne restait alors plus qu’à identifier le meurtrier présumé. Pour cela, les gendarmes français ne disposaient que d’un seul indice : une trace de sang masculin retrouvé sur le corps supplicié. Celui-ci ne correspondant à aucun profil contenu dans le fichier des empreintes génétiques, ils ont donc eu l’idée de demander à tous les hôpitaux du secteur s’ils n’avaient pas soigné, au moment des faits, un homme présentant des blessures.

« L’un des hôpitaux a sorti le nom d’un homme venu pour des entailles et à qui des points de suture avaient été posés, indique une source proche de l’enquête. Cela nous paru suffisamment intéressant pour qu’on enquête sur lui. » Et découvrir que son téléphone avait été « borné » aux abords de la forêt du Frasnois le soir du 29 au 30 novembre 2016.

En garde à vue et face au juge, le suspect ne s’est pas expliqué

Interpellé mardi, cet homme, marié et père d’un enfant, a finalement été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire, jeudi. En garde à vue comme face au juge, il ne s’est quasiment pas expliqué sur les faits, usant à plusieurs reprises de son droit au silence.

« Il ne s’est pas expliqué sur sa fréquentation des prostituées. Pas plus que sur le fait que son ADN a été retrouvé sur le corps dans cette forêt qui n’est ni proche de son domicile ni de son lieu de travail, confie Emmanuelle Huot, son avocate. Il aura donc des explications à fournir dans les prochaines semaines. Mais il reste présumé innocent »

Inconnu de la justice jusqu’alors, cet homme qui travaille dans la sécurité en Suisse et décrit par ses proches comme « calme, gentil, et pas violent du tout » devra effectivement se justifier. Il risque désormais d'être renvoyé pour meurtre devant une cour d’assises française.