Couacs APB: A quoi pourraient ressembler les prérequis pour entrer à l'université?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Le gouvernement envisage de modifier les conditions d'admission en licence...

Delphine Bancaud

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L'université de Bordeaux-3 à Pessac, 30 novembre 2011.

L'université de Bordeaux-3 à Pessac, 30 novembre 2011. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

  • Une concertation des acteurs de l’éducation est lancée ce lundi pour réfléchir au sujet.
  • Reste à savoir si les prérequis seront nationaux ou décidés fac par fac.
  • Ils pourraient concerner la série du bac, le fait d’avoir suivi telle ou telle option, voire les notes obtenues dans une discipline.

Le statu quo n’est plus possible. Alors que 87 000 bacheliers attendent toujours une place en fac, les acteurs de l’éducation ont entamé ce lundi une vaste concertation pour réformer au plus vite le système d’entrée à l’université. D’autant qu’il a été qualifié d' « énorme gâchis » par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, ce lundi sur France Inter.

Pour mettre fin au tirage au sort à l’entrée de certaines filières en tension et réduire l’échec à l’université, le gouvernement souhaite instaurer des prérequis pour accéder à la fac. Une mesure qui figurait d’ailleurs dans le programme « éducation » d’Emmanuel Macron. 20 Minutes a interrogé plusieurs acteurs de la concertation pour imaginer à quoi pourraient ressembler ces « prérequis ».

Pourquoi vouloir instaurer des prérequis ?

La sélection est pour l’heure interdite en France pour l’entrée en licence à l’université. Lorsque la demande dépasse les capacités d’accueil dans une filière, les élèves sont admis par tirage au sort. Un système « injuste et qui démotive les élèves », selon le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. Ce sera « fini en 2018 »,a réaffirmé ce lundi Frédérique Vidal.

Dans une lettre adressée fin juin aux présidents d’université, Frédérique Vidal indiquait qu'un système serait mis en place qui tiendra compte des « souhaits exprimés par les futurs étudiants », des « exigences propres à chaque cursus diplômant » et des « capacités d’accueil des formations ». Ce qui signifie la mise en place de prérequis à l’entrée de la licence. Une manière selon le gouvernement de résoudre les problèmes d’inscriptions à la fac et en même temps de lutter contre l’échec, alors que seulement 40 % d’étudiants bouclent leur licence en trois ou quatre années.

Ces prérequis seront-ils mis en place pour toutes les licences ou uniquement pour celles en tension ?

C’est ce que les acteurs de l’éducation devront décider lors de la concertation. « Nous demandons que ces prérequis concernent toutes les filières. Car si on décide de ne les instaurer que pour certaines licences, beaucoup d’étudiants demanderont à s’inscrire dans les autres, ce qui créera un engorgement et ne fera que déplacer le problème », explique à 20 Minutes, François Germinet, président de la commission formation à la Conférence des présidents d’université. « Si les prérequis n’étaient mis en place que pour les filières en tension, cela rendrait le système encore plus illisible pour les lycéens », estime aussi Lilâ Le Bas, la présidente de l’Unef.

Les prérequis seront-ils nationaux ou décidés par chaque fac ?

« L’hypothèse la plus probable est que l’on demande les mêmes prérequis dans toutes les universités, par exemple pour entrer en licence de droit. Sauf pour les facs proposant des licences spécifiques, comme une licence combinant physique et informatique. Là on pourrait imaginer que l’université qui la propose définisse ses propres exigences », indique François Germinet.

Mais Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU, redoute, lui, qu’il n’y ait pas de cadrage national des prérequis : « On pourrait imaginer que chaque université établisse ses propres modalités d’admission en licence. Ce qui serait en ligne avec le principe d’autonomie des universités. Ce serait désastreux, car certaines facs sélectionneraient leurs étudiants de manière assez stricte, alors que d’autres leur ouvriraient les portes plus largement. D’où un système à plusieurs vitesses », s’alarme-t-il.

Obtention d’un certain type de bac, exigence de bonnes notes dans certaines matières… quels seront les critères retenus ?

« On peut tout imaginer : que soit examinée la série du bac de l’élève, sa mention au bac, les notes qu’il a obtenues dans telle ou telle matière, le fait qu’il ait suivi telle ou telle option, sa lettre de motivation… », énumère Lilâ Le Bas. « Les prérequis peuvent être plus ou moins fins selon les licences choisies. On peut imaginer, par exemple, l’obligation d’avoir fait de la biologie au lycée pour s’inscrire en Staps », indique François Germinet.

Cela signifie-t-il que les étudiants qui ne justifieront pas de ces prérequis n’auront jamais accès à certaines filières ?

Non, pour François Germinet. « On peut imaginer la création de sortes d’années zéro, qui permettent aux bacheliers ne possédant pas les prérequis exigés car ils n’ont pas fait le parcours ad hoc pour telle licence, d’acquérir les compétences indispensables pour la filière », indique-t-il. Dans son programme électoral, Emmanuel Macron avait, lui, évoqué la possibilité pour « un lycéen ne disposant pas de ces prérequis » de « s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires ». Un système qui coûterait cher et nécessiterait d’embaucher.

Du coup, ce système s’assimile-t-il à l’instauration de la sélection à l’entrée de l’université ?

« Derrière ce mot de prérequis se cache une sélection qui ne dit pas son nom et la volonté pour le gouvernement d’orienter activement les bacheliers. Or, on ne veut pas de prérequis coercitifs », s’enflamme Lilâ Le Bas. Même son de cloche chez Hervé Christofol : « Ces prérequis vont rompre l’égalité d’accès à l’université, c’est donc bien une remise en cause du principe de non-sélection. Et cela entraînera une concurrence entre universités et empêchera à certains bacheliers de s’inscrire dans une filière où ils auraient pu se révéler », estime-t-il. « Ce n’est pas à l’université d’imposer un choix à un lycéen », juge de son côté Jimmy Losfeld, président de la Fage.

La CPU trouve aussi que ce système serait une forme de sélection. « Mais le mot"sélection"n’est pas tabou. Le tirage au sort en est déjà une et la sélection par l’échec existe depuis longtemps », souligne ainsi François Germinet.

Quand ce système de prérequis sera-t-il mis en place ?

Après le premier round de concertation ce mois-ci, d’autres rencontres devraient intervenir en septembre et octobre, avec pour but un accord fin octobre. « L’objectif est d’aller vite » pour mettre en œuvre des propositions à la rentrée 2018, indique-t-on au ministère.