Prisons : Autoriser les téléphones portables bridés dans les prisons? Un débat sous tension

LIBERTE Après les déclarations d'Adeline Hazan et celle de la ministre de la justice Nicole Belloubet sur l'utilisation des téléphones portables en prison, la polémique enfle...

Arian Karimi

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La Ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Paris, le 9 avril 2017.

La Ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Paris, le 9 avril 2017. — VILLARD/SIPA

  • La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, a proposé que les téléphones portables bridés soient autorités dans les prisons.
  • Actuellement, les détenus passent leurs appels dans des cabines téléphoniques situées à l’intérieur des prisons.
  • Les syndicats pénitenciers se sont opposés à cette mesure qui pourrait engendrer de l’insécurité, selon eux.

Tout est parti d’une simple déclaration de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, au micro de France Inter sur l’utilisation des téléphones portables en prison, le 17 août dernier : « J’ai proposé que soient autorisés dans les prisons des téléphones portables bridés. »

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Cette proposition a ensuite été envisagée par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet : « Cette question n’a rien d’absurde. Il faut donner aux détenus des moyens de communication », affirmait la garde des Sceaux dans La Provence, mardi 22 août. Ces déclarations ont fait réagir les syndicats pénitenciers qui ont vivement critiqué cette proposition, à laquelle ils sont opposés depuis longtemps. C’est sûrement la raison pour laquelle la ministre a rétropédalé, ce mercredi, en déclarant qu’il n’avait « jamais été question » d’autoriser les téléphones portables dans les prisons.

Des téléphones fixes « bridés » à la prison de Montmédy

En détention, les prisonniers ont normalement accès à des cabines téléphoniques. Les magistrats qui s’occupent des dossiers des détenus établissent la liste de numéros qu’ils ont le droit d’appeler. Un système actuel inadapté selon la direction du centre de détention de Montmédy : « La seule possibilité de téléphoner, ce sont les point-phone qui ont des horaires d’accès assez restreint. La confidentialité est nulle, les téléphones se trouvant en général au cours de promenades ou en coursive. »

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La prison de Montmédy a décidé d'expérimenter les téléphones fixes « bridés » depuis un an. Ces derniers sont installés dans chacune des 290 cellules, où les détenus sont placés individuellement. Chaque prisonnier possède une liste de numéro limitée qu’il a la possibilité d’appeler. Les conversations sont facturées et peuvent être écoutées par l’administration. Contactée par 20 Minutes, la direction de l’établissement évoque une expérience positive pour les détenus : « 90 % des appels passés par les personnes détenues le sont désormais à partir de la cellule, le nombre de mouvements liés à l’accès aux points phones hors cellule est donc en diminution, ce qui facilite la gestion de la détention. »

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Les saisies de téléphones illégaux sont également plus rares : « Le nombre de téléphones mobiles illicites trouvés en détention est en diminution avec 57 saisies au lieu de 83 au premier semestre 2016. » Pourtant pour Maxime L, surveillant à Montmédy et secrétaire local du SPS contacté par le Point, le nouveau système ne fonctionne pas si bien que cela : « De nombreux téléphones fixes ont déjà été cassés ou transformés en cachette. Ils s’en servent parfois aussi pour faire des chargeurs artisanaux pour recharger leur portable ! » Contactée par 20 Minutes, la direction du centre s’est dite étonnée par ces propos et ne confirme pas les casses.

Du fixe au portable ?

La majorité des syndicats pénitenciers se disent opposés à la vente des téléphones portables. Pour Stephane Barraut, secrétaire général adjoint de l’UFAP-UNSA affirme que ces derniers vont engendrer de l’insécurité pour le personnel et pour les Français. « Aucun outil ne permet actuellement de bien contrôler les téléphones portables en détention. En général, les écoutes ne se font pas en direct mais en amont. Il n’y a pas assez de moyens actuellement pour éviter une grande insécurité. »

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Aujourd’hui, le nombre de téléphones portables illégaux saisis chaque année par les surveillants pénitenciers est important. Au premier semestre 2017, 19.339 téléphones portables et accessoires ont été découverts dans les prisons françaises selon l’AFP. Pour Christophe Schmitt, secrétaire interrégional Grand Est, vendre des téléphones bridés n’arrêtera pas le « fléau. » « Aujourd’hui ce qui intéresse les détenus c’est d’aller sur Internet et sur les réseaux sociaux et cela les téléphone bridés ne le permettent pas. »

Quant à Christopher Dorangeville, Secrétaire général de l’UGSP-CGT, il va plus loin. Pour lui « les détenus ont les capacités pour débrider n’importe quel téléphone portable. » On comprend alors pourquoi la ministre de la justice est revenue sur ses propos ce mercredi…