Loi antiterroriste: La radicalisation de policiers dans le collimateur du gouvernement

RADICALISATION Une dizaine de policiers font l’objet d’une surveillance à cause de leur profil « un peu inquiétant »…

Thibaut Chevillard

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Un policier à Lille en 2017

Un policier à Lille en 2017 — O. Aballain / 20 Minutes

  • L’Assemblée nationale examine le nouveau projet de loi antiterroriste du gouvernement.
  • Le ministère de l’Intérieur souhaite pouvoir muter ou radier des fonctionnaires qui se seraient radicalisés.
  • Une trentaine de policiers sont particulièrement surveillés.

C’est l’une des mesures phares du projet de loi antiterroriste, actuellement examinée par l’Assemblée nationale. Le gouvernement souhaite pouvoir muter ou radier des fonctionnaires chargés de missions de sécurité qui se seraient radicalisés. « Jusqu’ici, quand nous découvrons qu’un agent s’est radicalisé, nos marges de manœuvre sont très faibles », avait expliqué le ministre de l’Intérieur dans une interview accordée au Parisien au début du mois. S’il est possible, dit-il, de « retirer l’accès à un site nucléaire pour un salarié sur lequel pèsent de tels soupçons », le cas des « fonctionnaires et militaires les plus engagés dans le domaine de la sécurité » est plus difficile à gérer.

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Depuis les attentats de 2015, le niveau de vigilance de l’institution policière vis-à-vis de la pratique religieuse des agents a été renforcé. Mais le sujet est forcément un peu sensible. Un groupe de suivi a donc été mis en place au sein de l’IGPN, la police des polices, pour aider les chefs de service à discerner « les pratiques religieuses des agents qui sont incompatibles avec l’exercice de leur mission » ou qui « heurtent le principe de neutralité et de laïcité du service public », tout en respectant le droit des fonctionnaires d’exercer leur religion, nous explique une source policière.

Une dizaine d’agents au profil « un peu inquiétant »

Selon nos informations, sur les 150.000 personnels de la police nationale, une trentaine de fonctionnaires, principalement des hommes, font l’objet d’une attention toute particulière de la part de l’administration. Une vingtaine ont simplement une « pratique religieuse un peu dérangeante ». Mais une petite dizaine ont un profil « un peu inquiétant », notamment parce qu’ils entretiennent « des relations avec des personnes déplaisantes », nous explique une source policière. Certains sont même fichés au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), « ce qui ne signifie pas être radicalisé ». En revanche, aucun agent ne fait l’objet d’une fiche « S » ou aurait « des contacts avec des groupes terroristes ». « Si c’était le cas, on s’en débarrasserait immédiatement et ils auraient tous les services sur le dos. »

L’administration essaie de détecter les cas qui peuvent poser problème dès la phase de recrutement. Après avoir réussi les épreuves écrites et orales du concours de policier, les candidats font l’objet d’une enquête de personnalité et de moralité, réalisée par les agents du renseignement territorial. Cette enquête « doit être plus poussée », nous explique une source syndicale. « Normalement, elle va jusqu’à interroger les voisins du candidat. Mais cela n’est pratiquement plus fait, car les collègues du renseignement n’ont plus le temps de le faire », ajoute ce policier. « On ne peut pas réaliser 36.000 enquêtes de personnalités poussées jusqu’au voisinage. On se contente souvent d’un passage au fichier », concède une source bien informée, ajoutant qu’il est nécessaire « de faire des enquêtes de plus en plus resserrées ».

« Revoir les modalités de recrutement des policiers »

D’autres sont détectés au cours de leur formation. Comme cet élève de l’école de police de Nîmes, âgé d’une trentaine d’années, qui a été suspendu en mai dernier pour avoir fait circuler une vidéo de propagande de Daesh dans son établissement. Il a été dénoncé à la direction de l’école par ses camarades, choqués par les images qu’ils ont vues. Il est passé quelques semaines plus tard en conseil de discipline et a quitté la police nationale. Le directeur de l’école avait néanmoins affirmé à France Bleu que cet homme n’avait « aucun lien avec le groupe terroriste ». « Il n’est pas musulman, il n’est pas radicalisé. »

Notre source syndicale explique également qu’il est nécessaire de « revoir les modalités de recrutement des policiers », notamment en ce qui concerne les adjoints de sécurité, des agents engagés par contrat pour une période de trois ans renouvelable une fois. RTL a récemment révélé que l’un d’entre eux avait fait l’objet d’une fiche S pour des faits datant de 2012. Cette fiche avait finalement été levée par la DGSI et cet ADS est devenu gardien de la paix le 22 septembre dernier.

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En effet, à l’issu de leur contrat, les ADS peuvent essayer d’intégrer les rangs de la police. « Ils ne doivent pas avoir de passe-droit », soutient notre source syndicale, estimant que l’enquête de personnalité est moins poussée les concernant. Les ADS font pourtant l’objet de deux enquêtes de personnalité : une au moment de signer leur contrat, et une autre s’ils veulent devenir gardiens de la paix. Magré cela, on en retrouve beaucoup dans la trentaine de policiers surveillés.

« On peut déjà déplacer quelqu’un en cas de doute »

Le ministère de l’Intérieur est bien conscient de ce problème de radicalisation dans les rangs de la police et continue de plancher sur cette problématique. En attendant, le projet de loi antiterroriste est censé permettre de mieux repérer et surtout de mieux suivre ces individus. Le texte permet à l’administration de procéder, en cas de doute, à des enquêtes administratives tout au long de leur carrière afin de s’assurer que leur comportement « n’est pas devenu incompatible avec les fonctions ou missions exercées ». Et de les écarter si besoin en est. Ce qui est déjà possible, explique un haut gradé. « S’il s’agit de déplacer quelqu’un parce qu’on a un doute, on peut déjà le faire. Et rapidement. »