VIDEO. Plaisir prostatique: «Pour y parvenir, il faut s’affranchir des clichés et des schémas»

«POINT P» A l’occasion de « Movember », « 20 Minutes » s’intéresse au plaisir prostatique. Des hommes racontent leur « exploration » après avoir cassé le tabou autour de cette pratique….

Romain Lescurieux

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Une statue d'Hercules

Une statue d'Hercules — SIPA PRESS

  • A l'occasion de «Movember», mouvement dédié à la sensibilisation des cancers masculins, «20 Minutes» se penche sur le plaisir prostatique. Une pratique encore taboue et source de clichés
  • Tous les hommes sont éligibles à ce plaisir, sans exception. Certains nous détaillent cette «quête»

C’est l’une de ses premières petites amies qui lui avait montré la voie. « Au début, quand elle m’a rentré un doigt dans l’anus durant l’acte, j’ai été surpris, mal à l’aise. En réalité elle venait de m’ouvrir les portes du plaisir prostatique », affirme Baptiste, aujourd’hui trentenaire. Depuis, cette sensation est devenue une véritable « exploration », une « quête » souvent personnelle, mais loin d’être isolée. Si l’accès à cette jouissance ne s’obtient « pas en un claquement de doigts », précise-t-il, elle reste à la portée de tout être masculin. Et pour cause.

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« Point P » : Le dernier tabou ?

« Tous les hommes sont éligibles à ce plaisir, sans exception. C’est organique. A l’instar des femmes qui ont toutes un clitoris et peuvent donc accéder au plaisir clitoridien. Après, le sexe est aussi une question de psychologie », analyseAlain Héril, psychanalyste et sexothérapeute. Et dans le cas de la prostate – glande de l’appareil reproducteur masculin située à 5-7 centimètres de l’anus et principalement associée au cancer –, le tabou sexuel est encore très fort. Accéder au plaisir du « point P » demande en effet une déconstruction mentale des schémas sociaux et un certain lâcher prise.

« La prostate est là, au bout de l’index ou du majeur », illustre Alain Héril. Ce Graal s’obtient donc en « se glissant un doigt dans l’anus, en le remontant très légèrement vers cette glande, afin de la masser », poursuit-il. A la différence de sa cousine « masturbatoire », cette pratique davantage « cérébrale » oblige l’homme – notamment dans le cas d’un plaisir solitaire – à une attitude « plus douce, lente et attentionnée » et s’obtient en grande partie par la respiration, décortique le spécialiste. A un détail près.

« Beaucoup d’hommes ne sont pas habitués à cela et doivent surtout changer leur mode de penser s’ils veulent y parvenir. Si cette pratique est taboue en Occident, elle est courante dans des cultures orientales et extrême-orientales depuis plusieurs millénaires », rappelle le psychanalyste. Seul ou en couple, « il faut en effet tout déconstruire », note Baptiste. Alors, où se situe le blocage dans notre structure sociale ?

« Ça ne remet pas en cause l’orientation sexuelle »

« Notre société a construit l’homme comme étant le pénétrant, le dominant, le puissant. Et la femme comme la pénétrée, la dominée, la vulnérable. Et nous sommes prisonniers de la puissance de ces structures », débite Baptiste. Se faire toucher la prostate, via quelques phalanges, dans un cadre de plaisir, remettrait donc en cause pour certains, la fierté, la virilité, la masculinité. « Il faut s’affranchir de ces clichés confortés en plus par beaucoup d’insultes et de termes péjoratifs », note Baptiste. « A travers le plaisir prostatique, qui passe par l’anal, on touche à la représentation dans l’inconscient collectif que l’homme pénétré est dans un état de soumission, qu’il se féminise, qu’il n’est plus viril », expose Alain Héril. « C’est faux ! Ce n’est pas du tout le cas », s’exclame-t-il.

« La prostate, c’est le siège du plaisir masculin. Notre anatomie est faite comme ça. Par ailleurs, ça ne remet absolument pas en cause l’orientation sexuelle », martèle Baptiste. En recevant un doigt dans l’anus « la femme prend surtout le pouvoir », exalte-il. Mais pour parvenir à ce bien-être, l’homme qui accepte de « renverser les rôles » doit aussi oublier son outil de « dominant » : Le pénis.

