L'homme qui voulait s'en prendre à une députée socialiste condamné pour terrorisme

JUSTICE Ousmane Nimaga a été condamné ce mardi à cinq ans de prison...

Thibaut Chevillard

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Illustration d'une cour d'assises au palais de Justice de Paris.

Illustration d'une cour d'assises au palais de Justice de Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

  • Ousmane Nimaga, 34 ans, avait indiqué aux autorités, en 2015, qu’il voulait s’en prendre à une élue socialiste.
  • Il comparaissait ce mardi devant les juges du tribunal correctionnel de Paris.

Ousmane Nimaga est-il un dangereux individu radicalisé ? Ou juste un type un peu paumé en mal d’attention ? Les juges ont tranché et ont décidé, mardi soir, de condamner cet homme de 34 ans à une peine de 5 ans de prison, assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve de 30 mois. La justice est convaincue qu’il avait fomenté un projet d’attentat contre une députée socialiste parisienne en 2015, ce qu’il réfute aujourd’hui.

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Le 29 octobre 2015, Ousmane Nimaga passe un coup de fil à au centre national d’appel pour la prévention de la radicalisation, le numéro vert mis en place par le gouvernement pour signaler les cas de radicalisation. Il explique à son interlocuteur être sorti récemment de détention après avoir purgé une peine pour trafic de stupéfiant. Inconnu des services spécialisés, il affirme reçu des instructions de ses codétenus pour tuer une députée, afin de « servir la cause ».

Le lendemain, il est entendu par les agents de la direction du renseignement de la Préfecture de police dans le cadre d’un entretien administratif. Il leur explique avoir côtoyé au centre pénitentiaire de Réau des détenus radicalisé et avoir envisagé de tuer un représentant de l’Etat. Il donne un nom : celui d’une élue socialiste parisienne qu’il devait rencontrer quelques jours plus tard dans son bureau du palais Bourbon.

Le parquet décide alors d’ouvrir une enquête qu’il confie à la brigade criminelle. Ce 30 octobre, dans la soirée, les policiers se rendent à son domicile, dans le 10e arrondissement de Paris, et l’interpellent. Au cours de la perquisition, ils découvrent notamment un marteau, dont le manche est recouvert de scotch et la partie métallique d’une chaussette. Un outil qu’il dit porter en permanence sur lui afin de pouvoir se défendre.

« Instructions implicites »

Aux policiers qui l’entendent en garde à vue, il raconte les conditions « extrêmes » de sa détention en Martinique et leur confie avoir trouvé refuge dans la religion. Mais c’est en Seine-et-Marne qu’il se serait radicalisé, au contact de prisonniers condamnés dans le cadre d’affaires terroristes. L’un d’eux, qu’il qualifie de « père spirituel », lui aurait même donné des « instructions implicites » de commettre un attentat en France. « C’est un terme que j’ai employé sans en connaître la portée », dit-il aujourd’hui.

Ce drôle de type, qui a arrêté l'école en seconde mais qui parle cinq langues, explique aussi que depuis sa sortie de détention, huit mois plus tôt, il souhaite créer une Web TV consacrée aux quartiers populaires. Il est pour cela en train de monter une association et recherche activement des financements. Il a obtenu un rendez-vous quelques jours plus tard avec l’élue parisienne et dit espérer qu’elle lui verse une partie de sa réserve parlementaire.

C’est là, dit-il, qu’il aurait décidé de s’en prendre à elle. « Cela a réveillé en moi une haine contre l’état. L’islam radical a ressurgi, je ne sais pas comment vous expliquer », avait alors confié aux policiers cet homme qui se décrit aujourd’hui comme étant un « musulman light ». Sa version a ensuite évolué, jusqu’à nier catégoriquement tout projet d’agression.

« Cela n’avait rien à voir avec la radicalité »

Devant les juges, il a ainsi expliqué s’être dénoncé afin de trouver de l’aide dans une période de « désespérance » professionnelle et sentimentale, sa compagne l’ayant mis à la porte de son domicile. « Cela n’avait rien à voir avec la radicalité », a-t-il ajouté, concédant seulement avoir été « imprégné » en prison par « les insanités » diffusées par des codétenus radicaux mais s’en être rapidement éloigné.

Les magistrats lui font portant remarqué qu’il avait fait des recherches sur internet concernant les « loups solitaires ». Mais « je ne suis pas un Mohamed Merah », s’est-il défendu. Il a aussi avoué avoir regardé la vidéo du pilote jordanien immolé dans une cage par l’Etat islamique. Il avait, dit-il, été très choqué par cette exécution mais n’avait pas pu voir la vidéo durant son séjour en prison.

« La cohérence fait cruellement défaut à Monsieur Nimaga », a affirmé son conseil, Me Marie-Pompéi Cullin, demandant sa relaxe. « C’est un musulman en carton, il n’a pas de barbe, ne sait même pas où se trouve la mosquée près de chez lui », poursuit son avocate. Les juges ont malgré tout estimé que l’intention terroriste ne faisait « aucun doute au regard du choix de la cible ». Il repart à la prison de Nanterre, où il a été placé en cellule d’isolement.