Procès en appel de Sofiane Rasmouk: «On a l’impression de jouer notre vie, une seconde fois»

TÉMOIGNAGE Le procès en appel de Sofiane Rasmouk s’ouvre ce jeudi à Versailles (Yvelines)... 

Helene Sergent

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Priscilla (à g.) a été violemment agressée en bas de son immeuble en août 2013 à Colombes.

Priscilla (à g.) a été violemment agressée en bas de son immeuble en août 2013 à Colombes. — H.S/20 Minutes

  • Sofiane Rasmouk comparaît ce jeudi en appel devant le tribunal de Versailles pour « tentative de viol », « tentative d’homicide », « viol » et « vol ».
  • Il a été condamné à la perpétuité en 2016 par la cour d’Assises de Nanterre.
  • Priscilla, partie civile au procès, avait été retrouvée agonisante dans une mare de sang dans le hall de son immeuble en août 2013 à Colombes (Hauts-de-Seine).

« C’est une miraculée », s’étonne encore Ghislaine. Un « cas médical » que neurochirurgiens et réanimateurs ne s’expliquent pas. Quand sa fille Priscilla est admise à l’hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine) dans la soirée du 7 août 2013, elle est plongée dans un profond coma, son pronostic vital est engagé. Les coups portés ont été si violents qu’ils ont partiellement ouvert sa boîte crânienne et déplacé son cerveau. « Son visage, c’était de la pulpe », confiera un médecin.

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« C’est toute votre vie qui est bousculée. J’ai été obligée de m’arrêter de travailler. Priscilla a été hospitalisée pendant des mois, son état est resté très longtemps instable. Aujourd’hui, elle continue de suivre une rééducation – orthophonie, orthoptie, kinésithérapie, ergothérapie – mais elle a besoin d’aide au quotidien. Elle a des troubles importants de la mémoire immédiate, elle ne peut pas écrire correctement, sa vision n’est pas toujours nette et elle a encore des problèmes d’équilibre. Je n’aurai un avenir que quand elle en aura un, c’est dur à entendre, mais la réalité, c’est ça », analyse la mère de Priscilla.

Pour la seconde fois, Priscilla et Sandra, l’autre victime dans la procédure, vont devoir retrouver le chemin du tribunal. Après un premier procès, brutal et chaotique, qui a abouti en 2016 à la condamnation à perpétuité de leur agresseur présumé Sofiane Rasmouk, toutes deux doivent assister à partir de ce jeudi à  son procès en appel, devant la cour d’assises des Yvelines.

« Un challenge »

« C’est stressant (…) Vous avez l’impression de jouer votre vie. Une seconde fois », concèdent la jeune femme et sa mère à quelques jours du procès. Déterminées, elles abordent cette nouvelle audience comme un challenge : « Il va falloir convaincre, trouver les bons mots, saisir le moment et dire tout ce qu’il y a à dire parce qu’il n’y aura pas de session de rattrapage », lance Ghislaine, 59 ans, ancienne régisseuse aujourd’hui entièrement dévouée à sa fille.

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En première instance, l’accusé a fait voler en éclats son propre procès. Violent, paranoïaque, menaçant et insultant tour à tour magistrats, témoins, avocats et victimes, il n’a cessé de nier le viol sauvage de Sandra, l’autre victime agressée le même soir à quelques mètres du domicile de Priscilla. Tout juste a-t-il concédé « quelques gifles » contre cette dernière. Réfutant toutes les preuves matérielles – téléphonie, vidéosurveillance, ADN retrouvé sur les victimes – Sofiane Rasmouk dénonçait un « complot policier ».

« Un procès long, pénible, laborieux »

Une personnalité explosive que redoutent Priscilla et sa mère, parties civiles dans ce procès : « D’un côté, on se dit que ça va être plus facile parce qu’on est déjà passées par là il y a un an, et d’un autre côté, on ne sait pas comment il va se comporter..Ce sera probablement long, pénible et laborieux comme l’année dernière. »

Autre inquiétude, celle du temps qui passe et abîme la mémoire. « Les faits se sont déroulés il y a quatre ans maintenant. On a peur que les souvenirs des témoins soient moins nets, les faits plus édulcorés », lance Ghislaine.

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De cette agression survenue en bas de chez elle à Colombes (Hauts-de-Seine), Priscilla, elle, ne garde aucune image, aucun son. « J’ai les récits qu’on m’a racontés, les reportages vus à la télé… Et cette grande cicatrice que je peux sentir le long de mon crâne quand je me lave les cheveux », décrit-elle pudiquement. L’issue de ce procès signera-t-elle un semblant de reconstruction ? « Mon psy me l’a dit, ça ne sert à rien de commencer une thérapie sur le fond, tant que vous n’êtes pas sortie de tous vos procès », concède Ghislaine.

Une ultime procédure pourrait continuer de les mobiliser. En 2015, deux ans après l’agression de sa fille, Ghislaine a décidé de porter plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Le jour des faits, Sofiane Rasmouk était incarcéré et bénéficiait d’une semi-liberté. Cette nuit du 7 août 2013, il réintègre sa cellule avec plusieurs heures de retard, manifestement ivre et les baskets tachées de sang. Pas suffisant pour alerter l’administration pénitentiaire. « On lui a délivré un permis de massacrer », dénonce la mère de Priscilla.