Marseille: «Sans grosse opération de "nettoyage" avant d’installer une police de proximité, bon courage»

SÉCURITÉ Les contours de la mesure restent flous, mais beaucoup considèrent qu’elle n’est pas adaptée à la délinquance de certains quartiers…

Adrien Max

— 

Patrouille de police, le 17 novembre 2015 à Marseille

Patrouille de police, le 17 novembre 2015 à Marseille — BORIS HORVAT AFP

  • La ville de Marseille s’est portée candidate pour expérimenter la police de sécurité du quotidien.
  • Beaucoup s’inquiètent quant à leurs interventions dans des quartiers où la délinquance liée aux trafics est très présente.
  • Des voix s’élèvent pour demander une solution plus globale.

Si une personne écoutait attentivement Emmanuel Macron lors de la présentation des contours de son dispositif de police de sécurité du quotidien, c’est bien Olivier de Mazières, le préfet de police des Bouches-du-Rhône. Depuis l’évocation de cette mesure, la ville de Marseille s’est portée candidate pour accueillir des patrouilles test.

Ce dispositif reste encore flou et des concertations vont avoir lieu, comme l’a annoncé le président de la République. Pourtant des voix s’élèvent déjà pour critiquer son efficacité, au vu de la situation de Marseille en termes de délinquance, liée au trafic de stupéfiant.

>> A lire aussi : Menace terroriste, police de sécurité du quotidien... Retour sur les annonces d'Emmanuel Macron

« Si une demi-compagnie de CRS est envoyée dans une cité, ils refusent »

La sénatrice et ancienne maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille, Samia Ghali, ne veut pas condamner cette mesure avant sa mise en place. « Cela dépendra des effectifs, prévient-elle. C’est toujours bien d’avoir plus de policiers mais il ne faut pas oublier que ces dernières années on en a eu de moins en moins. »

Elle se réjouit de la possibilité que Marseille devienne une ville d’expérimentation car elle « part de loin », mais la sénatrice émet des réserves : « On dispose d’une police de proximité dans nos quartiers et pourtant trois chantiers sont actuellement à l’arrêt dans mon secteur. Les caïds s’opposent à ces travaux et on ne peut rien y faire. »

Pour elle, la police de sécurité du quotidien ne sera pas en mesure d’intervenir dans ces quartiers, où la sécurité est un enjeu principal :

« Aujourd’hui si une demi-compagnie de CRS est envoyée dans une cité, ils refusent. Envoyer ces nouvelles patrouilles dans ces cités c’est les mettre en danger »

>> A lire aussi : Police de sécurité du quotidien: A quoi va ressembler la réforme d'Emmanuel Macron?

Quels effectifs, quels moyens ?

Un responsable de l’association de médiation et de cohésion sociale de Marseille, qui a préféré garder l’anonymat, partage l’avis de Samia Ghali :

« J’en ai parlé avec des collègues, il faudrait une grosse opération de « nettoyage » avant d’installer une police de proximité, sinon bon courage pour ces gars-là. »

Il a connu différents gouvernements, et selon lui la méthode globale était la plus efficace. « La police occupait le quartier pendant plusieurs semaines, le réseau était démantelé et ensuite la police de proximité et nous, intervenions pour aider les habitants », explique-t-il.

D’après son expérience il serait actuellement très difficile de rentrer dans certains quartiers : « Je suis allé à la Castellane il y a quelques jours, j’ai dû me faire accompagner puis raccompagner pour la première fois de ma vie. Les gardiens de parc, dont l’habit réfléchissant peut évoquer la police, ont déjà la vie dure. »

Une source policière considère que l’idée est bonne, mais s’interroge sur son application : « Avec quels effectifs et quels moyens matériels ? A Marseille il nous manque déjà une centaine d’hommes et je ne vous parle pas du matériel. Ce n’est pas avec une patrouille de quatre ou cinq que les gens vont venir nous parler dans les cités. »

>> A lire aussi : VIDEO. Strasbourg: Une première patrouille de police municipale de proximité s'installe dans un quartier d'Illkirch

Une réponse plus globale

Caroline Pozmentier, adjointe à la sécurité à la mairie de Marseille, accueille, elle, cette annonce d’un bon œil :

« Ces propositions vont dans le bon sens. Le président a la même lecture que nous avons en tant qu’élus locaux, il faut restaurer la confiance entre la police et les citoyens et lutter contre le sentiment d’impunité. »

Selon elle, le temps de l’expérimentation doit être dépassé, et en plus de cette mesure, la justice doit donner les moyens à cette police d’être plus efficace.

Pour le policier, qui connaît bien la problématique puisqu’il est né dans les quartiers Nord, la réponse doit être plus globale. « Il faut des gens de la ville, des médiateurs sociaux, des policiers municipaux pour recréer un noyau, et embaucher des personnes issues de ces quartiers pour montrer aux gens qu’ils peuvent réussir avec un métier. »