• Les facs doivent accueillir 40.000 étudiants supplémentaires cette année.
  • Ce qui cause amphis bondés, T.D. surchargés, étudiants démotivés.
  • Et la baisse des APL, le risque de voir instaurer la sélection à l’université énervent aussi les étudiants.
  • Le gouvernement essaye d’apaiser ces tensions.

La cocotte-minute conserve encore sa soupape de sécurité, mais pour combien de temps encore ? De nombreux étudiants ont fait leur rentrée ce lundi, d’autres ayant déjà pris le chemin de la fac auparavant. « Mais cette rentrée est particulièrement compliquée et inquiétante pour les conditions de réussite des étudiants », prévient Lilâ Le Bas, présidente du syndicat étudiant Unef.

Car les universités doivent encore faire face au choc démographique avec près de 40.000 étudiants en plus à accueillir. Une tendance à la hausse qui est encore plus marquée qu’à la rentrée universitaire 2016 où les facs avaient déjà dû absorber 32.400 étudiants supplémentaires. Anne Laude, doyenne de la faculté de droit de l’université Paris-Descartes la constate dans ses propres murs : « depuis trois ans, on assiste à une hausse de 10 % des étudiants en licence. Ce qui représente 250 étudiants de plus à cette rentrée », confie-t-elle à 20 minutes. Et elle n’a pas pu anticiper la préparation de la rentrée autant qu’elle l’aurait souhaité : « Je ne connais les effectifs étudiants que depuis une semaine. Car il a fallu attendre la fin de la procédure APB (admissions post-bac) et j’ignorais aussi combien d’étudiants allaient redoubler leur licence », explique-t-elle. Du coup, il lui manque encore des chargés de travaux dirigés (TD) qu’elle doit recruter en urgence.

Les facs repoussent les murs

La situation est particulièrement tendue dans de plusieurs universités, comme l’observe Lilâ Le Bas : « c’est le cas à Nanterre, Paris 1, Strasbourg, Montpellier, Aix-Marseille », énumère-t-elle. « Et ce sont toujours les filières droit, staps, psychologie, sciences humaines, paces qui payent le plus lourd tribut. Cette année encore, les amphis sont bondés, les étudiants sont souvent assis par terre ou doivent rester debout, faute de places assises », renchérit Jimmy Losefeld, le président de la Fage.


Et les séances de travaux dirigés qui devraient idéalement n’accueillir qu’une vingtaine d’étudiants pour assurer une bonne interaction avec les enseignants, croulent sous le nombre d’étudiants. « Dans certains TD., il y a 45 étudiants Ce n’est pas idéal pour pouvoir apprendre, d’autant que les nouveaux étudiants découvrent un nouvel univers. Et les enseignants se plaignent aussi de leurs difficiles conditions d’exercice », indique Anne Laude. Pourtant une bibliothèque flambant neuve, permettrait de désengorger certaines salles, en accueillant des groupes de T.D. « Mais, elle est fermée pour quelques malfaçons », déplore la doyenne.

Trouver des solutions pour faire face à ce surbooking

Pour compenser ces difficultés, l’université a mis le paquet sur l’accompagnement des néos-étudiants : « On a mis en place un système de parrainage d’un étudiant de L1 par un étudiant de L2 et nous proposons des ateliers de techniques rédactionnelles pour les aider », informe Anne Laude.

D’autres facs tentent aussi de trouver des solutions pour faire face à ce surbooking : à l’université de Strasbourg, certains enseignements ont désormais lieu le soir et le samedi. Dans d’autres facs, les cours magistraux sont filmés et diffusés simultanément dans plusieurs amphis. « Et en paces à Grenoble, certains cours magistraux sont remplacés par des Mooc », indique Jimmy Losefeld.

D’autres sources de mécontentements pour les étudiants

Outre ces conditions de démarrage pas évidentes pour les néo-étudiants, ce n’est pas le seul problème qui agite les facs. Car il reste encore 3.000 bacheliers sans affectation à l’université, selon les derniers chiffres donnés par la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal. Ce sont essentiellement des bacheliers issus de filières techniques et professionnelles. « La plupart d’entre eux n’ont pas été sélectionnés pour intégrer un BTS ou un DUT. Et ils n’ont pas envie de s’inscrire en licence généraliste », précise Jimmy Losefeld. « On va leur faire des propositions mais on va avoir un problème d’adéquation, une fois de plus, entre ce qu’ils ont envie de faire et les filières dans lesquelles ils vont se retrouver », a d’ailleurs reconnu Frédérique Vidal la semaine dernière. Il risque donc d’y avoir encore des orientations par défaut…

D’autres inquiétudes taraudent la communauté étudiante : notamment les concertations en cours entre les organisations étudiantes et le ministère sur les modalités d’entrée dans le supérieur. Et qui pourraient aboutir à la mise en place de la sélection à l’entrée de l’université par le biais deprérequis : « Tout risque de nous voir imposer la sélection n’est pas écarté », commente Jimmy Losefeld. « On a du mal à savoir comment cela va être tranché par le gouvernement et cela nous inquiète », confirme Lilâ Le Bas.

Le gouvernement conscient du « péril jeunes »

« Et si l’on ajoute à toutes ces inquiétudes, la baisse de 5 euros des APL qui va toucher 800.000 étudiants dès le 1er octobre, la non-revalorisation des bourses et la réforme du droit du travail qui va précariser les jeunes, les étudiants sont déjà très énervés », prévient Lilâ Le Bas. L’Unef a d’ailleurs prévu de dévoiler cette semaine un site baptisé « Vie d’étudiants », où chacun pourra répondre à un questionnaire, poster ses photos et ses commentaires sur les conditions de rentrée. De quoi alimenter un peu plus la grogne qui monte.

Conscient de cette bombe à retardement qui pourrait exploser, le gouvernement a d’ores et déjà tenté d’apaiser les tensions. La semaine dernière, Frédérique Vidal a annoncé que le budget du ministère de l’Enseignement supérieur serait augmenté de 700 millions d’euros en 2018. Cela suffira-t-il pour détendre l’atmosphère dans les facs ?

 

>> Vous pouvez témoigner sur vos conditions de rentrée en envoyant un mail à contribution@20minutes.fr. Les contributions les plus pertinentes serviront à la rédaction d’un futur article.