Syrie: Un collectif dépose plainte pour «complicité de crimes contre l'humanité» contre Lafarge

ENQUETE Lafarge est au coeur d’une enquête sur les liens qu’il a pu entretenir, notamment avec Daesh, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014 sa cimenterie au nord de la Syrie....

20 Minutes avec AFP

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Le siège du cimentier Lafarge à Paris, le 7 avril 2014

Le siège du cimentier Lafarge à Paris, le 7 avril 2014 — FRANCK FIFE AFP

Un collectif de défense des chrétiens d’Orient a déposé plainte pour « complicité de crimes contre l’humanité » contre le cimentier Lafarge, mis en cause pour avoir indirectement financé des groupes armés en Syrie dont l’organisation de l'Etat islamique (EI), a-t-il indiqué ce lundi dans un communiqué.

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« Les exactions commises en Syrie par l’organisation Etat islamique ne relèvent pas de simples actes de terrorisme mais de crimes contre l’humanité », estime la Coordination des Chrétiens d’Orient en Danger (CHREDO). « Les dirigeants du groupe Lafarge ont apporté sciemment l’aide et l’assistance à la préparation et la consommation de ce crime », est-il ajouté.

Une plainte déposée par le ministère de l'Economie

Lafarge, qui a fusionné avec le suisse Holcim en 2015, est au coeur d’une enquête sur les liens qu’il a pu entretenir, notamment avec l’EI, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit, sa cimenterie de Jalabiya, au nord de la Syrie.

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En septembre 2016, après des révélations du Monde, le ministère de l’Économie avait déposé plainte, déclenchant l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ).

Dans son rapport, dont l’AFP a eu connaissance, le SNDJ confirme que la branche syrienne du cimentier, Lafarge Cement Syria (LCS), a « effectué des paiements aux groupes djihadistes » via un intermédiaire.

La conclusion des douanes est surtout accablante pour la direction française de l’époque : elle « a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables » d’après les enquêteurs, qui estiment que certains responsables du groupe ont vraisemblablement « couvert ces agissements », dont Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015.

L'enquête confiée à trois juges d'instruction

Parallèlement à la plainte du ministère de l’Economie, deux ONG, l’association anticorruption Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’Homme (ECCHR), ainsi que onze anciens employés de la cimenterie avaient déposé plainte pour « financement du terrorisme », mais aussi pour « complicité de crimes de guerre » et « complicité de crimes contre l’humanité ». Ces deux derniers chefs n’ont toutefois pas été retenus à ce stade par le parquet de Paris, qui a confié l’enquête à trois juges d’instruction.

« De manière générale, si les Occidentaux n’achetaient pas de pétrole, d’œuvres d’art ou ne versaient pas de rentes illicites à l’EI, le groupe n’existerait pas », a estimé Me Sévag Torossian, avocat du CHREDO, évoquant « la complicité criminelle impardonnable » de Lafarge.