Le gouvernement osera-t-il supprimer les allocations familiales pour les plus riches?

POLITIQUE Plusieurs membres de la majorité sont prêts à mettre fin à l’universalité des allocations familiales. Mais une telle décision ne sera pas prise tout de suite…

M.B.

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Allocations familiales, illustration

Allocations familiales, illustration — LODI Franck/SIPA

  • Bruno Le Maire n’est pas hostile à la suppression des allocations familiales pour les plus riches.
  • Cela permettrait d’économiser 440 millions d’euros par an.
  • La ministre de la Santé veut prendre le temps de mener une réflexion sur un sujet polémique.

Il est urgent d’attendre. Le rapporteur général de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Olivier Véran avait allumé la mèche fin septembre expliquant vouloir étudier la suppression des allocations familiales pour les plus riches : « Quel est l’impact aujourd’hui de 60 euros par mois pour un couple gagnant 6.000 euros mensuels ? Cet argent ne serait-il pas plus utile pour aider des couples à bas revenus, des familles monoparentales ? », s’interrogeait le député de l’Isère dans un entretien au Figaro. Selon ses calculs, la fin des allocs pour les revenus supérieurs à 6.000 euros par mois permettrait une économie d’environ 440 millions d’euros par an.

Le Maire n’est pas « choqué »

Dans la foulée, le ministre de l’Economie expliquait ne pas être « fermé » à une telle suppression. « Ça ne me choque pas », avait lâché Bruno Le Maire sur  CNews. Une façon peut-être aussi d’adoucir l’étiquette de président des riches que colle l’opposition sur le front d’ Emmanuel Macron. Et a priori les Français sont favorables à une telle réforme. Selon un récent sondage OpinionWay pour LCI et Tilder, 79 % des personnes interrogées sont pour la suppression des allocations pour les personnes qui gagnent plus de 6.000 euros par mois.

« Il faudra prendre le temps »

Mais pas question pour le gouvernement de confondre vitesse et précipitation. Mardi lors des questions au gouvernement au Sénat, la ministre de la Santé et des Solidarités a souhaité entamer « avec le Parlement et l’ensemble des acteurs » une réflexion « sur la politique familiale en général » et sur les allocations familiales. « Il faudra prendre le temps, car la politique familiale ne se décide pas dans l’urgence, c’est un pilier de notre modèle social, elle doit se discuter, être largement concertée avec tous les acteurs concernés (…)», a estimé Agnès Buzyn.

Olivier Véran aussi souhaite temporiser. Alors que la suppression de l’universalité des aides familiales ne figure pas dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), dévoilé fin septembre par le gouvernement, il a indiqué ne pas vouloir déposer d’amendement en ce sens car, « sans discussion préalable, ce serait prématuré. » Mais pour le prochain PLFSS, en 2018, il faudra « être prêt », prévient-il dans un entretien au Parisien.

De nombreuses critiques

Selon Le Monde, la création d’une mission d’information sur l’universalité des allocations familiales par la commission des affaires sociales doit être officialisée ce mercredi, avant de commencer ses travaux en décembre.

Car le sujet est explosif. A la mi-2015, l’universalité des allocations familiales en avait déjà pris un coup. Elles avaient été divisées par deux à partir de 6.000 euros de revenus nets par mois, et par quatre dès 8.000 euros. L’Insee calculait fin 2016 que cette mesure avait pénalisé 590.000 ménages, « essentiellement » parmi les 20 % les plus aisés de la population.

Et aujourd’hui à droite, à l’image de Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée, comme à gauche, de nombreuses voix s’élèvent pour ne pas aller plus loin sur le sujet. Y compris chez les communistes. Accusant le gouvernement de mener « des politiques de démolition sociale », le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, a estimé lundi que la suppression des allocations familiales pour les plus riches est « présentée comme une mesure de justice, alors qu’en vérité on est en train de mettre en cause le principe même des allocations familiales ».

Ségolène Royal abonde. Interrogée sur France 2 mercredi, l’ancienne ministre de l’Ecologie Ségolène Royal (PS), a affirmé qu’il fallait « maintenir l’universalité de la politique familiale », pointant le « risque de frapper une nouvelle fois les catégories moyennes, qui cotisent beaucoup, celles qui paient beaucoup d’impôts ».

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les allocations familiales sont versées à toutes les familles ayant au moins deux enfants à charge. Ce principe a pour objectif de compenser la charge que représente un enfant.