Attentats et catastrophes: Quel est le moyen le plus efficace pour alerter la population?

SÉCURITÉ Dans un rapport d’information rendu public ce lundi 7 août, le sénateur Jean-Pierre Vogel (LR) fustige l’application SAIP, lancée par le gouvernement en 2016…

Helene Sergent

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L'application d'alerte SAIP a été lancée en 2016 par le gouvernement, à la veille de l'Euro de football.

L'application d'alerte SAIP a été lancée en 2016 par le gouvernement, à la veille de l'Euro de football. — DAMIEN MEYER / AFP

La multiplication, depuis l’année 2015, d’attaques terroristes sur le territoire national a poussé les autorités à revoir l’ensemble du système d’alerte de la population. Comment diffuser au plus grand nombre une information fiable dans un temps réduit ? Pour tenter de répondre à ce casse-tête, les gouvernements successifs ont mis en place plusieurs outils.

Ce lundi, le sénateur de la Sarthe, Jean-Pierre Vogel (LR) remettait à la commission des Finances un rapport d’information particulièrement critique à ce sujet. Quels moyens existent en France pour prévenir les citoyens de l’imminence d’une catastrophe ou d’une attaque ? Quelles sont les solutions privilégiées à l’étranger et comment évaluer leur efficacité ? 20 Minutes fait le point.

  • L’application mobile

Lancée en grande pompe à la veille de l’Euro de football 2016, l’application SAIP (Système d’alerte et d’information de la population) a été, selon Jean-Pierre Vogel, pensée et diffusée à la hâte. Disponible uniquement sur smartphones Apple et Androïd, elle a vocation à alerter celles et ceux qui l’ont téléchargée dès qu’un attentat, un incident nucléaire, une rupture d’ouvrage hydraulique ou une émanation de produits dangereux se déroule dans un périmètre précis.

Les points positifs :

Son existence même est un point positif souligne Jean-Pierre Vogel : « La prise de conscience qu’il fallait développer une application mobile spécifique aux alertes peut être saluée », confie l’élu à 20 Minutes. La communication du gouvernement autour de l’application a également été efficace puisqu’elle cumule aujourd’hui 900.000 téléchargements. Enfin l’outil de géolocalisation offre aux utilisateurs un usage affiné de l’alerte puisqu’ils peuvent déterminer en amont les lieux à propos desquels ils souhaitent être alertés.

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Les points négatifs :

« L’application n’a sans doute pas été anticipée de façon vertueuse et le cahier des charges a été insuffisamment préparé », déplore le rapporteur du Sénat. Une évaluation avait été exigée par le ministère de l’Intérieur après plusieurs dysfonctionnements notamment lors de l’attentat de Nice (l’alerte avait été déclenchée deux heures après les faits) qui avait permis de corriger certains points.

Mais plusieurs « défauts structurels » persistent : l’appli est particulièrement consommatrice de batterie, elle nécessite de rester en « tâche de fond » sur iOs et d’activer la géolocalisation en permanence pendant l’utilisation. Enfin, elle ne s’adresse qu’aux propriétaires de smartphones et ne permet pas une large diffusion, notamment auprès des touristes et des étrangers présents sur le territoire.

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  • Le broadcast cell

Cette technologie, utilisée aux Etats-Unis, au Japon ou aux Pays-Bas consiste pour les autorités à envoyer un SMS à chaque habitant équipé d’un téléphone portable. Le message d’alerte s’affiche automatiquement, même lorsque l’écran est inactif, comme c’est le cas des notifications push. Ce fut le cas à New York en septembre 2016 lorsque la police était à la recherche d’un terroriste présumé.

L'alerte reçue par les New Yorkais le 19 septembre 2016.
L'alerte reçue par les New Yorkais le 19 septembre 2016. - Capture d'écran

Les points positifs :

Cet outil permet de toucher une très large population : en 2011, près de 93 % de la population possédait un portable (contre 63 % pour les smartphones). Il permet également d’alerter les utilisateurs plus « passifs » puisqu’il ne nécessite aucun téléchargement en amont. Enfin, « avec ce système, il n’y a pas de problématique de saturation des réseaux puisqu’il s’agit d’une diffusion cellulaire et il n’y a pas d’identification des destinataires », détaille Jean-Pierre Vogel.

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Les points négatifs :

En France, cet outil n’a jamais vu le jour. Pourtant des négociations avec les opérateurs téléphoniques ont été lancées à ce sujet dès 2011. « Un obstacle majeur a été soulevé à l’époque par l’Intérieur : la nécessité d’indemniser les opérateurs qui accepteraient de diffuser le message d’alerte à leurs clients », précise le sénateur de la Sarthe.

La direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises a estimé que celles-ci n’avaient pu aboutir « pour des raisons de volonté des opérateurs ou de coûts non soutenables et non compatibles avec les enveloppes budgétaires existantes », ajoute le rapport. Cette absence de consensus et les défaillances de l’application mobile avaient poussé en juillet 2016, le député PS Luc Belot à déposer une proposition de loi en ce sens pour « contraindre » les opérateurs à diffuser ces alertes.

  • Le Réseau national d’alerte (NRA)

Chaque premier mercredi du mois, les sirènes déployées depuis 1948 et héritées de la guerre froide retentissent. Ce réseau national d’alerte (NRA) est le plus ancien - et le plus vétuste - des systèmes d’alerte disponible en France. Il est également le principal vecteur d’information et est en cours de rénovation depuis plusieurs années.

Les points positifs :

On a beau chercher, il y en a peu. Ce réseau fait l’objet des critiques les plus sévères dans le rapport rendu public ce lundi par le Sénat. En un demi-siècle, ces sirènes n’ont jamais servi et selon un sondage IFOP réalisé en 2013, seuls 22 % des Français savaient comment réagir dans les cas où les sirènes hurlaient.

Les points négatifs :

Obsolètes, ces alarmes ont été peu ou mal entretenues au fil des ans. Leur efficacité dépend également des conditions météorologiques, si le vent souffle fort la sirène peut ne pas se déclencher. Relativement anxiogène, ce son semble également inadapté en cas d’attaque terroriste. Sa diffusion pourrait « amplifier les mouvements de paniquer et entrer en contradiction avec d’autres consignes » ajoute le sénateur Vogel.

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Pourtant les budgets engagés par l’Etat se concentrent majoritairement sur la rénovation de ce réseau. Un logiciel de déclenchement à distance a été commandé par les autorités pour un coût de 2,4 millions d’euros et près de 5.400 nouvelles sirènes opérationnelles devraient être déployées.