• Le film «Mary» raconte le destin particulier d'une petite fille de 7 ans surdouée en mathématiques et le combat de son oncle pour lui offrir une enfance normale. 
  • L'occasion de se pencher sur les spécifitcités de ces enfants précoces qui sont parfois en échec scolaire. 
  • Comment accompagner au mieux ces enfants? 20 Minutes a demandé leurs conseils à trois spécialistes, mère, enseignante et formatrice.

On les appelle les enfants zèbres, précoces, enfants à Haut Potentiel (HP), surdoués… Certains d’entre eux vont peut-être se retrouver dans le portrait de Mary. Le film Mary sort sur grand écran ce mercredi et suit les pas d’une fille de sept ans surdouée accompagnée par une institutrice très investie. L’occasion de s’intéresser aux divers challenges que les enseignants en primaire doivent relever pour aider ces enfants précoces.

 

 

Beaucoup d’échec scolaire chez les précoces

« Contrairement à ce qu’on pense, les enfants surdoués ne sont pas toujours scolaires !, assure Alexandra Reynaud, auteur du blog et livre Les Tribulations d’un petit zèbre. D’ailleurs, deux tiers des enfants précoces traversent des difficultés à l’école pouvant aller jusqu’à l’échec scolaire. « Beaucoup subissent l’école et ressentent une grande souffrance, assure  Doris Perrodin, spécialiste de l’éducation des enfants à haut potentiel. La petite Mary, elle a du répondant. Mais beaucoup de filles précoces se replient sur elles-mêmes, lissent leurs capacités. » Comment éviter cette situation ?

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Détecter l’enfant précoce

Dans Mary, c’est l’institutrice qui prévient que cette petite fille n’a rien à faire dans une classe de CP. « Dans la réalité aussi, c’est souvent les enseignants qui alertent les parents qui ne se sont pas rendus compte que l’enfant est surdoué », précise Alexandra, mère d’un enfant précoce. « Parfois même, les parents taisent volontairement cette particularité, complète Elsa Autain-Pléros, enseignante et auteure Je suis précoce, mes profs vont bien.

A condition que l’enseignant soit assez vigilant aux signes. « Malheureusement, certains enseignants ont une image qui ne correspond pas à la réalité, regrette Alexandra Reynaud. Ils attendent un génie absolu… » Et les familles se heurtent parfois aussi au déni. « Il arrive que les enseignants refusent de reconnaître que l’enfant, surtout quand c’est une fille, est vraiment surdouée, souligne Doris Perrodin. Ils vont dire qu’elle est poussée par ses parents. »

La bonne attitude reste un savant équilibre. « Ni le mettre sur un piédestal, ni nier sa différence, résume Alexandra Reynaud. Même les plus petits expriment ce sentiment de décalage par rapport aux copains. Si on lui refuse cette différence, cela peut entraîner une inhibition intellectuelle. Aujourd’hui, chaque académie doit avoir un référent pour ces enfants zèbres et l’école doit faciliter la détection de ces enfants. « Malheureusement l’aménagement privilégié, c’est le saut de classe », nuance-t-elle.

Des caractéristiques à prendre en compte

Mais au-delà de cette décision parfois nécessaire, quelques aménagements peuvent suffire. « Les enfants précoces ne supportent souvent pas l’autorité », reprend Elsa Autain-Pléros, enseignante au collège. Et sont souvent très curieux. « C’est compliqué pour l’instituteur de faire son cours s’il est interrompu sans cesse », reconnaît Alexandra Reynaud. « D’autant que l’enfant va déterminer sa capacité à apprendre par l’affectif et qu’il est hypersensible », complète Elsa Autain-Pléros, qui propose des formations à ses collègues pour mieux accompagner ces enfants.

L’enseignant doit donc adapter sa pédagogie… sans laisser de côté tous les autres élèves. « Ce n’est pas évident d’éviter de l’ennuyer sans le gaver d’enseignements », reconnaît Doris Perrodin. Souvent, les professeurs proposent des exercices en plus. « Mais il faut réfléchir à une adaptation qualitative plutôt que quantitative », conseille-t-elle. Et l’encourager dans ses passions.

Autre difficulté : les enfants surdoués détestent la répétition et ont beaucoup de mal à effectuer un exercice s’ils n’en comprennent pas le sens. « Le rabâchage en classe comme pour les devoirs les use beaucoup », souligne Alexandra Reynaud.

Eviter la stigmatisation

Mais beaucoup relèvent le défi. « Tout est dans l’attitude de l’enseignant, synthétise Doris Perrodin. L’enfant doit être considéré comme un plus pour toute la classe, plutôt que comme une menace. » Quand la confiance règne entre professeur, parents et enfant, il peut faire d’énormes progrès. « Quand on tombe sur un enseignant bienveillant, on voit la différence, témoigne Alexandra Raynaud. En CE1, mon fils avait une enseignante débutante compréhensive et cela a facilité l’année pour lui et toute la famille. »

« Le challenge pour l’enseignant, c’est de reconnaître qu’il y a un apprentissage différent, mais de l’encourager à s’épanouir avec ses camarades », reprend Elsa Autain-Pléros.

Car le gros risque, c’est aussi que l’enfant soit mis à l’écart. « Les "je sais tout", ça agace », lance Mary, héroïne du film éponyme. Une stigmatisation qui peut aller loin. « Les instituteurs doivent être très vigilants sur le harcèlement, reprend l’auteure des Tribulations d’un petit zèbre. Les enfants précoces sont des cibles idéales, car ils s’écartent de l’ordinaire. Comme ce sont des enfants à fleur de peau, quelque chose qui peut passer pour du jeu peut se transformer en violence. »