Ils attendent que ça passe ou se soignent avec des plantes, bienvenue dans un désert médical

REPORTAGE A Tarascon-sur-Ariège, au pied des Pyrénées, les généralistes se font rares et les habitants prennent leur mal en patience…

Helene Menal

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Le gouvernement d'Edouard Philippe doit dévoiler ce vendredi 13 octobre 2017 son ordonnance pour lutter contre les déserts médicaux comme Tarascon-sur-Ariège.

Le gouvernement d'Edouard Philippe doit dévoiler ce vendredi 13 octobre 2017 son ordonnance pour lutter contre les déserts médicaux comme Tarascon-sur-Ariège. — Valinco- Sipa

  •  Le gouvernement présente en Haute-Vienne son plan de lutte contre les déserts médicaux.
  • Le secteur de Tarascon-sur-Ariège compte trois fois moins de généralistes que la moyenne nationale.
  • Une pénurie qui se répercute sur la vie quotidienne des habitants.

Un panneau « hôpital » par-ci, un autre par-là. Pour un soi-disant désert médical niché au pied des Pyrénées, Tarascon-sur-Ariège semble a priori bien loti. « Mais c’est un attrape-couillon, tous les skieurs qui tombent s’y laissent prendre », corrige Christine, en route pour la pharmacie.

L’hôpital « local » est une maison de retraite couplée à une maison de convalescence. Le maire, Alain Sutra  (PRG), y tient comme à la prunelle de ses yeux, et envisage de le reconstruire (à condition qu’un médecin daigne venir y travailler) mais ce n’est pas le genre d’établissement où on se pointe le dimanche parce que le petit fait des poussées de fièvre.

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Dans le secteur de Tarascon, il y a un généraliste pour 2.190 habitants.
Dans le secteur de Tarascon, il y a un généraliste pour 2.190 habitants. - H. Menal - 20 Minutes

Un généraliste pour 2.190 habitants

Rectificatif donc, Tarascon est bien un désert médical. Il y a trois généralistes sur la commune, débordés et plus tout jeunes. Alors que le gouvernement dévoile vendredi en Haute-Vienne son plan de lutte contre les déserts médicaux, selon l’Ordre des médecins de l’Ariège, le secteur compte un généraliste pour 2.190 habitants, c’est presque trois fois moins que la moyenne nationale.

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« Pourquoi vous croyez qu’on se soigne tous avec des plantes ? Même les plus réfractaires y viennent », lâche en souriant Hadji. La trentenaire descend d’Ax-les-Thermes - où la situation est encore pire - juste pour se faire prescrire la pilule. « Deux heures d’attente, sans compter le trajet, forcément faut poser une matinée de RTT ! ». « C’est vraiment une catastrophe !, renchérit Pascale. Les généralistes sont débordés. Alors parfois, on boite, on attend que ça passe ».

Un « chiva », qui va pas toujours

Et pour les spécialistes, il y a le « Chiva », le Centre hospitalier du Val d’Ariège, à 22 kilomètres de là, qui n’ouvre pas vraiment les chakras des locaux. « Le monsieur qui lit les radios travaille aussi à Toulouse, alors il y a des jours où c’est fermé », croit savoir Christine. Et puis il n’y a pas toutes les spécialités.

Pour enlever un grain de beauté, le fils de Pascale a dû aller à Toulouse. « Une heure de route, c’est pas la mer à boire. Pas plus que certains Toulousains le matin. On se demande vraiment pourquoi les médecins ne viennent pas s’installer ici. Il doit y avoir un seuil psychologique », réfléchit l’Ariégeoise qui, malgré tout, ne quitterait « pour rien au monde » sa verte vallée.

Jackie et Claire, deux pimpantes sexagénaires qui patientent au cabinet médial, se montrent philosophes, même si elles avalent des kilomètres pour le moindre examen. « Nous, ça va, on conduit, mais pour les personnes âgées ou les mères de famille, c’est très compliqué ». « C’est vrai, qu’on est embêté, il faudrait au mois un généraliste de plus », reconnaît le maire. Mais comment faire ? Alain Sutra plaide pour une solution radicale. « Qu’on ne vienne pas nous raconter que vivre dans notre vallée, avec tous les services, au pied des pistes et à 100 kilomètres de Toulouse, n’est pas agréable. Il faut que le gouvernement oblige les jeunes médecins à donner quelques années pour nos territoires, propose l’édile. Il en va de la solidarité républicaine et, après tout, ce sont nos impôts qui paient leurs études ».

L'église de Tarascon.
L'église de Tarascon. - H. Menal - 20 Minutes

Le problème de l’emploi du conjoint

Une vallée plus loin, dans le Pays d’Olmes, Gérald Sgobbo, le président de la communauté de communes, a fait venir il y a quelques années un sympathique médecin roumain. Il a été plutôt mal accueilli par les praticiens locaux. Et son épouse, aussi médecin, ne trouvant pas de travail, ils sont partis s’installer ailleurs. « Le souci dans nos vallées touchées par la déprise industrielle, dit l’élu, c’est aussi de fournir un travail au conjoint ». « Au conjoint homme, précise Catherine Guintoli, la présidente départementale de l’ordre ? Car notre profession se féminise ». Pour cette praticienne de Foix, qui voit défiler les internes en stage, la priorité absolue est de « revaloriser la médecine générale ».

En Ariège, un tiers des généralistes ont plus de 60 ans. L’avenir devrait être encore plus désertique.