• Henda Ayari affirme avoir été violée par Tariq Ramadan.
  • L'ancienne salafiste reçoit de nombreuses critiques haineuses sur les réseaux sociaux.
  • Tariq Ramadan nie les accusations.

Crinière brune sagement séparée par une raie au milieu, mains manucurées arborant chacune une bague, regard à la fois las et déterminé. Depuis ce lundi matin, le visage et le nom d’Henda Ayari tournent en boucle dans les médias. Que ce soit sur BFMTV et FranceInfo, dans un entretien au Parisien, ou encore une tribune dans Le Monde, l'ancienne salafiste confirme avoir été violée par Tariq Ramadan.

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Les faits, qui se seraient déroulés dans une chambre d’hôtel à Paris en mars 2012, sont niés en bloc par le théologien suisse. Celui-ci est visé par une enquête à Paris pour viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort. Ce lundi, son avocat a annoncé avoir porté plainte pour dénonciation calomnieuse.

Femme née d’un mariage arrangé

Présentée comme la première accusatrice de Tariq Ramadan – une deuxième victime s’est manifestée, dénonçant, elle, un viol commis en 2009 – Henda Ayari reçoit depuis le 20 octobre autant de messages de soutien que de critiques haineuses sur les réseaux sociaux.

C’est effectivement ce jour-là, dans la foulée du scandale Weinstein, qu’elle a décidé de nommer son agresseur via le hashtag #BalanceTonPorc. Pour ce qui est de dénoncer le crime qu’elle dit avoir subi, Henda Ayari en a déjà témoigné dans un chapitre entier de J’ai choisi d’être libre – Rescapée du salafisme.

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Dans cette autobiographie parue en 2016 chez Flammarion, cette femme née d’un mariage arrangé entre un père d’origine algérienne et une mère d’origine tunisienne raconte comment l’adolescente normande qu’elle était (elle a grandi à Canteleu, dans la banlieue rouennaise) s’est tournée vers la religion : le divorce de ses parents, sa rencontre avec des « sœurs », le port du voile, le salafiste qui lui fait la cour, les études en psychologie qu’elle abandonne, un mariage, puis trois enfants.

« Mari psychopathe »

Neuf ans après une vie passée sous l’autorité d’un « mari psychopathe », Henda Ayari finit par reprendre sa liberté. Non sans mal : « Je vivais une séparation très difficile avec mon mari. J’avais perdu la garde de mes enfants, j’étais seule, sans logement, sans travail », rappelle-t-elle dans les colonnes du Parisien. C’est d’ailleurs à cette époque qu’elle entre en contact avec Tariq Ramadan, auprès duquel elle cherche des réponses sur sa foi. Mais leur rencontre en mars 2012 vire au « cauchemar » désormais révélé au grand jour.

Le combat d’Henda Ayari pour « la liberté des femmes et le respect de leurs droits, pour un islam modéré et une France républicaine » devient public lorsque, en 2015, à la suite des attentats du 13-Novembre, elle publie deux photos d’elle sur Facebook. Sur la première, elle est vêtue d’un immense voile noir, le jilbab, et, sur la deuxième, d’un pantalon et d’une petite veste. Sa page Facebook se mue alors en « champ de bataille » où s’opposent ses partisans et ses détracteurs. Ce qui la pousse à livrer son témoignage dans J’ai choisi d’être libre.

En parallèle, elle crée à Rouen, où elle vit, l’association Libératrices. Outre la distribution de colis alimentaires, elle a constitué un réseau d’avocats avec des premiers rendez-vous gratuits à destination des femmes qui sont « emprisonnées dans l’obscurantisme » et auxquelles « le monde extérieur fait peur ».

Accusée de créer le buzz afin de booster les ventes de son livre, mais aussi de faire partie d’un complot visant à abattre Tariq Ramadan et, à travers lui, l’islam, Henda Ayari promet « d’aller jusqu’au bout de ce combat pour moi (…) et pour toutes les femmes victimes de violence morale, physique et sexuelle ». Contactée par 20 Minutes, elle a indiqué par l'intermédiaire de son avocat ne plus vouloir s'exprimer.