Cosmétiques de la vulve: Le maquillage pour sexe féminin, nouvelle «tyrannie des apparences»

SOCIETE Le développement des cosmétiques pour sexe féminin interroge sur la considération du corps des femmes...

A.-L.B.

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Illustration de produits cosmétiques

Illustration de produits cosmétiques — ERIC PIERMONT / AFP

Une marque scandinave vient de lancer une ligne de cosmétiques dédiée aux parties génitales féminines, promettant notamment d'« enluminer » la vulve. Baumes, fards, bijoux et autres exfoliateurs pour  sexe féminin apparus ces dernières années ont été notamment médiatisés par la starlette de téléréalité Kim Kardashian avec des clichés d’une  séance de maquillage des parties génitales diffusés sur Instagram en décembre 2016. Le maquillage du sexe féminin, tendance commerciale à laquelle les femmes sont pressées de succomber ? Que révèlent ces produits à propos de la considération du corps des femmes ? 20 Minutes a interrogé une sociologue et une plasticienne qui travaillent sur ce thème.

« La honte de ne pas être dans cette norme »

« Je vois une soumission aux injonctions de la société avec le développement de ces produits. C’est du marketing qui fait du mal aux femmes. Il y a une injonction de plaire au partenaire, de se soumettre au désir de celui-ci en plus du déni du naturel », tranche la sociologue Catherine Louveau, professeure émérite à l’université Paris Sud.

Pour cette scientifique qui a notamment étudié les différences de sexe et le sport, la pression sur le corps des femmes est énorme. « La tyrannie du travail de l’apparence impose d’être conforme aux normes du marché : ne pas être grosse, ne pas avoir de poils avec, par exemple, un sexe entièrement épilé, ne pas avoir d’odeurs… On met les femmes, particulièrement les jeunes filles, face à la honte de ne pas être dans cette norme », juge Catherine Louveau.

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Une norme que déplore également la plasticienne et auteure Laëtitia Bourget. « Si quelqu’un aspire à mettre en forme son sexe, qu’il puisse le faire, c’est formidable même si ces cosmétiques m’indiffèrent totalement. Mais que quelqu’un ait honte de son sexe et se conforme à une norme esthétique car sinon il n’assumerait pas, c’est malheureux. Les injonctions sur le corps sont insupportables ».

Selon cette artiste qui a travaillé sur son corps et ses excrétions, l’injonction au corps sexualisé de la femme est standardisée : « Les outils pour mettre en forme le corps selon une certaine idée esthétique se déclinent à tous les niveaux : je vous mets au défi de trouver des soutiens-gorge qui soient conçus sans offrir la poitrine sur un plateau comme deux melons. Tout est standardisé dans la manière d’exprimer sa puissance féminine », déplore Laëtitia Bourget. Et gare au corps qui vieillit ou qui n’est plus comme la publicité le montre. « Au moment où cette féminité est mise en défaut, les femmes en souffrent », ajoute celle qui affirme avoir fait le choix de « refuser de répondre aux critères esthétiques imposés par le désir masculin et d’objectiver [s] on corps. » Et qui s’en porte aussi bien.

Multiplication des interventions chirurgicales

Geste plus radical que l’application de cosmétiques sur la vulve, la chirurgie de l’intime est en plein boom. En 2015, plus de 95.000 labioplasties (chirurgie et/ou injections au niveau des lèvres) et plus de 50.000 vaginoplasties ont été pratiquées dans le monde, selon la Société internationale de chirurgie esthétique (ISAPS). Alors qu’elles étaient quasi inexistantes il y a encore cinq ans, elles figurent désormais aux 19e et 22e rangs des opérations les plus pratiquées.

Parmi les opérées figurent de plus en plus d’adolescentes, dont le développement physique n’est pas terminé. Selon les chiffres du système de la santé publique du Royaume-Uni, plus de 200 mineures britanniques ont subi une labioplastie en 2015-2016. ​Et parmi celles-ci, un peu plus de 150 avaient moins de 15 ans.

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Face à ces injonctions, ​ la plasticienne Laëtitia Bourget proteste : « Si je pouvais dire quelque chose aux femmes, je leur dirais : "Jouissez de vous-mêmes, de ce que vous êtes". On ne peut pas déléguer à quelqu’un d’autre cette jouissance. Celle-ci vient de soi. Essayer de moduler ce que l’on est pour obtenir de l’autre qu’il nous fasse jouir, c’est une mauvaise piste à mon avis, car cela nous rend esclave. Alors que l’on est en capacité de partager avec l’autre tout en étant entière et complète, de trouver de la joie à être pleinement ce qui nous est donné d’être. »