Contrôles de vitesse externalisés: «Une mesure grotesque d’un ministre influencé»

INTERVIEW Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, réagit à l’annonce d’externalisation du contrôle de vitesse par le ministre de l’Intérieur, samedi…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration d'un radar embarqué dans un véhicule des forces de l'ordre, le 24 octobre 2013 à Bordeaux

Illustration d'un radar embarqué dans un véhicule des forces de l'ordre, le 24 octobre 2013 à Bordeaux — SERGE POUZET/SIPA

Le ministre de l’intérieur Gérard Collomb a réaffirmé samedi aux journaux régionaux du groupe Ebra qu’il veut confier les contrôles de vitesse à des sociétés extérieures. Celles-ci seraient chargées du pilotage des voitures banalisées transportant les radars mobiles. Cette mesure vise à réaffecter les gendarmes et policiers « à leurs missions prioritaires d’enquête, de sécurité », a dit le ministre. La verbalisation des automobilistes « restera de la compétence des policiers », a précisé Gérard Collomb. Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, réagit à ces annonces…

Comment recevez-vous ces annonces d’externalisation du contrôle de vitesse, samedi ?

C’est une mesure grotesque d’un ministre, Gérard Collomb, qui s’est laissé influencer par la Sécurité routière. Cette mesure, je le dis, n’apportera rien et est précipitée. Il y a eu une simple expérimentation réalisée entre les deux tours de la présidentielle. C’est dire le manque d’information de la part du ministre et de ses conseillers, mais aussi le travail d’influence de la Sécurité routière…

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Selon le ministre, les communes externalisent déjà pour les fourrières avec des délégations de service public « et cela fonctionne », dit-il…

On parle de choses différentes ! La vraie question est de savoir si ces radars mobiles sont utiles ou non pour la prévention. Clairement, non. Envoyer un PV trois semaines après une infraction prise en photo sans flash depuis une voiture où il y a un radar embarqué, je ne vois pas où est la prévention. Et avec l’externalisation des contrôles de vitesse, les voitures de ces sociétés extérieures n’auront aucun pouvoir d’intervention. A quoi cela va-t-il servir ? A rien, car il n’y aura rien pour prévenir les accidents.

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Selon le ministre, cette externalisation a pour but de recentrer les gendarmes et policiers sur leurs missions de sécurité. Est-ce selon vous un argument pertinent ?

C’est sûr que réaffecter environ 400 gendarmes et policiers, ça va changer du tout au tout sur la sécurité ! On voit bien ici que la volonté de l’Etat, c’est se faire de l’argent.

Gérard Collomb assure pourtant que les sociétés extérieures « seront rémunérées au forfait et pas en fonction du nombre de procès-verbaux ». Ce qui devrait exclure une course au PV…

Et vous croyez que lorsqu’il y aura un renouvellement d’appel d’offres, l’Etat ne regardera pas l’efficacité de ces sociétés à multiplier les PV ? C’est une question de productivité : si vous ne rapportez pas d’argent, vous n’aurez pas le contrat.

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Pensez-vous que Gérard Collomb puisse évoluer sur cette mesure d’externalisation des contrôles de vitesse ?

J’espère qu’il y aura une rencontre, très prochainement, avec le ministre de l’Intérieur, pour que l’on s’explique de manière diplomatique. Car cette mesure, je le rappelle, est en l’état inacceptable. Ensuite, je doute très fortement que le président Emmanuel Macron, très attentif à sa cote de popularité, souhaite devenir vraiment impopulaire avec ce type de dérive. Et, si l’on n’est pas entendu, on sortira l’artillerie lourde.