Déradicalisation: Le gouvernement dévoile un dispositif expérimental testé en secret

PRISE EN CHARGE L’objectif, à terme, est de pouvoir faire bénéficier de ce dispositif à une cinquantaine de personnes…

20 Minutes avec AFP

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La ministre de la Justice Nicole Belloubet le 22 août 2017. (image d'illustration)

La ministre de la Justice Nicole Belloubet le 22 août 2017. (image d'illustration) — Jacques Witt/SIPA

Un mois avant l’annonce d’un « plan national » de lutte contre la radicalisation, la ministre de la Justice a dévoilé ce jeudi le dispositif Rive, pour « Recherche et intervention sur les violences extrémistes », un programme expérimental en milieu ouvert lancé il y a un an dans le plus grand secret.

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« Nous avons autour de 500 détenus très radicalisés et 1.500 personnes en voie de radicalisation. Donc il faut agir », a résumé Nicole Belloubet, en expliquant son choix de communiquer sur ce dispositif qui reste à « évaluer dans le temps ». La France, confrontée à une vague d’attaques djihadistes depuis 2015, cherche tous azimuts à endiguer le phénomène de radicalisation.

Une prise en charge en milieu ouvert

« On a un véritable défi devant nous qui est de travailler avec des personnes engagées dans un processus de radicalisation violente. Le processus mis en place ici est extrêmement intéressant », a-t-elle déclaré, à l’issue d’une rencontre avec l’équipe de Rive en région parisienne.

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La particularité du dispositif est qu’il prend en charge en milieu ouvert, à la demande d’un juge, des personnes déjà condamnées ou en attente de leur jugement, pour une infraction en lien avec une entreprise terroriste ou du fait d’un signalement pour radicalisation violente. Il est piloté, pour un contrat renouvelable de deux ans, par une association, Apcars, spécialisée dans le suivi socio-judiciaire.

Un suivi individuel d’au moins six heures par semaine les premiers mois

Quatorze personnes - huit hommes et six femmes - sont actuellement suivies (50 à terme), au minimum pour un an, par une équipe d’éducateurs, psychologue, référent religieux ou psychiatre. Le suivi est individuel, à raison d’au moins six heures par semaine les premiers mois, mêlant entretiens et aide à la réinsertion. Le lien est établi avec la famille, la personne est accompagnée dans ses démarches administratives, vers « l’autonomie ».

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C’est l’exact contre-pied de précédentes expériences, qui consistaient à regrouper les détenus impliqués dans des dossiers djihadistes, soit pour les évaluer, soit pour les isoler au sein de quartiers dédiés. L’unique centre de déradicalisation en France, ouvert en septembre 2016 à Pontourny (Indre-et-Loire), a fermé cet été faute de résultats ; les « aires dédiées » ont fait place à des « quartiers d’évaluation », à partir desquels les détenus sont ventilés dans les prisons du pays.