Affaire Maëlys: «Parler de cette disparition avec son enfant, c'est surtout faire de la prévention»

INTERVIEW Que dire aux enfants qui interrogent leurs parents au sujet de la disparition de la petite Maëlys ? « 20 Minutes » a posé la question à la pédopsychiatre Fanny Cohen-Herlem…

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Un restaurateur affiche sur sa vitrine l'appel à témoin pour retrouver Maëlys.

Un restaurateur affiche sur sa vitrine l'appel à témoin pour retrouver Maëlys. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

  • Impossible, depuis plusieurs semaines, de ne pas avoir entendu parler de la disparition inquiétante de la petite Maëlys.
  • Pour la pédopsychiatre Fanny Cohen-Herlem, il est important de répondre aux interrogations des enfants et de leur rappeler quelques règles.

Difficile de ne pas en avoir entendu parler. L’enquête concernant la disparition de la petite Maëlys est évoquée quotidiennement dans les médias. Même les enfants sont au courant que cette petite fille a disparu dans des circonstances inquiétantes depuis plus semaines. Comment faut-il évoquer le sujet avec eux ? 20 Minutes a posé la question à Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre et auteure de plusieurs ouvrages dont Le divorce, comment répondre aux questions des enfants ? ou L’adoption, comment répondre aux questions des enfants ? ( éditions Pascal).

Faut-il évoquer le sujet de la disparition de la petite Maelys avec son enfant ?

Il est important d’attendre que l’enfant pose la question, ce n’est pas la peine de lui en parler avant. Il ne faut pas rentrer dans les détails car on ne sait pas ce qui s’est passé avec cette petite fille. On ne va donc pas inventer des choses et projeter ses propres peurs et ses fantasmes sur lui.

En revanche, on peut lui expliquer qu’il n’y a pas que des adultes gentils, que certains sont même méchants avec les enfants, qu’ils peuvent lui faire du mal. Il faut également lui dire qu’on ne peut pas les reconnaître, ce n’est pas inscrit sur leur visage et ça ne se voit pas à leur façon de s’habiller. Mais il ne faut pas tenter d’expliquer pourquoi ils ne sont pas gentils, car on n’en sait rien.

Quels conseils alors faut-il leur donner ?

Parler de cette disparition avec son enfant, c’est surtout faire de la prévention. Les parents peuvent trouver des conseils sur le site permis de prudence, comme quoi répondre à un voisin qui lui proposerait de venir chez lui voir des chats.

Les enfants doivent apprendre à se poser un certain nombre de questions avant de répondre à un adulte qui leur propose de les suivre : est-ce que j’ai envie d’aller avec lui ? Si je le fais, est-ce que mon papa et ma maman sauront où je suis ? Et si je veux les joindre, comment vais-je faire ?

Il est important de les mettre en garde, de les prévenir qu’il ne faut pas parler ou partir avec des gens qu’ils ne connaissent pas, même si on leur affirme que c’est son papa ou sa maman qui lui a demandé. Ils doivent savoir que les parents se seraient débrouillés pour les prévenir directement.

Les adultes doivent aussi leur faire quelques recommandations, comme leur demander de rester dans leur champ de vision dans un lieu où il y a beaucoup de monde, de dire où ils vont et avec qui s’ils veulent s’éloigner.

Ne risque-t-on pas de les inquiéter ?

C’est tout le problème. Il faut faire de la prévention, sans les angoisser. Souligner que tous les adultes ne sont pas des méchants. Rappeler qu’ils peuvent compter sur les ceux qu’ils connaissent car ils sont là pour protéger les enfants. Cela permet aussi de les rassurer.

Les adultes ne doivent pas projeter sur les enfants leurs propres angoisses ou leurs propres peurs. Ne pas laisser sortir un enfant qui serait assez grand pour aller chercher le pain, ça serait dommage.

Et vous, avez-vous parlé de cette affaire avec votre enfant? Si oui, en quels termes? Ou, au contraire, tentez-vous de cacher au maximum ce genre d'affaires à vos enfants? Pourquoi? Donnez-nous votre point de vue à contribution@20minutes.fr