Histoires de procès: Violette Nozière, l’empoisonneuse parricide

SÉRIE D’ÉTÉ (3/5) « 20 Minutes » exhume les archives de procès devenus mythiques ou tombés dans l’oubli...

Helene Sergent

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Violette Nozière lors de son procès à Paris en 1934.

Violette Nozière lors de son procès à Paris en 1934. — RETRONEWS/BNF

  • ​​​Durant l’été, 20 Minutes consacre une série d’articles aux procès historiques.
  • Aujourd’hui, l’affaire et le procès de Violette Nozière, parisienne aux mœurs transgressifs condamnée à mort en octobre 1934 pour le meurtre de son père.

 

Tout l’été, 20 Minutes revient sur les grands procès du début du 20e siècle en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France. Aujourd’hui, l’affaire Violette Nozière, une jeune parisienne jugée en octobre 1934 à l’âge de 19 ans pour le meurtre de son père et la tentative de meurtre de sa mère.

  • Un parricide maquillé en suicide

En cette année 1933, cela fait des mois que Violette Nozière ment et vole de l’argent à ses parents. En août, la jeune parisienne d’origine modeste rêve pourtant de partir en vacances, sur les routes, avec son amant. Mais il lui faut de l’argent et elle sait que son père, cheminot, dispose d’une somme suffisante. Le climat entre l’étudiante âgée de 18 ans et ses deux parents est délétère, les disputes se multiplient et le train de vie de la jeune femme déplaît à sa famille.

Le 21 août 1933, Violette Nozière administre une dose mortelle de somnifère à ses parents, allume le gaz dans l’appartement et tente de faire passer son crime pour un suicide. Son père sera retrouvé mort sur son lit. Sa mère, qui n’a avalé que la moitié du médicament, s’en sortira. Escortée à l’hôpital deux jours plus tard pour rendre visite à sa mère, Violette s’enfuit et parvient à tromper la vigilance de la police pendant une semaine. Le 28 août 1933, celle que la presse qualifie « d’empoisonneuse », de « parricide », est arrêtée dans le 7e arrondissement de Paris.

  • Figure du mal

« Violette Nozière est-elle ordinaire ou remarquable ? Si on regarde la suite de l’histoire, c’est une jeune fille ordinaire qui va commettre un crime extraordinaire », juge Anne-Emmanuelle Demartini professeur d’histoire contemporaine qui publiera en septembre prochain Violette Nozière, la fleur du mal. Une histoire des années 30 (ed. Champ Vallon). Jolie, coquette, Violette a quelques amants de passage et déroge aux normes de la sexualité de l’époque. Un an avant le meurtre de son père, elle apprend qu’elle est atteinte de la syphilis.

« On a sous-entendu qu’elle se prostituait, mais ça n’a jamais été prouvé. Elle a des conquêtes de passage. Ce qui est certain, c’est qu’elle est vit et évolue dans un milieu modeste qu’elle n’assume pas auprès des autres étudiants du quartier Latin où elle étudie », ajoute l’historienne. Mais le mobile du crime qui va hanter ce dossier tout au long de l’instruction et du procès n’est pas financier.

« Quand elle a été arrêtée une semaine après son crime, elle a expliqué au juge d’instruction que son père la violait depuis six ans. Elle a dit vouloir le faire disparaître mais faute de preuves suffisantes, le juge a conclu qu’il ne pouvait retenir l’inceste comme motif du meurtre. Les propos l’étudiante ont paru à l’époque complètement scandaleux. Non seulement elle tuait son père et en plus elle l’accusait d’un crime contre-nature. Au lieu d’amenuiser sa culpabilité, ses révélations ont fait d’elle un être particulièrement infâme. Une image qui la poursuivra jusqu’au procès », poursuit Anne-Emmanuelle Demartini.

Le 10 octobre 1934, le procès de « l’empoisonneuse », « l’intrigante », la « parricide », s’ouvre devant la Cour d’assises de Paris.

  • Une mère partie civile, une jeune femme prostrée

C’est un procès « manqué », écrit Alexis Danan dans Paris-soir, le 13 octobre 1934. « S’il utilise ce mot, c’est aussi parce que l’accusée a 'déçu'. La presse, et le public très nombreux ont vu une jeune femme de 19 ans abîmée par la prison, pas une femme fatale comme les journaux avaient décrit pendant toute l’instruction Violette Nozière », analyse l’historienne. « La jeune fille est certes moins jolie qu’on le disait. C’est une grande fille aux traits un peu rudes », écrira le journaliste dans le quotidien parisien.

Les débats, qui dureront seulement deux jours ont été marqués par la déposition de la mère de l’accusée. Constituée partie civile contre sa propre fille, elle craque, sanglote et implore le jury de faire preuve de clémence. « Partie civile ? Une mère, avec son enfant ne peut être que partie humaine. Mais les jurés, c’est couru, ne pardonneront pas », lit-on dans Paris-soir. Remarque clairvoyante, Violette Nozière est condamnée le 12 octobre 1934 à la peine de mort après une heure à peine de délibération.

La peine est toutefois symbolique puisqu’à l’époque les femmes n’étaient plus guillotinées. En décembre 1934, sa peine est commuée par le président à la perpétuité avant d’être réduite à 12 ans de travaux forcés en 1942.

  • Un poème de Paul Eluard

L’affaire Violette Nozière a bouleversé l’opinion publique et cassé, le temps de l’enquête, le tabou autour de l’inceste. Dans la presse et dans la rue s’opposent ceux qui croient aux accusations de l’accusée contre son père et ceux qui conspuent la jeune parisienne. Parmi les défenseurs de la théorie de l’inceste, les surréalistes tenteront de réhabiliter l’étudiante. « Un ouvrage collectif est publié en décembre 1933. C’est dans cette œuvre que l’on retrouve l’un des poèmes les plus célèbres d’Eluard », précise Anne-Emmanuelle Demartini.

« Violette a rêvé de défaire/A défait/L’affreux nœud de serpents des liens du sang » - Paul Eluard

Bien des années plus tard, Claude Chabrol portera à l’écran l’héritage des surréalistes dans son film Violette Nozière. Diffusé en 1978, le film montre une jeune femme rebelle qui « ose » s’élever contre une société bourgeoise.

La mobilisation de ses défenseurs n’aura pas été vaine. Violette Nozière fut réhabilitée en 1963 suite à une décision rarissime de la cour d’appel de Rouen, effaçant définitivement toute trace de sa condamnation.