• Les conseils de classe de terminale pourraient émettre un avis sur le choix de filière du lycéen, y compris s’il s’agit d’une licence universitaire.
  • Les étudiants les plus fragiles pourraient être dirigés vers des années de remise à niveau.
  • L’hypothèse d’un accès sélectif aux filières en tension est sur la table. Mais les étudiants refusés seraient redirigés vers une autre formation.

Le temps où un étudiant, quel que soit son profil, pouvait s’inscrire à une licence universitaire de son choix, sans conditions, semble révolu. C’est ce qui se dégage du rapport sur l’accès à l’université remis ce jeudi à la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, après trois mois de concertation. Ce document servira à sa réflexion avant que la ministre annonce début novembre ses décisions sur ce sujet brûlant.

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« Prendre en compte le profil de l’élève pour sa réussite »

Si plusieurs hypothèses sont encore à l’étude, on semble bien se diriger vers une orientation beaucoup plus directive des bacheliers. Avec une prise en compte de leur parcours (cursus antérieur, notes, expériences extrascolaires, projet…) dans leur orientation. « Tous les groupes de la concertation ont admis qu’il fallait prendre en compte le profil de l’élève pour sa réussite », a ainsi indiqué ce jeudi Daniel Filâtre, le rapporteur de la concertation.

Une opinion que partage François Germinet, président de la commission formation à la Conférence des présidents d’université : « il n’est plus acceptable de faire table rase de tout ce qu’a fait le bachelier depuis le brevet lorsqu’il s’inscrit dans le supérieur. Car le taux d’échec de certains bacheliers à l’université montre qu’ils ne peuvent pas suivre n’importe quelle filière. Il faut des parcours plus adaptés », assure-t-il. 20 Minutes revient sur ce qui pourrait changer pour les futurs étudiants.

Le conseil de classe de terminale mis à contribution ?

Pour mieux accompagner les élèves dans leur choix de filière et augmenter leurs chances de réussite, le rapport de la concertation suggère que le conseil de classe joue un rôle beaucoup plus soutenu dans l’orientation du lycéen. Il pourrait formuler un avis quant aux vœux de filière du lycéen. Ce système existe déjà actuellement lorsque l’élève souhaite s’inscrire dans une filière sélective (classe préparatoire, BTS ou DUT). Mais l’idée serait bien de généraliser l’avis du conseil de classe et lui permettre de donner son feu vert, même pour une inscription en licence générale. Cet avis serait pris en compte par l’université pour l’admission de l’élève. Ce qui permettrait selon Daniel Filâtre, d’aboutir à une « orientation responsable ».

« Ce serait une bonne chose car l’élève pourrait connaître en amont ses chances de réussite dans la filière qu’il vise et éviter de perdre du temps si cette formation n’est pas faite pour lui », estime François Germinet. Mais Lilâ Lebas, la présidente de l’Unef, s’oppose à cette idée : « le conseil de classe n’a pas les compétences pour donner un avis. Car les enseignants ne sont pas formés à l’orientation des élèves et ne connaissent pas en profondeur toutes les formations du supérieur. Ces avis risquent donc d’être arbitraires. Par ailleurs, nous voulons que le jeune reste acteur de son avenir, pas que l’on décide à sa place ». Elle plaide en revanche pour un « renforcement des conseillers d’ orientation dans les lycées et sur un travail progressif sur le choix de filière dès la seconde ».

Un complément de formation conseillé ou prescrit ?

Certains participants à la concertation ont suggéré que lorsque l’élève postule à une formation ne correspondant pas à son profil (type de bac passé, notes obtenues dans certaines disciplines…), on puisse lui recommander le passage par une année propédeutique ou le suivi de modules de formation. Et ce pour lui permettre d’acquérir les compétences indispensables pour suivre la filière.

Mais une autre option sur la table est qu’on l’oblige à suivre ce complément de formation. Exemple : l’accès en licence Paces ne pourrait se faire qu’après la validation d’un Mooc de préparation à l’entrée dans les études de santé.

Une idée qui rebute Lilâ Lebas : « nous sommes pour la création de modules d’accompagnement en première année de licence afin d’aider les étudiants à réussir. Mais il faut qu’ils soient suivis de manière obligatoire. Par ailleurs nous sommes contre une licence en 4 ans qui serait inéquitable socialement car le coût d’une année supplémentaire ne pourrait pas être assumé par les étudiants les moins favorisés financièrement. Autre souci avec l’année propédeutique : si après l’avoir suivie, un étudiant n’a toujours pas les prérequis attendus pour la formation, que fera-t-on de lui ? », interroge la syndicaliste.

Dans un communiqué, la Fage explique qu’elle soutient la mise en place d’une année propédeutique validante. Mais qu’elle « doit être de la responsabilité de l’étudiant uniquement ». De son côté, François Germinet est favorable à un accès aux licences générales sous conditions, avec des dispositifs de soutien obligatoires pour les étudiants les plus fragiles : « on ne doit pas envoyer des jeunes au casse-pipe sous prétexte de liberté. Mais les aider à obtenir ces prérequis », indique-t-il.

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Vers une sélection à l’inscription dans une filière sous-tension ?

« Sur les filières en tension, nous pouvons aboutir jusqu’au refus d’entrée », a déclaré ce jeudi Daniel Filâtre. Cette possibilité envisagée par plusieurs participants à la concertation, consisterait donc à instaurer la sélection à l’entrée de certaines licences universitaires (Staps, psycho, droit, Paces).

« Personne n’a demandé une sélection sèche, mais l’idée est d’éviter l’échec », a déclaré le rapporteur. Car si cette option était adoptée par le gouvernement, l’étudiant qui se verrait opposer un refus à son vœu d’orientation, se verrait proposer une autre orientation possible. Un bachelier refusé en Staps serait redirigé vers un BTS métiers du sport, par exemple.

Une idée inacceptable pour Lilâ Lebas : « Nous sommes contre toutes formes de sélection à l’université, quelle que soit la filière. Il ne faut pas fermer des portes aux bacheliers en leur refusant l’accès à certaines filières. Car l’orientation forcée crée de l’échec », soutient-elle. De son côté, la CPU s’oppose à ce que cette sélection ne concerne que les filières en tension : « il faut définir des modalités d’accès communes à toutes les licences universitaires. Car une filière en tension aujourd’hui, peut ne plus l’être demain et vice-versa », explique-t-il. Une chose est sûre : quelles que soient ces décisions, Frédérique Vidal fera des mécontents. Verdict dans quelques jours.