• Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont jugés en appel depuis le 9 octobre.
  • Ils nient tous les deux avoir porté des coups ayant entraîné la mort de Fiona.
  • Ils encourent une peine de trente ans de réclusion criminelle.

Au Puy-en-Velay (Haute-Loire), Vincent Vantighem

Il faut s’imaginer un long couloir. Des murs aux couleurs pastel. Des rangées de petits porte-manteaux. Comme dans toutes les écoles de France. Nathalie est venue raconter, jeudi à la cour d’assises de Haute-Loire, le dernier jour où elle a vu Fiona, 5 ans, franchir les portes-battantes de ce couloir menant à la halte-garderie Jean-Philippe Rameau de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

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C’était un mardi. Le 7 mai 2013. Il était 16h30. « Et ça m'a tout de suite choqué, raconte l’assistante maternelle en pleurs. Elle avait un teint terreux. Des cernes… Je n’avais jamais vu un enfant avec un teint pareil. » Nathalie s’approche d’elle. Lui pose sa main sur le front. Elle ne détecte ni fièvre, ni trace de coups. Après lui avoir demandé si ça va, elle laisse repartir la fillette.

Tout comme Céline qui lui succède à la barre et raconte la même histoire. Également assistante maternelle, elle aussi a remarqué le « teint blanc », « l’aspect fatigué » de Fiona. Elle aussi a posé sa main sur son front. Elle aussi l’a laissée repartir, ce jour-là. « C’était pas une enfant qu’on surveillait, lâche-t-elle en pleurs, visiblement impressionnée. Il y a des enfants sur qui on a des doutes, pas elle… »

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« Elle avait le côté de la tête déformé »

Les doutes sont apparus le lendemain. Le mercredi 8 mai 2013. Dans l’après-midi. Entre deux séances de cinéma au centre commercial Jaude. C’est Corinne, la guichetière, qui les a eus. « Le Monsieur m’a demandé s’il y avait des films pour enfants, se souvient-elle, à son tour. La petite fille à côté de lui était très très blanche. Elle avait le côté de la tête déformé. Elle était bleue sous l’œil. Elle portait un bandeau jaune. Elle était vraiment mal en point. »

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Mais il n’y avait pas de film pour enfant à cette heure-là. La famille est repartie avec la trottinette sous le bras. Et Corinne a regretté de ne pas avoir pu prendre sa pause à ce moment-là pour les suivre jusqu’à leur voiture. « J’ai eu un sentiment de crainte pour cette fillette. »

Une dispense d’école de 21 jours pour Fiona

Alain, lui, n’a pas eu ce sentiment. Tout simplement parce qu’il n’a pas vu Fiona, le vendredi suivant. Le 10 mai dans la matinée. Mais quand Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon ont débarqué dans son cabinet, le médecin généraliste a tout de même signé un « document administratif » dispensant la fillette d’école pour une durée de 21 jours.

« Ce n’était pas un certificat médical se défend-il droit dans ses bottes à la barre. On était dans une relation de confiance avec les parents. Ils devaient partir à Perpignan pour ‘essayer’un travail. Je me suis dit qu’ils ne voulaient payer la cantine. » Fiona n’allait pas à la cantine. Et elle n’a jamais atteint Perpignan.

« C’est peut-être qu’il n’y avait rien à voir… »

Jugés en appel pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf assurent qu’elle est morte dans la nuit du samedi au dimanche. Le 11 ou le 12 mai. Ils reconnaissent que Fiona avait un « hématome ». Ils avouent « l’avoir maquillée » pour le dissimuler. Mais ils nient lui avoir porté le moindre coup mortel. Et personne ne les a vus faire.

Et si personne ne les a vus, « c’est peut-être qu’il n’y avait rien à voir », a logiquement résumé Renaud Portejoie, l’un des avocats de Cécile Bourgeon, au beau milieu de cette journée éprouvante. Il le sait. Et la cour d’assises s’en rend compte : quatre ans après les faits, il n’y a toujours rien qui permette d’affirmer que Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ont entraîné la mort de la fillette. Le corps n’ayant jamais été retrouvé, il n’y a rien, non plus, qui permette de dire que l’hématome de Fiona est la cause de sa mort.

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Les jurés ont jusqu’au 20 octobre pour se débrouiller avec ça. En gardant à l’esprit que, le lundi 13 mai, Fiona n’a pas franchi les portes-battantes de son école.

Suivez en direct la suite du procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem