Les solutions osées de la Cour des comptes pour remplacer les profs absents

EDUCATION Encore une fois les sages de la rue Cambon suscitent l'ire des enseignants...

Delphine Bancaud

— 

Le bureau d'un enseignant absent

Le bureau d'un enseignant absent — Pixabay/Werner

  • Les sages soulignent le faible taux de remplacement des enseignants pour les absences de courtes durées dans le secondaire.
  • Ils préconisent une annualisation du temps de travail des profs afin qu’ils puissent mutuellement se remplacer.
  • Ils recommandent le développement de la bivalence des profs qui pourrait aussi rendre plus aisés les remplacements.

C’est l’un des sujets qui met le plus en colère les parents d’élèves : le non-remplacement des enseignants en cas d’absence. Et la Cour des comptes s’en est saisie dans son rapport Gérer les enseignants autrement rendu public ce mercredi.

Les sages de la rue Cambon font d’abord un constat au vitriol de la situation, en brandissant une flopée de chiffres. Selon eux, 13,6 millions de journées d’absence des professeurs dans l’enseignement public ont été à déplorer en 2014-2015. Des absences dues à la maladie, mais aussi à des missions professionnelles (formations, participations à des examens, etc.).

« De la grande difficulté à trouver des remplaçants pour des durées brèves »

La Cour des comptes reconnaît que dans le primaire, le problème n’est pas très marqué, car le taux de remplacement des profs absent est de 80 %. Mais dans le secondaire, si les absences longues sont plutôt bien gérées, il n’en est pas de même pour celles de moins de 15 jours. Et alors que le ministère de l’Education assure que le taux de remplacement de ces absences de courte durée dans le secondaire est d’un tiers, la Cour des comptes est beaucoup plus pessimiste en affirmant qu’il n’est que de 5 à 20 %. « Cette situation reflète la grande difficulté à trouver des  remplaçants pour des durées brèves et souvent, en l’absence de préavis », souligne Didier Migaud, président de la Cour des comptes.

Les enseignants vent debout 

Face à ce mal, les sages de la rue Cambon ont leurs remèdes. Ils recommandent notamment « d’intégrer le remplacement » dans les obligations de service des enseignants et d’annualiser le temps de travail des profs du second degré. Ce qui permettrait selon eux, de régler le problème du remplacement dans les collèges et lycées. Car un enseignant absent, pourrait alors transférer ses heures à son collègue d’une autre discipline, à charge de revanche.

Une proposition qu’ils avaient déjà faite et qui revient donc sur le tapis, sans doute pas sans hasard, selon l’historien de l’Education, Claude Lelièvre : «  La FCPE fait régulièrement pression sur le ministère de l’Education concernant les absences de profs non remplacées. Et le nouveau ministre a déjà dit qu’il voulait favoriser l’autonomie des établissements. Et ce dispositif de remplacement des enseignants en interne s’inscrit dans cette logique », soutient-il.

Reste que le spectre d’une annualisation du temps de travail des enseignants fait bondir les principaux intéressés. « Ces recommandations sont essentiellement technocratiques », fustige le SE-Unsa. Frédérique Rolet, porte-parole du Snes est sur la même ligne : « Je ne vois pas comment cela pourrait se faire. C’est déjà très compliqué pour un chef d’établissement de bâtir des emplois du temps, donc je ne vois pas comment il pourrait au pied levé tout chambouler pour demander à un enseignant de prendre les heures de son collègue. Il faudrait une compatibilité des emplois du temps entre ces deux enseignants, ce qui n’est certainement pas garanti », indique-t-elle.

Un changement qui semble dur à mettre en place

« Par ailleurs, il faudrait qu’à son retour, le prof absent puisse être un peu déchargé pour assurer des heures de cours en plus. Comment mettre ça en place », s’interroge Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-Cfdt. Les enseignants doutent aussi de l’intérêt pour les élèves d’un remplacement d’un prof par un autre : « si c’est pour prendre une classe que l’enseignant ne connaît pas, je ne voit pas l’intérêt pédagogique », estime Frédérique Rolet. Claude Lelièvre doute aussi de la faisabilité de l’annualisation du temps de travail en vue d’améliorer les remplacements : « Avec un emploi du temps hebdomadaire, les enseignants peuvent organiser leur vie de famille. Si leur temps de travail était annualisé et si on leur demandait de remplacer au pied levé leurs collègues, ce serait plus difficile », commente-t-il.

Mais ce n’est pas la seule préconisation explosive de la Cour des comptes sur le sujet. Puisqu’elle recommande « d’instituer, dès la formation initiale, la possibilité debivalence [profs enseignant deux disciplines] ou la polyvalence disciplinaire pour les enseignants du second degré intervenant en collège ». Un système qui permettrait aux enseignants de se remplacer plus aisément entre eux. Mais là aussi, les profs ne semblent pas d’accord : « C’est s’attaquer à l’attachement des enseignants pour leur spécialité et le sujet est explosif », commente Claude Lelièvre.

Face à ces idées avant-gardistes de la Cour des comptes pour optimiser le système de remplacement, les enseignants préconisent des mesures somme toute beaucoup plus classiques. « Il faudrait plutôt songer à renforcer le vivier des enseignants remplaçants, qui est très insuffisant dans nombre d’académies », avance notamment Catherine Nave-Bekhti. Sauf que cela ne coûte pas la même chose…