Ton pénis, tu oublieras

« Il faut accepter que le pénis ne soit pas au centre du débat. Les hommes ne sont pas habitués à ça. Ils sont familiarisés à quelque chose qui jaillit de leur corps, alors que là c’est en interne, sans éjaculation », indique Alain Héril. D’autant, qu’il est même déconseillé de faire deux choses à la fois.

« Il est absolument nécessaire de ne pas toucher votre pénis durant une session car cela réoriente et écrase au niveau du cerveau les sensations subtiles venant de votre prostate par celle venant du pénis. Même si vous en avez très envie, toucher votre pénis est la meilleure solution pour ne pas avancer sur le chemin de l’orgasme prostatique », prescrit Adam, 43 ans, à la tête du site NouveauxPlaisir.fr. Car une fois les « codes » cassés, le plaisir semble alors en libre accès. Intense.

De la « châtaigne » au « soleil »… « Des sensations vertigineuses »

« Un plaisir différent », « des vagues surprenantes », « des sensations vertigineuses », « des étincelles », « une machine à jouir », « l’impression de dévaler une piste de ski », « c’est un peu ressentir en tant qu’homme un orgasme féminin »… Les témoignages d’hommes contactés par 20 Minutes ne tarissent pas d’éloges sur cette jouissance qui « secoue l’ensemble du corps » et « dure plus longtemps ». « C’est comme si cette châtaigne assez ridicule se transformait en un soleil. Tout ce que j’avais vécu avant c’était presque de la simulation », reprend Baptiste qui a acheté depuis peu un masseur prostatique afin de poursuivre son exploration. Pour Adam, aussi, la recherche s’est construite par étapes, pour ce plaisir si « puissant ».

« J’ai découvert ce plaisir, il y a huit ans, par curiosité. Je suis tombé sur un article en anglais sur le sujet, alors qu’en France, il n’y avait rien sur cet orgasme non-conventionné, qui est encore différent de l’orgasme anal », rembobine-t-il. Dès lors, il a essayé : « Au bout de quelques séances, j’ai découvert ce plaisir et cet orgasme que l’on peut répéter plusieurs fois ». Aujourd’hui, il veut partager une connaissance « décomplexée » sur le sujet et a écrit sur son site un texte :Le Traité d’Aneros, du nom du célèbre masseur prostatique imaginé initialement par des médecins pour traiter des maladies de la prostate. Dans cette bible, cette « carte au trésor » gratuite, il distille des tips, conseils et méthode.

Son but : « Je veux partager ma découverte du plaisir prostatique. Ma vision est que la sexualité doit être positive et ludique et la découverte de l’orgasme prostatique a été pour moi à la fois une révélation mais aussi un déclic dans la compréhension du plaisir et des orgasmes ». Mais comment illustrer celui de la prostate ?

« Un orgasme éjaculatoire, c’est un orgasme de la montagne : il monte vers le point culminant et ça redescend ensuite. L’orgasme prostatique est celui de la vallée : il est plus doux, plus long, par vagues », décrit Alain Héril. Une vague qui pourrait même faire évoluer la société.

Des effets bénéfiques en termes de santé publique et (sociales ?)

« Les hommes ne connaissent pas leur corps. Pourtant, il est important de s’informer sur ce qu’est la prostate, à quoi elle sert, ce qu’elle génère. Bref, prendre le truc en main. Car on peut arriver du jour au lendemain devant la chose avec un cancer et être totalement désarmés », analyse Christian, 65 ans, membre del’association de lutte contre les cancers masculins, CerHom. Olivier, 46 ans, président de l’association, enchérit. « A cause de notre côté macho-masculin, le plaisir prostatique est passé sous silence. Pourtant, si cette pratique n’est un jour plus taboue, alors le toucher rectal, médical, sera aussi désacralisé ». Enfin, si tous les hommes étaient à l’aise avec leur prostate et le plaisir lié, cela pourrait-il faire baisser les propos et actes homophobes ? Baptiste, Alain Héril ou encore Adam y croient.

« Plus on est équilibrés dans sa vie et plus on comprend la sexualité d’autrui, plus on respecte les autres. En fait, quand on ne connaît pas, on ne comprend pas et on ne respecte pas », déplore Adam. Pour lui, « les femmes aussi seraient gagnantes » si les hommes connaissaient mieux leur corps et ce plaisir qui met de côté la notion de dominant et de virilité masculine. « Dans les temps à venir, il y aura une banalisation de la prostate en tant que lieu de plaisir. Et c’est une bonne nouvelle », se félicite Alain Héril.

A quoi bon, donc, se retirer les doigts du cul ?