Etats généraux de l’alimentation: «Les consommateurs veulent de la qualité»

INTERVIEW Ce jeudi s’ouvrent les Etats généraux de l’alimentation, où rémunération des agriculteurs et qualité nutritionnelle des aliments seront au menu des discussions…

Anissa Boumediene

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Alors que démarrent ce jeudi les Etats généraux de l'alimentation, les consommateurs sont de plus en plus en quête de produits alimentaires sains et de qualité.

Alors que démarrent ce jeudi les Etats généraux de l'alimentation, les consommateurs sont de plus en plus en quête de produits alimentaires sains et de qualité. — LODI FRANCK/SIPA

  • Onze ministères sont parties prenantes aux Etats généraux de l’alimentation qui s’ouvrent jeudi.
  • Associations de consommateurs, acteurs du monde agricole et de la grande distribution ou encore ONG environnementales seront présentes pour lancer la réflexion sur l’agriculture et la consommation de demain.
  • Agriculture raisonnée, qualité nutritionnelle des produits et meilleure rémunération des agriculteurs seront au cœur de ces états généraux.

Permettre aux agriculteurs de vivre dignement, freiner la guerre des prix dans la distribution, répondre aux nouvelles attentes des consommateurs à la recherche de qualité : au pays de la gastronomie, le gouvernement lance à partir de jeudi les premiers Etats généraux de l’alimentation.

Avec plus de 500 participants le premier jour, la présence du Premier ministre et celle du Président de la République, l’opération qui s’étalera jusqu’à fin novembre, a un but : tenter de réconcilier, d’organiser et d’améliorer une filière agroalimentaire française éclatée qui a perdu sa boussole, tiraillée entre des objectifs contradictoires. L’objectif des Etats généraux, annoncés par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, est de permettre le « partage » équitable de la « valeur ajoutée » des produits alimentaires entre agriculteurs, industriels de l’agroalimentaire et grande distribution, tout en faisant la promotion d’une alimentation saine, sûre et durable.

Jean-Yves Mano, président de la CLCV (Consommation, logement, Cadre de Vie), l’une des associations de consommateurs partie prenante de ces Etats généraux, explique à 20 Minutes quelles sont les attentes des consommateurs en matière d’ alimentation.

L’un des grands objets de ces Etats généraux de l’alimentation est de « permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes », sachant qu’environ la moitié d’entre eux vivent avec moins de 400 euros par mois. Est-ce une réalité qui peut avoir une influence sur les choix des consommateurs ?

Absolument, il a été démontré que les consommateurs sont très conscients des difficultés rencontrées par les agriculteurs et les producteurs. Fort de cette information, le consommateur est capable de faire un choix dans les produits qu’il achète, et il est prêt à payer un produit un peu plus cher de sorte à garantir une meilleure rémunération des producteurs. En atteste par exemple l’opération «C’est qui le patron », qui œuvre pour une meilleure rémunération dans le secteur laitier. C’est d’ailleurs l’une des gros chantiers de ces Etats généraux : la répartition de la valeur ajoutée, pour faire en sorte que chaque acteur soit rémunéré à un prix juste.

Cela montre bien qu’il y a une vraie sensibilité des consommateurs sur ces questions humaines et éthiques et une démarche de consommation citoyenne de leur part. En revanche, dans la défense des intérêts des consommateurs, nous ne souhaitons pas à la CLCV qu’à l’issue de ces Etats généraux, les solutions dégagées ne s’orientent après un mois et demi de discussions que vers des accords traduisant une hausse des prix pour les consommateurs.

Vous faites partie des associations de consommateurs associées à ces Etats généraux et vous avez été reçu par le ministre de l’Agriculture ces derniers jours. Quelles sont vos attentes ?

Elles sont très claires : nous voulons que les consommateurs aient accès à des produits de qualité sur le plan nutritionnel. Les consommateurs sont d’ailleurs clairement en quête de produits de qualité, comme l’illustre l’intérêt grandissant pour le bio et les circuits courts. Mais cette qualité, si elle a un coût, doit être accessible au plus grand nombre : on sait qu’il est possible de produire des aliments bio de qualité à des prix corrects pour les consommateurs. Ceux qui sont les plus précaires font eux aussi de plus en plus attention à la qualité des produits qu’ils consomment et ils ne doivent pas être privés de cette qualité par un frein financier. Et là, se pose la question de la rémunération mais aussi peut-être de la suppression de certains intermédiaires dans le circuit de distribution.

La sécurité sanitaire des produits est également au cœur de vos préoccupations. Que souhaitez-vous sur ce terrain ?

Nous luttons pour que les consommateurs bénéficient d’une information juste et claire sur la nourriture qu’ils consomment au quotidien, c’est l’un de nos chevaux de bataille. Pour cela, le rôle de l’étiquetage nutritionnel est fondamental, pour assurer une réelle transparence sur les produits alimentaires. A condition toutefois de proposer un logo informatif simple sur la qualité nutritionnelle des aliments. C’est pourquoi nous plaidons en faveur du système Nutri-score. Certains grands distributeurs – Danone, Leclerc ou encore Auchan — se sont engagés à jouer le jeu de la transparence. Mais d’autres refusent d’adopter une information claire réellement destinée à aider et accompagner le consommateur dans sa quête de produits alimentaires sains, et sur ce terrain-là, la CLCV ne lâchera rien : on parle là d’un problème majeur de santé publique.

La question de la transition écologique de l’agriculture française et de la prévention des contaminations chimiques seront-elles au menu de ces Etats généraux ?

Perturbateurs endocriniens, pesticides et autres nanoparticules sont déjà au cœur du combat aujourd’hui. Et des instances comme l’INRA ou l’Anses ont, dans leurs travaux, démontré que ces substances ont un impact sur la santé. La CLCV est aussi là pour ça : faire pression sur les politiques pour que ces études démontrant l’impact négatif de ces polluants sur la santé se traduisent sur le plan réglementaire ou législatif.

L’agriculture massive est la norme encore aujourd’hui, mais ces Etats généraux sont aussi l’occasion de penser l’agriculture de demain. Il y a une réflexion profonde à mener sur le monde agricole et une nécessité à tendre vers une agriculture raisonnée capable d’offrir des produits de qualité, sains et accessibles et qui dégage plus de valeur ajoutée. Reste aujourd’hui à espérer que tous les acteurs associés à ces Etats généraux de l’alimentation permettront de dégager des solutions concrètes.