Voyance: Pourquoi les jeunes veulent-ils se faire prédire l'avenir?

SOCIETE Curieux de savoir ce que l’avenir leur réserve, de jeunes vingtenaires et trentenaires consultent des voyants…

Anissa Boumediene

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Parmi ceux qui consultent des voyants, on retrouve des vingtenaires et des trentenaires, avides de savoir ce que leur réserve l'avenir.

Parmi ceux qui consultent des voyants, on retrouve des vingtenaires et des trentenaires, avides de savoir ce que leur réserve l'avenir. — SUNSHINE INTERNATIONA/SIPA

  • Parmi leurs clients, les voyants comptent une part de vingtenaires et de trentenaires désireux de savoir ce que le futur leur réserve.
  • Pour ces jeunes, le besoin de réconfort et de repères dans des périodes de stress ou de difficultés explique bien souvent leur recours aux voyants.

Vais-je enfin trouver un boulot ? Rencontrer le grand amour ? Combien aurai-je d’enfants ? Bref, que me réserve l’avenir ? Pour les plus impatients, pas question d’attendre que le futur ne devienne le présent pour savoir ce qu’il leur réserve. Et pour obtenir des réponses à ces questions a priori insolubles, certains se tournent vers la voyance. Une tendance loin de n’être qu’un « truc de vieille dame », alors que de plus en plus de vingtenaires et de trentenaires s’intéressent aux arts divinatoires pour tenter de savoir ce que le destin a écrit pour eux. Mais pourquoi ? Nos internautes témoignent de ce que la voyance leur apporte.

« Besoin de réconfort »

« La première fois que j’ai consulté une voyante, j’avais 20 ans, j’étais mal dans ma peau et avec un grand manque de confiance en moi », se souvient Tom*, aujourd’hui âgé de 22 ans. La voyante, « la mère d’une collègue de travail », le met « rapidement en confiance. Elle m’a décrit comme si elle me connaissait depuis toujours puis m’a "prédit" mon avenir un décès à l’automne dans mon entourage, une perte de poids, un déménagement et un changement professionnel, se souvient-il. Un an après, j’ai perdu un de mes arrière-grands-parents, j’ai déménagé dans une autre ville, j’ai perdu 25 kg et j’ai repris mes études pour changer de métier ».

« Certains vont avoir recours à un psychologue pour obtenir des conseils pour faire évoluer leur vie et d’autres vont préférer consulter une voyante pour recevoir une bonne parole porteuse d’espoir, décrypte le Dr Dan Véléa, psychiatre addictologue. Les gens, et les jeunes en particulier, consultent des voyants parce qu’ils sont en quête de repères, d’encouragements, pour combler leur besoin de réconfort. De la même manière que ceux qui souffrent de TOC, ceux qui recourent à la voyance se réfugient dans des rituels, ici divinatoires, qui les rassurent ».

Mal-être et doutes

Anna*, la trentaine, croit « à la voyance et aux arts divinatoires depuis l’adolescence ». Elle n’a consulté que quelques fois dans sa vie, « par hasard et par le bouche-à-oreille ». Mais la jeune femme le reconnaît, « à chaque fois que j’ai vu une voyante, c’est à des moments où j’étais mal, quand j’étais en conflit avec mon père, quand j’ai eu des doutes dans mon couple, sur la tournure que ma vie prenait ou sur des relations dont je sentais qu’elles étaient toxiques, confie-t-elle. Ce qui pousse à consulter une voyante, c’est quand on n’est pas bien dans sa tête et dans sa vie, pas quand tout est rose. Aujourd’hui, tout va bien pour moi et je n’ai à cet instant pas envie de retourner voir une voyante ». La sœur d’Anna, elle, consulte encore assez régulièrement chiromanciennes et tireuses de cartes. « Pour savoir si elle retrouvera un emploi, si la personne qu’elle fréquente sera celle avec qui elle fera sa vie, raconte Anna. Quand on se sent en détresse, la voyance est une béquille émotionnelle ».

Après s’être installé dans sa nouvelle ville, Tom est « tombé follement amoureux d’un collègue » et a de nouveau consulté un voyant, pour savoir si cet amour qui semblait être à sens unique serait un jour réciproque. « Le voyant m’a prédit que je rencontrerai quelqu’un d’autre, que j’aimerai profondément et avec qui je m’unirai. Et j’ai ensuite rencontré mon nouvel amoureux, avec qui je suis aujourd’hui pacsé ». Une « prédiction » qui s’est donc révélée exacte. « Mais dans ce type de situations assez génériques, à l’instar d’un chagrin d’amour, il y a grosso modo une chance sur deux pour que vous refassiez votre vie et qu’ainsi la "prédiction" se réalise, tempère le Dr Dan Véléa, c’est hasardeux. Encore une fois, on est dans le registre de la parole rassurante ».

« De fins psychologues »

Pour Tom, la voyance « était littéralement devenue une addiction : j’étais mal en arrivant à ma séance et j’en sortais totalement euphorique. Et s’il est vrai que les "prédictions" se sont réalisées, je serais bien incapable de dire s’il s’agit d’un don ou de charlatanisme, concède le jeune homme. En revanche, je suis convaincu que les voyants sont de fins psychologues qui savent écouter, et deviner des choses à votre sujet ». Elle aussi ancienne « accro à la voyance », Florence* a mis un terme à son addiction, grâce à « une bonne thérapie avec un psy. Désormais, c’est fini tout ça ! »

Anna, elle, est moins catégorique. Avoir un penchant pour les arts divinatoires et à « ce qui touche à l’ésotérisme », c’est aussi pour elle un moyen de « satisfaire une quête de nouvelle spiritualité, au-delà des religions ». Persuadée que « des phénomènes nous dépassent et que des énergies circulent autour de nous », la jeune femme continue à « croire en la voyance et au pouvoir de la pensée positive », ainsi qu’aux bienfaits d’une « séance occasionnelle chez un magnétiseur, pour se remettre les énergies en place ». Mais se considère toutefois comme « seule maîtresse de [s] on destin ».

 

* Les prénoms ont été changés

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