Infanticide à Berck: Fabienne Kabou est «malade» mais elle a été «maraboutée», assure Michel Lafon

PROCÈS Michel Lafon, l’ancien compagnon de Fabienne Kabou, a témoigné, ce mardi, devant la cour d’assises de Douai...

Vincent Vantighem

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Michel Lafon, père d'Adélaïde, lors du procès aux assises de Saint-Omer de  Fabienne Kabou, le 20 mai 2016

Michel Lafon, père d'Adélaïde, lors du procès aux assises de Saint-Omer de Fabienne Kabou, le 20 mai 2016 — PHILIPPE HUGUEN AFP

  • Fabienne Kabou est jugée en appel pour assassinat à Douai.
  • Elle a déposé sa fillette de 15 mois sur la plage de Berck.
  • Son ancien compagnon a témoigné près de trois heures.

A la cour d’assises d’appel du Nord, à Douai

En 71 ans d’existence, il a toujours demandé à ses enfants de l’appeler « Michel ». Pourquoi ne pas leur avoir appris à dire « Papa », l'interroge-t-on ? « Et pourquoi pas ? », répond Michel Lafon sans une hésitation. Personne ne lui demanderait sans doute de se justifier si Fabienne Kabou n’occupait pas le box des accusés de la cour d’assises du Nord, à Douai.

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Seulement voilà, son ancienne compagne comparaît pour avoir déposé Adélaïde, leur bébé de 15 mois, sur le sable d’une plage de Berck (Pas-de-Calais), à la marée montante en 2013. Les dix années précédentes, ils les ont passées ensemble. Et voilà Michel Lafon investi d’une mission : éclairer la cour d’assises sur celle qu’elle juge aujourd’hui en appel. Expliquer l’inexplicable. 

Les faits sont sordides. A leur rapide lecture, Michel Lafon pourrait d’ailleurs apparaître, au pire, comme celui qui a couvert les agissements de son « amour » ; au mieux, comme celui qui n’a rien vu de l’état mental qui l’a conduite à abandonner leur fillette aux flots mortels.

La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013.
La plage de Berck-sur-Mer où le corps sans vie d'Adélaïde, 13 mois, a été découvert en 2013. - DENIS CHARLET / AFP

Le temps du « paradis » avec Fabienne

« Elle m’a menti sur tout… » finit-il par lâcher au bout de trois heures d’audition, comme s’il devait trancher le débat. Difficile à croire a priori. Mais Michel Lafon a réponse à tout. La thèse de philosophie qu’elle préparait chez eux sans même avoir eu une licence ? « Elle avait deux ordinateurs et je n’y ai jamais touché. » L’accouchement, seule, dans leur atelier de Saint-Mandé ? « Elle m’a dit qu’elle était avec sa mère, à la clinique des Bleuets. » Le fait que la petite n’a jamais été déclarée à l’état civil ? « Une erreur technique. »

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Ne restent que les délires. Ces moments où Fabienne Kabou « sifflait de jalousie ». Où elle parlait des murs qui tonnent, de la musique qui se met en route toute seule et des voix dans sa tête. « A cette époque, on a diagnostiqué un syndrome de Cotard [un grave trouble mental] chez mon frère. Il était fou à lier ! A côté de ça, les crises de Fabienne, ce n’était pas grand-chose… », se désole-t-il.

Pas grand-chose, surtout, au regard « des jours heureux » qu’il coulait avec cette femme de 31 ans sa cadette. Adélaïde allait bientôt à apprendre à l’appeler « Michel ». Ils vivaient dans un atelier d’artiste inadapté à un nouveau-né. Ils faisaient du « co-sleeping ». Ils ne voyaient plus personne. Fabienne Kabou n’avait ni compte en banque, ni Sécurité sociale. Mais c'était une mère « magnifique ». Et, pour lui, c’était « le paradis ».

Fabienne Kabou lors de son procès en 2016.
Fabienne Kabou lors de son procès en 2016. - B.PEYRUCQ / AFP

Les sacrifices de bœufs et de moutons en Afrique

Jusqu’au jour où il l’a emmenée au bus 86 qui, après plusieurs étapes, l’a finalement conduite à la plage de Berck. « Le ciel m’est tombé sur la tête quand j’ai appris la mort d’Ada », témoigne-t-il aujourd’hui. Car ce n’est qu’après qu’il a mesuré l’ampleur du désastre. Pour cela, Michel Lafon a cherché. Sur la facture de téléphone, il a trouvé des numéros de voyants en Guinée. Dans un carnet, il a lu le décompte des sacrifices de bœufs et de moutons commandés en Afrique. « En un mot, elle a été maraboutée. ». Et il sait de quoi il parle. Il a bossé dix ans en Afrique.

C’est justement la seule explication fournie par celle que la cour juge aujourd’hui. Les parties civiles relancent donc Michel Lafon sur le sujet. « Si les docteurs disent qu’elle est malade, alors elle est malade. Mais j’avoue que je ne sais pas où on en est (…) L’aspect ethnique n’a peut-être pas été assez abordé… »

« Je veux bien être la plus grande des folles »

La présidente de la cour donne alors la parole à Fabienne Kabou. Elle commence par assurer qu’elle n’a pas grand-chose à dire. Et se ravise presque malgré elle. Elle parle alors de la présence de sa fille « au bout de la lame du couperet », des « deux pays » qu’elle a visités pour retourner le sort. De « Merlin l’enchanteur » qu’elle préfère au mythe africain de « Mamie Wata » et de « l’excuse facile » de la maladie mentale. « Je veux bien être folle. Je veux bien être la plus grande des folles. Mais alors, on est plusieurs à être dans ce cas-là ! »

Face à elle, les neuf jurés écarquillent les yeux. Ils se rappellent alors sans doute ce que Michel Lafon a glissé, deux heures plus tôt, au milieu de sa déposition. « Pour eux, ça va être difficile de juger. Ils vont devoir décider en leur âme et conscience. Ça va être terrible. » Le verdict est attendu vendredi.

Suivez l’audience en direct sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem