• L'aide aux devoirs va démarrer dès ce lundi dans les 7.100 collèges de France. 
  • Cette mesure coûtera 220 millions d’euros par an.
  • Outre les enseignants, elle mobilisera 7.000 jeunes en service civique.
  • Le ministre annonce qu'elle sera étendue à l'école primaire en 2018. 

Les inégalités scolaires se creusent en dehors de la classe. Car si certains élèves sont aidés par leurs parents pour faire leurs devoirs, d’autres n’ont pas cette chance. Pour amenuiser ces différences, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, dévoile en exclusivité à 20 Minutes, la manière dont sera déployée dès ce lundi la mesure « devoirs faits » dans les collèges. Il annonce également qu’elle sera étendue aux écoles primaires à la prochaine rentrée.

Combien de collèges proposeront la mesure « devoirs faits » dès ce lundi ?

Elle sera appliquée dans les 7.100 collèges de France, sous réserve des derniers ajustements ponctuels à effectuer, comme c’est le cas lors du démarrage de tout dispositif.

Quelle est la philosophie de cette mesure ?

Je tiens d’abord en tant que ministre de l’Education, à lever toute ambiguïté qu’il y a pu avoir concernant les devoirs, lors des précédentes décennies. Oui, les devoirs sont importants, car ils permettent à l’élève de développer son autonomie, sa mémoire et sa capacité d’exercice. Mais ils ne doivent pas être source d'inégalités et doivent s’effectuer sereinement.

Avec la mesure « devoirs faits », nous offrons un soutien scolaire gratuit à tous les collégiens dès lundi pour lutter contre les inégalités. Ce dispositif a une dimension sociale, sociétale et pédagogique. Sociale, car il s’agit d’aider les élèves qui ne bénéficient pas des circonstances familiales leur permettant de bien travailler à la maison. Sociétale, car les parents de toutes classes sociales confondues, peuvent avoir du mal à suivre les devoirs de leurs enfants, du fait de leur emploi du temps. Pédagogique, car grâce à cette mesure, nous allons renforcer la cohérence entre le temps des cours et le temps des devoirs.

A-t-elle été mise en œuvre dans d’autres pays auparavant, qui ont pu en tester l’efficacité ?

Oui et nous nous sommes d’ailleurs appuyés sur des expériences internationales pour construire ce dispositif. Plusieurs études montrent d’ailleurs que cette mesure est très utile et très efficace, à condition d’être bien mise en œuvre. Tout dépend de l’implication des enseignants pour assurer une cohérence entre ce qui se passe en cours et lors des devoirs. Ce dispositif est l’occasion pour les enseignants d’expliciter aux élèves quel est l’enjeu d’une leçon et ce qu’ils doivent faire ensuite par eux-mêmes.

Beaucoup d’enseignants se sont-ils portés volontaires pour participer au dispositif ?

Oui, car ils ont compris son utilité. A ce jour, 50 % des coordonnateurs de la mesure dans chaque collège sont des enseignants, 30 % des CPE (conseillers principaux d’éducation) et 20 % des membres des équipes de direction. Et il y aura à minima un accompagnant pour quinze élèves.

Et combien de jeunes en service civique avez-vous mobilisés pour aider les collégiens lors de leurs devoirs ?

A ce jour, 7.000 jeunes en service civique sont engagés dans le dispositif, mais notre objectif est d’atteindre 10.000. Nous allons encore en recruter. Ces jeunes disposeront d’un vade-mecum pour comprendre ce que l’on attend d’eux. Nous espérons d’ailleurs que cette expérience suscitera des vocations d’enseignants chez certains jeunes.

Combien va coûter cette mesure ?

220 millions d’euros seront destinés à financer ce dispositif pour les collégiens en 2018.

Quelle est la proportion d’élèves souhaitant bénéficier de « devoirs faits » ?

Environ 25 % des collégiens. Mais cela pourrait monter à 35 % des élèves, lorsque le dispositif sera mieux connu des collégiens et de leurs familles. Pour l’heure, les collégiens souhaitent d’abord être accompagnés dans leurs devoirs de français et de mathématiques.

Ne craignez-vous pas que les élèves qui en ont le plus besoin, ne soient pas forcément volontaires pour y participer ?

Nous allons les inciter à s’y inscrire. Le conseil de classe du premier trimestre sera par exemple, l’occasion de recommander à un collégien en difficulté d’y participer

Combien d’heures d’accompagnement seront proposées aux élèves chaque semaine ?

Une heure par jour, c’est-à-dire quatre heures par semaine. Selon les premiers retours des établissements, la mesure « devoirs faits » sera proposée en fin de journée dans 35 % des collèges et lors de la pause méridienne ou des heures de permanence dans 65 % des établissements (notamment en zone rurale en raison des contraintes de transport).

Est-ce vraiment suffisant pour qu’ils puissent faire tous leurs devoirs ?

Le but n’est pas que les collégiens aient deux fois école dans la même journée. Il faut être raisonnable. Et faire ses devoirs au collège n’interdit pas de lire à la maison, de discuter avec les parents de ce qu’on a appris au collège. La mesure vise d’ailleurs aussi à intensifier le lien parents-collège, car les devoirs sont des traits d’union entre l’école et les familles.

Le numérique sera-t-il utilisé lors des sessions ?

« Devoirs faits », c’est aussi l’occasion d’être innovant. Les enseignants pourront y expérimenter la pédagogie inversée, en demandant à l’élève de consulter un Mooc (cours en ligne) avant d’assister à la session d’aide aux devoirs. Ce sera aussi l’occasion de faire des exercices interactifs, qui permettent d’intéresser les élèves de manière différente.

Cette mesure sera-t-elle instaurée dans les écoles primaires ?

En effet, je vous annonce que la mesure sera étendue à l’école primaire à la rentrée 2018. Ces séances de « devoirs faits » engloberont avec un souci de cohérence, les études surveillées qui sont déjà proposées dans les écoles. Ce sera complémentaire de ce que les communes font déjà.

Quelles autres mesures allez-vous mettre en œuvre au collège pour aider les élèves en difficultés ?

Nous allons insister, dans la suite logique de notre politique pour l’école primaire, sur la consolidation des savoirs fondamentaux. Nos collégiens doivent dans le futur beaucoup mieux écrire et parler le français. De plus, l’éducation artistique et culturelle fera l’objet de mesures importantes pour lutter contre les inégalités et contribuer à un plus grand épanouissement des élèves.