• Fabienne Kabou est jugée en appel pour infanticide.
  • Elle reconnaît les faits mais dit avoir été envoûtée.
  • Le verdict est attendu vendredi.

A la cour d’assises d’appel du Nord, à Douai

C’est un agenda tout bête. Mais il abrite un véritable bestiaire. Des félins. Des araignées tégénaires. Des couples de corbeaux. Des papillons de nuit. Et même Eric Zemmour en « bras de chemise ». Tous les « rêves » et « phénomènes étranges » que Fabienne Kabou a ressentis et consignés sur papier jusqu’au 19 novembre 2013.

>> Pleureuse, recluse, délirante: L'énigme Fabienne Kabou

A cette date précise, elle a inscrit « Vague ». Et selon elle, « ça se passe de commentaires. » Fabienne Kabou est jugée, en appel, pour avoir déposé Adélaïde, son bébé de 15 mois, sur une plage de Berck (Pas-de-Calais). Elle ne nie pas les faits.

« Je cours. Je cours droit devant. Et quand je sens mes bottes, mes pas alourdis par le sable un peu trop mouillé, je m’arrête et je serre ma fille contre moi. Elle est bien détendue. Je lui donne le sein. Et puis, je crois que je la dépose. Elle me tient quelques pas. J’attends qu’elle pleure. Elle ne pleure pas. Je m’enfuis », raconte-t-elle ce mercredi.

La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013.
La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013. - DENIS CHARLET / AFP

« Je suis consciente que je vais probablement lui faire du mal… »

Dans ce procès, c’est la première fois que Fabienne Kabou parle des faits dans leur horreur la plus brute. Car, elle aimait « Ada ». Cet « émerveillement ». Ce n‘était pas un rayon de soleil. « C’était le soleil ! » Elle lui a même demandé « pardon » avant de l’abandonner aux flots mortels. « Pourquoi ? », l’interroge Pascale Girardon, l’avocate générale. « Parce que je suis consciente que je vais probablement lui faire du mal », répond l’accusée dans une formule terrible.

Mais elle n’a pas pu s’en empêcher. Et pour tenter de l’expliquer, elle en revient nécessairement aux « phénomènes étranges » qui noircissent son agenda. « J’avais l’impression d’avoir une arme sur la tempe, reprend-elle. Il y a deux personnes qui vont à Berck avec Ada. Enfin… Il y a deux volontés dans ma tête. Et je n’ai pas été assez forte… »

Fabienne Kabou lors de son procès en 2016.
Fabienne Kabou lors de son procès en 2016. - B.PEYRUCQ / AFP

Les experts toujours aussi divisés sur son cas

Pas assez forte malgré les guérisseurs, les sacrifices de bœufs et les marabouts appelés à la rescousse pour retourner le sort dont cette femme, née au Sénégal en 1977, se dit victime. Ces « choses de sorcellerie » que la cour d’assises « ne peut pas comprendre », selon Angèle, sa propre mère qui l’a précédée à la barre, mercredi.

Folle ? Quatre ans après, les experts sont toujours aussi divisés sur la question. Pour le psychologue Yves Delannoy, « elle a très bien compris la portée de son voyage ». Pour la psychiatre Maroussia Wilquin, Fabienne Kabou est, à l’inverse, une « malade mentale » dont la peine doit être allégée.

La principale intéressée, elle, oscille toujours entre les deux thèses. « Je n’ai jamais nié être malade, a-t-elle admis. Ce que je dis, c’est qu’il y a autre chose. Et ce n’est pas refuser la maladie que de dire ça. » Le verdict est attendu vendredi.

Suivez en direct la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem