• Muriel Pénicaud pourrait être entendue dans l’enquête ouverte pour favoritisme.
  • En cause, une soirée organisée en janvier 2016 pour Emmanuel Macron à Las Vegas (Etats-Unis) sans appel d’offres.
  • La ministre explique qu’elle ignorait tout mais sa défense est mise à mal.
  • Jeudi, son ancienne directrice de la communication a été placée sous le statut de témoin assisté par les trois magistrats en charge de l’enquête.

Le marché du travail d’un côté. L’enquête judiciaire sur Business France de l’autre. L’automne de Muriel Pénicaud s’annonce chargé. Concentrée sur les ordonnances réformant le Code du travail, la ministre garde, sans doute, dans un coin de l’esprit le fait qu’elle pourrait être convoquée prochainement par les trois juges qui enquêtent sur des soupçons de favoritisme du temps où elle dirigeait Business France.

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Jeudi, c’est son ancienne directrice de la communication, Fabienne Bothy-Chesneau que les magistrats ont placée sous le statut de témoin assisté. Entendue plus de six heures, « elle a pu s’exprimer très concrètement sur tous les aspects de cette affaire », indique son avocat Bruno Quentin. Et le souci, c’est qu’elle met à mal la défense de Muriel Pénicaud. 20 Minutes fait le point sur ce dossier très politique…

  • Sur quoi les juges enquêtent-ils réellement ?

L’affaire « Business France » porte sur l’organisation, en janvier 2016, d’une soirée de promotion de la France à Las Vegas (États-Unis) autour d’Emmanuel Macron qui était alors ministre de l’Économie.

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A l’époque, Muriel Pénicaud dirigeait Business France, un organisme public dépendant de Bercy et chargé de faire la promotion des entreprises françaises à l’étranger. Celui-ci confie alors à l’agence Havas l’organisation de la soirée. Mais il le fait sans appel d’offres alors que le coût de l’événement (289.000 euros) l’oblige pourtant à le faire au regard de la loi. Les trois juges ont donc ouvert une information judiciaire pour des faits de favoritisme.

  • Comment Muriel Pénicaud se défend-elle ?

Depuis le début de cette affaire, la ministre du Travail assure qu’elle n’a découvert cette affaire qu’en février 2016, soit après l’organisation de la soirée. Et surtout qu’elle a immédiatement diligenté un audit externe indépendant à ce sujet. Elle ne nie pas les faits mais prétend donc ne pas avoir été informée de cette erreur de procédure.

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« Je pense qu’elle est sincère, lâche aujourd’hui à 20 Minutes un de ses anciens collaborateurs à Business France. La vérité, c’est qu’il y a eu un énorme ‘’loupé’’ sur cet appel d’offres. On n’a toujours pas compris comment une erreur pareille a pu se produire. »

  • En quoi la version de Fabienne Bothy-Chesneau est-elle contradictoire ?

En perquisitionnant, les enquêteurs ont découvert de nombreux courriels portant sur l’organisation de la soirée. Notamment ceux de Fabienne Bothy-Chesneau qui était alors directrice de la communication au sein de Business France. Et plusieurs échanges laissent entendre que Muriel Pénicaud était en réalité alertée, dès fin 2015, des risques encourus par l’organisation de cette soirée sans procéder à un appel d’offres au préalable. Dans un courriel du 20 novembre 2015, le coût prévisionnel de la soirée (300.000 euros) lui est même indiqué noir sur blanc.

« Je me souviens de ce mail, réagit aujourd’hui un de ses anciens collaborateurs sous couvert d’anonymat. Il faisait deux pages ! C’était un mail sans fin et le coût de la soirée était glissé au détour d’une phrase, entre le fromage et le dessert… Personne ne l’a vraiment alertée comme il aurait fallu le faire. »

  • Muriel Pénicaud va-t-elle être entendue par les juges ?

« Les auditions et interrogatoires vont se poursuivre », indique à 20 Minutes une source proche de l’enquête. Mais avant la ministre elle-même, les juges devraient d’abord convoquer ses anciens collaborateurs. Il pourrait s’agir de l’ancienne adjointe de Fabienne Bothy-Chesneau et de l’ancien directeur financier de Business France.

Leur but étant d’emmagasiner un maximum de témoignages sur lesquels interroger ensuite Muriel Pénicaud. « Sa position qui consiste à dire "Je ne savais pas" est incompréhensible, explique une source proche du dossier. Elle ne résiste pas à l’examen des faits ! »

Interrogée sur LCI, la semaine dernière, à ce propos, Muriel Pénicaud s’est, elle, contentée de se dire « très sereine ». Mais aussi qu’elle démissionnerait du ministère du Travail si les juges décidaient de la mettre en examen. Ce vendredi soir, elle sera l'invitée du journal de TF1.