Haute-Saône: Il veut céder gratuitement son cabinet mais aucun médecin n'en veut

DESERT MEDICAL Le docteur Laine cherche désespérément à partir à la retraite mais personne ne veut lui succéder...

Dorian Debals

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Qui récupérera le stéthoscope du docteur Laine? (image d'illustration)

Qui récupérera le stéthoscope du docteur Laine? (image d'illustration) — VALINCO/SIPA

  • A 67ans, le docteur Laine veut céder son cabinet et partir en retraite.
  • Il ne trouve aucun successeur.
  • Son annonce passée en ligne il y a plus d’un an avait fait grand bruit.

Annonce sur Le bon coin, articles dans des quotidiens nationaux et régionaux… rien n’y fait, le cabinet du docteur Laine ne trouve pas de repreneur. Ce médecin de 67 ans qui exerce dans la commune de Saulnot (Haute-Saône) près de Belfort aimerait quitter son quotidien de médecin généraliste après 36 ans de bons et loyaux services. Mais il ne se résout pas à laisser ses patients sans médecin car il ne veut pas contribuer à « créer un nouveau désert médical ».

Tournée de plus de 100km, horaires à rallonge, grande disponibilité : le docteur partage son temps entre consultation et visite à domicile, une denrée rare pour des patients à la mobilité souvent réduite. Les habitants de Saulnot et de ses environs savent qu’ils ne retrouveront sûrement pas un médecin comme Patrick. Mais leur souci est désormais de trouver un nouveau médecin tout court.

Aucun prétendant plus d’un an après avoir passé son annonce

Pourtant l’annonce postée en ligne en juin 2016 par le docteur Laine paraissait alléchante. Il cède tout gratuitement : un cabinet de 300 mètres carrés pour deux médecins, une patientèle de plus de 3000 personnes. Il propose même d’héberger les heureux élus dans les premiers temps de leur installation. Mais aucune proposition ne lui est parvenue pour l’instant.

Comment expliquer une telle situation ? Patrick Laine pense qu’il y a un problème dans le recrutement et dans la formation en médecine. « On sélectionne des bons en maths et en physique qui, bien souvent, s’orientent vers la chirurgie ou des spécialités, considérées plus "prestigieuses". Des métiers où l’on met des barrières entre le patient et soi : un "plateau technique", une radio, un scanner… On se laisse moins solliciter et on s’implique moins, même émotionnellement », expliquait-il vendredi au micro de France Culture.

Obliger les jeunes médecins à s’installer temporairement à la campagne ?

Pour le docteur Laine, une seule solution concrète : obliger les jeunes médecins à exercer au moins un an à la campagne. Mais la nouvelle ministre de la santé Agnès Buzyn s’y est dit farouchement opposée, arguant qu'« on ne peut pas forcer des médecins qui ont fait onze ou douze ans d’études à s’installer quelque part ».

Dernière trouvaille en date, selon Le Parisien, le docteur s’est inscrit à une formation pour être maître de stage et ainsi rencontrer de jeunes profils : sa « dernière chance », assure-t-il. Patrick Laine se donne en tout cas jusqu’en juin 2018 avant de définitivement jeter l’éponge : le compte à rebours est lancé…